Voeux de DéFI, 26 janvier 2020 – Discours de clôture

Très chers amis,

Je voudrais d’abord remercier celles et ceux qui ont permis l’organisation de cet événement, qui ont mis des urnes, des roll-ups, du matériel dans leurs voitures. Je ne suis pas sûr que chacun s’en rend compte ici, mais ce parti vit en grande partie grâce à ces militants, parfois rétribués mais souvent bénévoles, qui donnent de leur temps. Nous sommes un parti de militants. Notre énergie repose sur celle de nos membres. Merci à celles et ceux qui n’ont pas ménagé leur peine ce week-end, dans des conditions difficiles. Et si vous avez un peu de temps après le mousseux et les petits fours, ne partez pas tout de suite et aidez ces militants à ranger. Peut-être même vous ferez-vous de nouveaux amis.

Nous avons à présent une équipe en marche. Félicitations à toi, Alexandra, qui a courageusement relevé le défi d’être notre nouvelle secrétaire générale, notre lien avec les sections et nos membres. Je sais que le parti peut compter sur ta rigueur, ta créativité, et ton sens des responsabilités. Bravo à toi, Pascal Dujardin, qui va fédérer, j’en suis sûr, les centaines de milliers de francophones de la périphérie et les convaincre que nous pouvons leur apporter un avenir dans la paix et le respect de leurs droits. Bravo à toi, Pascal Goergen, dont le professionnalisme, l’affabilité et la bonne humeur seront des atouts précieux pour poursuivre le travail en Wallonie et percer pour de bon ce plafond des cinq %, qui, j’en suis sûr à présent, ne nous résistera plus longtemps/Bravo à toi, Patrice Horn (…). Et bravo à toi, Michaël, qui te succède à toi-même, ce qui est en soi un exploit ces derniers temps, et va tout faire, j’en suis sûr, pour fédérer toutes nos forces à Bruxelles, du Nord au Sud et d’une rive du Canal à l’autre/Bravo à toi Déborah, qui va insuffler au Comité la même énergie que celle déployée à Schaerbeek et à Défi Jeunes. Je félicite aussi toutes celles et ceux qui se sont présentés pour la qualité des débat offerts, que ce soit à ces fonctions ou au sein des locales. On ne fait pas de politique sans s’exposer, sans prendre des risques ; participer à une élection interne, même si on ne la gagne pas, c’est faire vivre la démocratie de notre parti. Je remercie aussi les mandataires sortants : Marco Lowenstein, Jonathan Martin, Sophie Rohonyi, merci pour le travail accompli.

J’aimerais vous dire que 2020 sera une année simple. Qu’elle comportera moins de surprises, bonnes ou mauvaises, que 2019. Mais je ne le peux pas. Les temps sont incertains. Les nuages qui planent sur l’avenir de notre pays sont réels. Et ils sont bien sombres. Jamais dans notre pays, le bloc identitaire et nationaliste flamand n’a été aussi puissant. Jamais les défis n’ont été aussi grands. Il nous faut retourner au combat. Parce que si nous voulons sauver notre pays, c’est maintenant qu’il faudra nous rassembler, convaincre, et surtout fédérer.

En 2020, je souhaite à notre pays de se doter d’un gouvernement fédéral. Le plus vite possible. La crise a suffisamment duré. A ceux qui attendent toujours la N-VA, je rappelle qu’il n’y a que deux configurations fédérales qui intéressent ce parti : soit gouverner avec des partenaires qu’elle peut ostensiblement dominer, ce qui est le spectacle un peu pénible des cinq dernières années, mais qui cette fois-ci n’est plus possible, soit rendre le pays ingouvernable, pour pouvoir constater qu’il est ingouvernable, ce qui est la situation actuelle. Jamais la N-VA ne sortira elle-même du jeu, que chacun se mette cela dans la tête. Bien sûr que dans un monde idéal, il faudrait une majorité dans chaque groupe linguistique. Mais après huit mois où cela a été tenté, il faut passer la deuxième, et trouver une majorité de partis qui veulent simplement gouverner et donner un avenir à ce pays. Avec ou sans nous, peu importe. C’est légitime de tenter d’avoir le CD&V à bord, pour que l’équilibre entre francophones et flamands soit viable. Mais il faut que ce parti cesse de prendre tout le monde en otage. Avec une bonne calculatrice, on se rend compte qu’il y a plusieurs coalitions possibles sans la N-VA ni le CD&V. Il est temps de ne plus se demander ce qui est idéal, mais bien ce qui est nécessaire. Si les partis traditionnels trouvent le courage de se détacher de l’ancien cartel CD&V/N-VA, il y a 77 sièges, nous pouvons, dès demain, sortir ce pays de la crise.

