Sup-Herman (9 novembre 2009)

Dès qu’on l’a entendu dire, en pleine crise Fortis, « je ne veux pas devenir premier ministre », chacun avait compris qu’avec Herman Van Rompuy nous avions affaire à un homme politique de premier plan qui a intégré un point important la politique belge et européenne : ce mépris populaire du pouvoir qui nous donne cette tendance formidable à donner ce même pouvoir à celui qui n’en veut pas… 

Eh bien, en réalité cette posture a des origines antiques ; la figure du philosophe-roi de Platon, en effet, est celle d’un homme qui serait parfait pour le pouvoir mais ne le désire pas. Et c’est parce qu’il ne le désire pas qu’il est le meilleur choix. Comme l’homme est faillible et a tendance à abuser de son autorité, on préférera donner le pouvoir, la potesta, le power à quelqu’un de sage, quitte à ce qu’il ne déborde pas d’énergie, plutôt qu’à un individu qui le désire trop. Mais l’autorité ainsi laissée est parfois au contraire plus dangereuse : il n’y a pas de pouvoir plus fort que celui qu’on vous offre sur un plateau.

La figure du sage dépourvu d’ambition, elle a par elle-même un caractère stabilisateur de transformation; une sorte de force tranquille, dont la simple présence décrispe les partenaires. Mais il y a un revers à la médaille ; si Van Rompuy, ranger belge des tranchées institutionnelles, inconnu au bataillon européen il y a un an, apparaît comme le candidat président idéal pour l’Union européenne, c’est justement parce qu’il n’a pas l’air de vouloir de la fonction, et ne devrait donc faire d’ombre à personne. Cela pose un problème de fond : est-il vraiment souhaitable, en démocratie, de tellement refuser le pouvoir à ceux qui prennent le risque de se mettre en avant pour l’exercer ? Et est-ce que notre pays, de manière générale, n’a pas un problème structurel avec l’ambition, en forçant presque ceux qui en ont à avancer masqués et à se placer perpétuellement en seconde ligne puisque la première se fait toujours flinguer ? Est-ce que le risque n’est pas, à terme, de favoriser les manœuvres d’appareil au détriment de la véracité du discours ? 

En attendant, espérons qu’on se dirige vers un scénario à la Jacques Delors. Souvenez-vous, à l’époque, la désignation de l’austère ministre français des finances à la tête de la Commission était calculée par les Etats membres comme un essai de neutralisation. On sait que ce fut là une belle erreur de casting : Delors fut un  président actif dont le dynamisme a marqué la construction européenne. De la même manière, peut-on souhaiter à l’Europe que le choix de Van Rompuy se révélerait lui aussi une « erreur » du même style. En Belgique, nous savons déjà que derrière ce sphinx peut se révéler un cheval de Troie.



Catégories :Chroniques Radio

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