Le joueur de casino

Billet radio pour la Première (RTBF) – 12 octobre 2010 – Ecoutez le podcast

Nous sommes le deuxième mardi d’octobre, date où, traditionnellement, les chambres font leur rentrée. Rentrée qui prend cette année une résonance particulière : quatre mois après les élections, jamais, semble-t-il, le sentiment de marécage n’a été aussi profond. Même la défunte Orange bleue, au même moment il y a trois ans, semblait mieux partie. C’est dire.

Car qui croit encore sérieusement que Bart De Wever va « clarifier » quoique ce soit ? Quand bien même parviendrait-on par je ne sais quel subterfuge sémantique à ramener les sept autour de la table, voyez comme la confiance est en berne. Songez qu’il n’y a toujours pas d’accord sur le choix des partenaires. Songez que le débat socio-économique n’a même pas commencé alors que les programmes en présence sont complètement antagonistes.

Or nous semblons tous prisonniers de ce paradoxe curieux : la NVA, c’est l’élément qui bloque tout, et pourtant c’est aussi celui dont personne n’ose se passer. Il rend le pays ingouvernable pour constater qu’il est ingouvernable, et nous on observe et on s’agace. Gentiment et passivement. Parce qu’il n’y a pas d’alternative, paraît-il.

Voulez-vous que je vous dise ? En fait, Bart, c’est un joueur de casino. Il se balade, il tente sa chance à gauche, ou à droite, comme d’autres passent de la roulette au bingo. Et tant qu’il a des jetons, il joue. Et nous lui en donnons tous, des jetons : les partis, les médias, les commentateurs, le Roi… Il négocie avec les uns, dine avec les autres… Il discute,  tergiverse, mais se dérobe toujours lors de ce moment final où il faut apposer sa signature sur un accord. Avec un résultat assez curieux : comme il garde plusieurs fers au feu, il empêche que se construise l’alternative sans lui. L’Olivier ne veut pas entendre parler des libéraux, les libéraux mettent des conditions impossibles, les Flamands sont tétanisés par la victoire nationaliste et donc tout le monde en est réduit à attendre Bart. Diviser pour régner, c’est vieux comme le monde et ça marche. Bien joué.

Et si on se réveillait ? Et si arrêtait de donner des jetons ? Pour la première fois, le sentiment commence à prédominer que, réellement, cet homme ne veut pas d’accord. Que quand bien même lui en voudrait-il un, que sa base ne le suivrait pas. Que de nouvelles élections ne feraient qu’amplifier le phénomène.

Alors, la sortie de crise serait peut-être à la fois plus simple qu’on ne le pense, mais exigerait un courage politique majeur : gouverner sans la NVA, avec toutes les familles traditionnelles. Oui, je sais, il est politiquement impossible de gouverner sans le vainqueur des élections… sauf si on a loyalement essayé de le faire durant des mois. Alors imaginez une minute… Se coaliser sans le chantage permanent de Bart. Réaliser tout de même l’énorme réforme de l’État qui empêche paraît-il tellement l’électeur flamand de dormir, sans les nationalistes, juste pour démontrer la différence entre le discours et l’action ; y ajouter quelques éléments centrifuges et unificateurs comme la circonscription fédérale ; et puis, gouverner convenablement ce pays durant trois ans et demi… Privée de ses revendications, mise en évidence comme inapte au compromis, que restera-t-il alors de la NVA et de son électorat ?

Seulement, c’est comme avoir une seule  balle dans son pistolet, il est interdit de manquer sa cible : encore une élection sans réforme, et la NVA sera définitivement incontournable. Certes, il faudrait pour cela que l’Olivier et les bleus se reparlent, que les partis flamands trouvent le cran de laisser la NVA sur le chemin. Plusieurs miracles, quoi. Allez, je prends les paris : encore un mois ou deux de marécage, encore un peu de temps à laisser Bart tous nous promener sur son terrain de jeu, et les esprits seront prêts.



Catégories :Chroniques Radio

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2 réponses

  1. Merci beaucoup, ouf, enfin quelqu’un qui ose le dire… personnellement je pense depuis le mois de juin que c’est effectivement la seule alternative réaliste!

    Quelques mois de tentatives de négociations (mais je ne vois vraiment pas comment on a pu espérer un moment qu’une personne qui veut le dépeçage à moyen terme de ce pays pourrait participer d’une réforme constructive…) puis, au moment où tout est bloqué et où on peut justifier le fait face à l’électorat flamand (qui ne veut pas d’une fin pure et dure) en arguant que c’est « ça ou le chaos »… une quadripartite traditionnelle « de gens responsables ».

    Comme vous l’écrivez, coté flamand si les 4 (non-NVA) y vont, pas de risque d’endosser le rôle de mauvais flamand par rapport à un qui resterait en dehors. Et l’obtention d’une REELLE réforme (c’est là que la responsabilité des francophones est cruciale) réduirait totalement à néant le fond de commerce de la NVA (qui n’y sera pas arrivé).

    Personnellement j’irais même un peu plus loin: ce gouvernement d’union nationale n’est nécessaire que le temps de réaliser et voter cette réforme majeure… une année? Un peu plus?… Mais gouverner à 8 partis le reste de la législature me parait aussi compliqué qu’inutile. Une fois que le « job is done » on peut très bien retourner voter avec cette monumentale épine dans le pied en moins.

    Le gros souci (et j’ai eu l’occasion d’en parler avec des gens proches des négociations) c’est une grande réticence des autres partis du nord. Pourtant, petit à petit… l’un puis l’autre ont commencé à prendre du recul… et il y avait sans doute un réel créneau. Mais patatras… sur l’échiquier Belgique Bart à bien manipulé son roi… et depuis dimanche on n’a jamais été aussi loin de cette opportunité.

    Je crois toujours sincèrement que ça sera la seule alternative aux élections (= échec et mat) ou au « plan B ». Et qu’il y a un moyen de l’atteindre si les partis francophones prennent leurs responsabilités et se décident à anticiper un peu au lieu de se borner à réagir aux coups du « maître »…

  2. Dans les couloirs de la politique, tout le monde semble bien au courant que BDW ne désire pas d’accord puisqu’il ne désire pas rentrer au gouvernement, certainement parce qu’il sait que ses demandes sont irrecevables… BXL au nord et une scission quasi complète du pays et aucun financement Nord:Sud… bref le beurre et tout son matériel… Son rêve serait de devenir le nouveau Bourgmestre d’Anvers… Où là il pourrait avoir une action plus directe et réelle… Bref pour l’instant il profite de sa publicité encore et encore… entièrement gratuite (pour lui… pas pour le pays…).
    Maintenant il faut dire que l’esprit rouge en Wallonie n’est pas des plus efficace pour construire une Wallonie forte et progressiste… Mais c’est juste mon avis…

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