En 2020, nous devrons aussi nous pencher sur nous-mêmes. Un parti doit constamment se ressourcer. Et si nous voulons être, demain, une force de propositions, il faut nous préparer dès à présent.

La force de DéFI réside d’abord dans ses membres, et dans sa capacité à être la force d’inspiration d’une époque. Je l’ai dit : nous avons à chaque fois été des pionniers. C’est pourquoi je voudrais d’ores et déjà donner une mission aux trois nouveaux présidents de comité, et ce devant quelques témoins : évaluer rapidement, dans leurs régions respectives, les élections 2019, avec le concours de tous les candidats. Mettre à plat ce qui a marché et n’a pas marché. Tirer les leçons. C’est pourquoi, aussi, nous avons depuis cette semaine lancé le cadastre des talents, auquel je vous invite tous à participer : mieux nous connaîtrons les talents de notre armée de militants, mieux nous pourrons l’utiliser.

C’est pourquoi aussi je vous invite dès à présent à noter deux rendez-vous importants en termes de doctrine, avec la coopération de notre centre d’études. Au printemps, nous tiendrons un événement pour parler de nos institutions. Nous dessinerons les contours d’une nouvelle Belgique, où les droits des Francophones seront respectés, et qui fonctionnera mieux. Je le répète : l’avenir des francophones passe par un réinvestissement dans l’État fédéral. Pas à un retour à un chimérique unitarisme d’antan, qui nierait la réalité régionale, mais un fédéralisme de coopération, adulte, où les problèmes de gouvernance seraient enfin résolus, et où le tabou de la refédéralisation de matières n’en serait plus un. C’est un moment décisif que nous allons peut-être vivre. Car si nous montrons qu’il est possible de réformer l’État au bénéfice du Fédéral, nous irons à contre-courant des forces centrifuges qui ont divisé le pays depuis des années. Nous mettrons un coup d’arrêt à ce mouvement nationaliste qui ne vit et qui ne fait carrière que sur le dépeçage progressif de notre pays.

A ce propos, je dois vous dire… Je suis toujours surpris d’entendre dire qu’on nous appelle parfois la N-VA francophone. Laissez-moi vous dire ce qui nous distinguera toujours des nationalistes : nous défendons les francophones, non pas parce que nous pensons que la langue française ou sa culture serait supérieure à une autre ; nous la défendons dans la mesure où elle est menacée, parce que c’est une minorité. Et c’est pour cela que nous défendons aussi les autres minorités. C’est pour cela que notre attachement aux droits fondamentaux en général est aussi fort. Nous nous battons pour des droits et des valeurs, là où le nationalisme, et notamment le nationalisme flamand, défend une identité exclusive et fermée. Ne laissez jamais personne vous traiter de raciste, de borné identitaire ou de N-VA ; notre combat est un combat de valeurs, et c’est pour cela qu’il est la meilleure réponse au nationalisme. Et c’est pour cela qu’il est juste.
Mais DéFI, c’est aussi le parti de l’émancipation sociale, de la réconciliation entre le travail, l’économie et la solidarité. A la fin de l’été, nous mettrons sur pied une université d’été où nous préciserons notre doctrine économique et sociale. Parce qu’il n’est pas vrai de dire que le libéralisme est naturellement social. Vous avez entendu à ce propos, je suppose, le nouveau président du MR expliquer à ses troupes qu’il fallait être fier d’être libéral entre autres parce que les libéraux auraient interdit le travail des enfants au 19ème siècle. Bon, d’abord, vous vous rendez compte jusqu’où il faut aller, loin dans le passé pour trouver le bilan social du MR ; mais surtout, ce n’est pas exactement vrai. La réalité c’est qu’entre 1830 et 1889, libéraux et catholiques ont très bien vécu avec le travail des enfants. En 1889, un gouvernement catholique instaure les premières limitations concernant les enfants de moins de 12 ans, mais en réalité il faudra attendre 1914 pour que le travail des enfants de 14 ans soit interdit. Et si ce travail a été aboli, c’est moins par l’action spontanée des hommes politiques que parce qu’a émergé lentement, dans l’opinion publique, le besoin de se pencher sur les droits de la condition ouvrière, sur fond de révoltes sociales. Ce que je veux dire, c’est que c’est parce que le libéralisme est une belle et noble doctrine que nous sommes libéraux. Mais c’est parce qu’il n’est pas spontanément social que nous sommes ici et non au MR. C’est à des formations comme la nôtre de sauver le lien entre liberté et solidarité.

