Docteur, je ne suis pas sûr d’être antinucléaire… Que faire ?

Billet radio pour la Première (RTBF), 22 mars 2011 – Ecoutez le podcastVoir sur RTBF Info

Mon cher Arnaud, j’ai un aveu terrible, irrémédiable à vous faire. Je ne suis pas sûr d’être contre le nucléaire.

Je vous assure, pourtant, que je me suis appliqué. J’ai écouté les dix-huit heures d’émissions spéciales sur la Première. J’ai regardé les documentaires télé sur les vingt-cinq ans de Tchernobyl. Je me suis passé Olivier Deleuze en boucle. Vraiment, j’y ai mis du mien. Et sincèrement, j’aurais voulu pouvoir m’inclure dans ce tsunami de communion antinucléaire qui nous retourne depuis une semaine, débordant d’émotions pures. Je voulais de tout cœur goûter moi aussi au repos de la bonne conscience universelle. J’aurais tant voulu, sur ce coup-là, me retrouver avec la majorité, au lieu d’avoir ce sentiment d’être le gars un peu gros et gauche assis au fond de la classe à côté du radiateur, et qui se sent obligé de rire à la blague du meneur de groupe parce que tout le monde rit.

J’aurais voulu oublier que l’énergie nucléaire est ce qui a permis au Japon, île surpeuplée sur une faille sismique, de devenir jusqu’il y a peu la deuxième puissance économique du monde. J’aurais voulu oublier que la croissance du monde occidental provient elle aussi, pour grande part, depuis quarante ans de la maîtrise de cet outil. J’aurais voulu que l’on daigne comparer tous les avantages avec tous les inconvénients, au lieu de seulement comparer les risques en cas de crise avec nos propres angoisses. J’aurais voulu pouvoir détourner mon attention des 20.000 morts dus au tremblement de terre et au tsunami, là où tous les médias, émoustillés par l’angoisse de l’inconnu, leur ont préféré après trois jours le thriller de la menace nucléaire – menace certes réelle, grave et sérieuse mais qui n’a encore fait, au moment où je vous parle, aucune victime.

J’aurais aussi voulu oublier que la catastrophe de Tchernobyl était, elle, issue des hommes et seulement des hommes, poussés à la négligence coupable par un système totalitaire à bout de souffle, là où l’accident intervenu dans une abominable démocratie impérialiste est dû à l’enchaînement exceptionnel de catastrophes naturelles – en l’occurrence un tremblement de terre si inédit et puissant qu’il a fait bouger le Japon de deux mètres et dévier la terre de son axe.

Pourtant, on peut penser tout cela tout en sachant pertinemment que le nucléaire est une énergie de transition. En fait, ce qui me met mal à l’aise c’est l’impression que la question est biaisée : comment sortir d’une énergie non polluante en CO2 mais dont les risques restent trop élevés au regard du principe de précaution ? Contrairement au charbon ou au pétrole, l’énergie nucléaire est durable pour un bon moment. Contrairement aux renouvelables actuels elle peut se créer n’importe où, et ne nécessite ni soleil, ni marées, ni espaces pour éoliennes. Tel est donc le problème : le nucléaire ne contient pas en lui-même le moteur de son dépassement. Ainsi, pour les uns, le nucléaire ne doit passer la main que lorsque le modèle coût-rentabilité-impact qu’il propose se trouvera renversé par une autre énergie. Pour les autres, il faut programmer cette sortie pour motiver cette recherche et forcer la diminution de la consommation.

La question de la sortie du nucléaire me paraît donc pertinente, mais mal posée. Pour en sortir, nous parions pour l’instant, en guise de moteurs, sur l’échéance de la loi, aiguillée par nos peurs. Or j’ai des doutes sur une telle approche. Ce ne sont ni la méthode Coué ni l’incantation légale qui font évoluer la recherche ; c’est l’esprit de progrès scientifique qui, au-delà des conservatismes, développe les outils nouveaux avant de condamner l’obsolescence de l’outil ancien. L’envie de dépassement plutôt que la peur, donc. Je ne sais pas pourquoi, mon cher Arnaud, mais vu le niveau actuel du trouillomètre collectif, je nous sens plutôt mal partis.



Catégories :Chroniques Radio

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1 réponse

  1. Effectivement, nous aimerions ne pas nous laisser influencer par tout ce qui se dit sur le nucléaire mais il y a personnellement un aspect qui ne me motivera jamais à l’encourager, c’est que le nucléaire est un pousse à la consommation et si la planète n’est pas détruite par le nucléaire elle risque fort de l’être parle réchauffement climatique et la surpopulation. Le nucléaire reste avant tout un lobby qui rapporte.

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