« Les racines, c’est bon pour les ficus! »

Billet radio pour la Première (RTBF), 7 septembre 2010

J’ai lu récemment qu’une société se proposait, sur base d’un échantillon de votre ADN, de vous aider à déterminer si vous possédiez un gène juif. C’est très sérieux, et ce ne l’est que l’une des applications proposées par cette entreprise, établie aux États-Unis, pays où la recherche génétique sur les origines a beaucoup de succès – engouement logique pour une population composée de fils d’immigrants. Ceci posé, n’y a-t-il pas quelque chose de préoccupant dans ce constat qu’il y a de plus en plus de gens soucieux d’être ce qu’ils sont (juifs, noirs, blancs, musulmans, français, flamands, peu importe l’étiquette) et qu’il y a là un besoin à satisfaire voire un marché à couvrir, depuis la génétique au label hallal en passant par la NV-A ?

Au fond, nous sommes mal à l’aise à la fois avec les particularismes et avec l’universalisme. Nous sommes mal à l’aise avec les particularismes parce que l’histoire nous montre qu’au plus des peuples se distinguent, au plus ils attirent la méfiance et les haines des autres. Et nous sommes mal à l’aise avec l’universalisme parce que plus on tend vers une humanité commune, plus on a l’impression de perdre les spécificités de notre identité. Le symptôme le plus net de cette curieuse ambivalence, c’est l’invasion de notions fourre-tout qui tentent de valoriser à la fois les particularités ET l’universalité comme si elles pouvaient être complémentaires, alors qu’elles se heurtent frontalement ; du style « tous unis, tous différents » ou « tous égaux dans la diversité ». Or la méthode Coué du politiquement correct a ses limites. Eh bien non, les amis, on ne peut pas à la fois tirer sur la corde de son identité, revendiquer ses racines et à la fois voir tous les autres hommes comme des frères. Il y a une contradiction dans les termes, même si personne n’ose vraiment le dire tant le discours égalitaire est prépondérant et menace d’opprobre publique le premier qui s’en éloigne. Gare à celui qui ne souhaite pas à la fois que tous les peuples développent leurs identités, et à la fois que l’humanité s’unisse dans un Woodstock géant. Même si, rien qu’en l’énonçant, on sent qu’il y a un problème.

Pourquoi je vous raconte ça aujourd’hui ? Parce qu’il n’y a pas un seul conflit actuel sur la planète, en ce compris notre conflit belge, qui ne pourrait pas se lire selon cette grille, à savoir la difficile adéquation entre ce qui doit rester commun et ce qui doit être propre. En fait, il faut un peu des deux car tout individu se compose en interaction avec son environnement, à la fois par imitation et par distanciation… pour autant qu’on parvienne à se libérer un tant soit peu de nos origines, car c’est là une fierté qui ne fait que dissimuler les peurs et le manque de projet. Il faut se méfier de ceux qui mettent trop d’entrain à rechercher leurs racines, à se trouver des raisons d’être fiers de ce qu’ils sont, car en général ils ne sont pas fiers de ce qu’ils font. Dans une bande dessinée que je vous conseille, qui s’appelle Le combat ordinaire de Manu Larcenet, il y a un dialogue touchant entre une mère et son fils, le fils parlant ému de ses racines locales, et la mère répondant: « Ah non, hein, tu ne vas pas t’y mettre toi aussi avec les racines. Ça nous cloue au sol, ça nous empêche d’avancer. Les racines, c’est bon pour les ficus ! ». Voilà qui est dit ; l’important, ce n’est pas de savoir d’où on vient, mais de décider où on va.

 



Catégories :Chroniques Radio

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2 réponses

  1. Je suis extrêmement sceptique par rapport à ce gène juif. Léon Poliakov, dans sa préface aux « bréviaires de la haine » nous explique qu’il n’y a pas de race juive, que la judaïté c’est une culture, un mode de vie, une religion, mais sûrement pas un groupe ethnique particulier. D’un point de vue scientifique, les races n’existent pas, il n’y en a qu’une, la race humaine, et l’idée qu’il puisse exister un gène juif outre qu’elle est ridicule nous ramène à une période barbare de notre histoire récente. Il n’y a rien de commun entre les Séfarades originaires de l’Est, les Ashkénazes du bassin méditerranéen et les Éthiopiens qui soi-disant descendraient des amours de Salomon avec la reine de Saba. Ou alors, il n’y a qu’une chose qui leur est commune, mais qui est aussi commune à tous les hommes, l’humanité.

  2. oui m ais avant d avancer y faut savoir d ou on vientmoi je suis d origine polonaise du cote de ma mere et je ne sais pas grand chose sur ce pays et surtout sur l histoire de famille

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