Et puis, mes amis, nous allons nous ressourcer sur le terrain. Nous allons remailler nos sections. Nous allons réviser nos statuts. Nous allons nous mettre davantage à l’écoute de nos membres. Car fédérer, cela commence avec nous-mêmes. Et cela, ça implique peut-être d’accepter de nous remettre en question. Sommes-nous tous ici pour de bonnes raisons ?

La politique est un milieu difficile. Dans tous les partis, on voit une tentation de privilégier la forme sur le fond, l’attaque facile sur le débat d’idées. Nous ne sommes pas à l’abri. Mais nous, je vous l’ai dit, nous sommes d’abord un parti de militants. Cela veut dire que nous sommes un parti de convictions personnelles, et non d’occasions à saisir. Alors permettez-moi de dire les choses en toute sincérité : si vous êtes en politique pour vous étendre sur Facebook en remarques, attaques personnelles ou autres petitesses, vous ne serez pas heureux chez DéFI. Car rien de ceci, pour moi, n’est de la politique.

En revanche, si vous avez un idéal, si vous aimez la politique, la vraie, celle qui veut transformer le réel, améliorer la vie des citoyens,

Si vous avez foi dans notre capacité à défendre les francophones et, au-delà, les droits fondamentaux de toutes les minorités,

Si vous aimez la valeur travail, tout en refusant la précarité grandissante,

SI vous pensez qu’on peut prendre le virage de la transition écologique sans renoncer à l’économie de marché et aux avancées scientifiques

Si pour vous la laïcité politique n’est pas un slogan, mais une nécessité,

Si pour vous le libéralisme est incompatible avec toute complicité avec le nationalisme et le repli sur soi,

Si vous aimez les gens, le contact, et préférez les relations réelles et directes,

Alors vous êtes au bon endroit.

Parce qu’en 2020, chers amis, nous allons plus que jamais devoir nous fédérer.

Fédérer les Francophones de Wallonie, de Bruxelles et d’ailleurs, autour de la préservation de leurs droits, et autour d’un avenir commun dans ce pays, la Belgique, que nous aimons malgré ou à cause de ses imperfections.

Fédérer les forces économiques et sociales pour garantir la prospérité de nos régions et de notre pays.

Fédérer croyants et non-croyants, dans une laïcité qui inclut, qui rassemble, qui respecte le droit de croire et de ne pas croire, qui organise surtout le dialogue et le mélange, et qui lutte à la fois contre le racisme et les replis identitaires.

Fédérer nos militants, les jeunes comme les plus âgés, et réunir les talents et les idées de tous pour bâtir notre force politique sur des idées fortes et d’avant-garde.

Fédérer le plus grand nombre possible de citoyens afin d’être un parti dont la boussole ne sera pas les peurs supposées des électeurs, mais bien le courage d’oser transformer la société, autour d’un parti qui, en 2020, ne ressemblera plus que jamais à aucun autre.

Bonne année à tous !



Catégories :DéFI

1 réponse

  1. Cher François,

    Un petit détail dont je peux témoigner :
    En 1950 j’avais 14 ans et je travaillais
    déjà dans un atelier de menuiserie.
    L’obligation scolaire jusqu’a 16 ans est
    Arrivée bien plus tard.
    Bien a toi.
    Daniel Evraerd

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