N-VA : La « ligne Siegfried », futur coup de poker en 2014 ?

Humeur – 7 septembre 2013

brackeLe parti nationaliste flamand fait une fois de plus l’actualité en cette rentrée. Quoi d’étonnant ? Qu’on la donne en recul (RTL-TVI/Le Soir/Ipsos) ou en croissance (RTBF/La Libre/Dedicated), la « guerre des baromètres » la donne de toute façon largement en tête en Flandre à environ 30%. Et ce malgré la réforme de l’Etat et la scission de BHV, supposées pourtant lui couper l’herbe sous le pied. Malgré également la prise de nombreuses communes en octobre dernier ; il était permis de penser que ce parti jeune, confronté aux difficultés de la gestion publique, se trouverait forcé de choisir entre les gammes parfois fort aléatoires de son discours et y perdrait des plumes. Or la N-VA parvient au contraire jusqu’ici à concilier ses contradictions sans souffrir dans l’opinion ; un tour de force, peut-être temporaire, qui ne doit pas masquer pour autant les dangers qui la guettent. Et qui pourrait l’amener à tenter un coup de poker en temporisant ses objectifs.

Car il y a un paradoxe : à côté de cette bonne tenue dans l’opinion, l’image du parti s’embrouille. Siegfried Bracke, recrue intello-télévisuelle de poids, assure  ces jours-ci un service après-vente sous la forme pittoresque d’un tour de Flandre sur le thème « Haro sur ce gouvernement francophone socialiste taxatoire, pas de Di Rupo II ». Il rend au passage un fier service à son habituel ennemi de l’autre côté de la frontière linguistique, le PS ; les deux champions pourront à l’envi se poser en meilleur recours l’un contre l’autre, d’autant plus facilement qu’ils n’auront jamais à se combattre directement sur le ring électoral. M. Bracke a offert une sortie détonante, en suggérant que la N-VA pourrait mettre de côté ses ambitions confédéralistes en échange d’un gouvernement socio-économique mettant leurs priorités en avant. Le recadrage opéré dans la foulée par Bart De Wever ne dupe personne ; Bracke, probablement en service commandé, a bel et bien lancé un ballon d’essai afin de mesurer si cette idée pouvait être suivie par l’électorat de la N-VA sans trop de risques. Or il faut reconnaître que l’idée a du sel, pour trois raisons :

1)      La NV-A n’est toujours pas capable de définir le confédéralisme. C’est étrange mais c’est ainsi ; après plus de dix ans d’existence, la N-VA n’est pas en mesure d’expliquer en quoi consiste le confédéralisme, dont elle a fait pourtant son nouveau slogan depuis que la scission de l’arrondissement de BHV et la réforme de l’Etat lui ont été chipées par les accords de gouvernement Di Rupo I. Et pour cause : le confédéralisme suppose une collaboration entre Etats indépendants. Vendre l’idée confédérale sans vendre l’indépendance de la Flandre à un électorat encore frileux serait d’une acrobatie proche de l’escroquerie intellectuelle. La N-VA renvoie à un congrès à tenir en février 2014 pour nous aider à comprendre ce qu’elle veut. On sera curieux de voir cela et, notamment, le statut qu’elle proposera pour Bruxelles, région sur laquelle il est impossible de lui soutirer une vision claire. On peut comprendre que devant ce nœud sérieux, grande devient la tentation de mettre en avant un programme socio-économique en stigmatisant un gouvernement sans majorité flamande réputé taxatoire. Au moins, c’est facile : on peut continuer à dénoncer sans trop s’avancer dans des joutes institutionnelles. Les nationalistes les plus fervents n’ont pas besoin qu’on leur explique le confédéralisme puisqu’ils veulent l’indépendance ; et les autres seront pleinement satisfaits qu’on donne, raisonnablement, la priorité au socio-économique.

 2)      Justement, rappelons-le : les électeurs de la N-VA ne sont majoritairement pas indépendantistes. Un discours socio-économique, apte à offrir un aspect sérieux, modéré et de gestionnaire au parti, permet de ne pas effrayer un électorat qui commence doucement à se lasser des aventures institutionnelles. Proposer de réformer par une politique socio-économique de droite, sans perdre de vue les objectifs communautaires à long terme, est un bon calcul quand on a autant de réserves électorales que la N-VA. Il est par ailleurs plus malin de terminer de siphonner les électeurs de l’Open VLD et du CD&V, concurrents démocratiques directs pour l’accès au pouvoir, que du Vlaams Belang, auquel la NV-A peut même se permettre le luxe de rendre quelques pourcents sans aucun risque.

 3)      La N-VA est une armée mexicaine, une « Bart De Wever lijst » rassemblant des cadres aux objectifs et parcours très divers, et dont le trait d’union est et reste M. De Wever, homme providentiel. C’est sa personne qui permet de coaguler pour le moment des indépendantistes purs et durs, des chefs d’entreprises, des jeunes cadres dynamiques, des transfuges de parti démocratiques comme des transfuges du Vlaams Belang. Or, tout parti qui veut durer doit à la fois disposer d’une colonne vertébrale idéologique forte et pouvoir rassembler sans perdre trop de plumes. Les esprits les plus habiles de la N-VA ne peuvent que le sentir ; user la corde du nationalisme maintenant, juste après une importante réforme de l’Etat et une passation de couronne réussie (sans compter la campagne brésilienne des Diables rouges) n’est pas une garantie de succès. Que risque-t-on dès lors, vu la hauteur du capital « intentions de vote », à mettre le communautaire en jachère temporaire et mettre en avant le volet libéral de l’identité N-VA ?

Un positionnement « ligne Siegfried » comprendrait un mérite de rassemblement qui serait habile pour Bart De Wever, voire un brin machiavélique; aux nationalistes durs, elle permettrait de vendre l’idée qu’une législature socio-économique, juste après une réforme de l’Etat réalisée sans elle mais sous sa pression – ce qui est vrai – permettra d’asseoir les nouvelles compétences avant de faire un pas de plus. Elle convaincra qu’il sera plus facile de passer à une étape d’autonomie supplémentaire dans une Belgique davantage gouvernée comme le veulent les Flamands, et avec une Wallonie restructurée économiquement moins dépendante de la solidarité fédérale. Cela permettra aussi de vendre l’idée d’un gouvernement sans le PS (« une réforme de l’Etat en soi », avait jadis dit un président de parti), ce qui est toujours vendeur dans une Flandre où la gauche se réduit comme peau de chagrin, et ce même si la promesse sera difficile à tenir.

Tout ceci reste aujourd’hui de la politique-fiction. Il n’empêche ; personne ne peut assurer que le parti de M. De Wever, le temps passant, ne se laissera pas tenter par un tel coup de poker. Et s’il le fait, une question captivante va se poser : que se passera-t-il si, au scrutin de 2014, la N-VA se rangeait réellement derrière la ligne Siegfried et proposait sérieusement de mettre le communautaire entre parenthèses, par exemple durant une législature, pour appliquer une politique socio-économique libérale durant cinq ans ? Comment réagiront les partis démocratiques flamands si elle gagnait les élections de 2014 malgré ce positionnement ? Comment se positionneront les partis francophones devant cette N-VA se privant elle-même de son rôle d’épouvantail ?

Un coup machiavélique. Et qui aurait le mérite d’offrir une campagne très inattendue.

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1 réponse

  1. Nul ne peut le dire … a retenir seulement qu’aucun homme politique aussi charismatique soit-il ne peut agir qu’avec le feu vert de ses électeurs … Nous verrons.

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