« Roule en voiture si t’es un homme! »

Entre les lignes – Chronique pour la Libre Belgique, parue le 30 avril 2014

La fameuse expérience-pilote de la taxe au kilomètre est terminée. Décidée par les trois régions, elle doit permettre de voir s’il est jouable de taxer les automobilistes non sur la possession de leur véhicule mais sur son utilisation. Le hasard faisant bien les choses (?), on n’en connaîtra les résultats qu’après les élections du 25 mai.

Le projet réunit contre lui une féroce force pétitionnaire qui rassemble plus de 170.000 personnes qu’on peut raisonnablement présumer automobilistes. Réunir des signatures d’automobilistes contre une taxe sur l’automobile : il fallait y penser ! Autant lancer une consultation sur le gaz de schiste chez Greenpeace ou faire voter les dindes sur Noël. Les élections devraient être au contraire l’occasion de dépasser le syndrome « Nimby ». Qu’il s’agisse d’avions ou de taxation automobile, reconnaissons que c’est mal parti. Sauf miracle, c’est la foire aux intérêts particuliers qui dominera, une fois encore, la campagne électorale.

Pesons les pour et les contre. Les pétitionnaires oublient que, en cas d’application, cette taxe remplacerait la taxe sur la circulation qu’ils paient déjà. C’est l’argument des promoteurs du système : c’est plus juste, vous payez pour ce que vous consommez. Est-ce vraiment plus juste ? Ca ne me paraît pas si sûr. D’abord, il y a déjà une taxe au kilomètre dans ce pays : ça s’appelle les accises. Elles constituent la majeure partie de ce que vous payez à la pompe et, sauf erreur, elle sont payées davantage par les automobilistes qui roulent que par ceux qui ne roulent pas – une taxe devenue invisible et qui ne décourage plus personne. Mais allons plus loin: est-il vraiment plus juste de favoriser ceux qui ont une voiture et qui ne l’utilisent pas plutôt que ceux qui sont forcés de l’utiliser ? La mobilité des voitures ce n’est pas seulement la circulation, c’est aussi le parking. A Bruxelles et dans les grandes villes, ce n’est plus un détail. Favoriser fiscalement les voitures-ventouses plutôt que celles qui roulent, c’est comme favoriser les immeubles vides plutôt que ceux qui sont occupés : peut-être cela a-t-il un sens, peut être sera-ce efficace, mais il paraît utile d’y réfléchir à deux fois avant de qualifier cela de juste.

Alors que fait-on, me direz-vous, à part pester contre les politiques au premier embouteillage tout en se laissant bercer par les slogans aguicheurs du salon de l’auto flattant la bagnole comme appendice de nos personnalités, du style « Achète une voiture si tu es un homme »? Il n’est pas trop tard pour que la mobilité s’impose sérieusement comme thème électoral. Le sujet est idéal : tout le monde est concerné et personne n’a de solution simple. Rarement aura-t-on vu un thème où il y a consensus sur la nécessité d’absolument faire quelque chose, mais où tout le monde hurle dès que quelqu’un tente de passer à l’acte. Pourtant les données sont simples : Bruxelles est la ville la plus embouteillée du monde, la majeure partie des navetteurs automobilistes viennent de régions proches, et même le RER ne résoudra qu’une partie du problème. Nous ne nous en sortirons donc pas en signant « non » à la fois au péage et à la taxe au kilomètre, sauf à préférer périr économiquement dans nos bouchons, fiers et immobiles dans des bulles matérialisant, pour beaucoup, une partie de nos salaires et concentrant donc une part de l’estime de nous-mêmes.

Peut-être sommes-nous arrivés à un point de tension entre ces pôles qui va forcer un dénouement. Lorsque nous aurons fini de rejeter toute solution qui nous est proposée, nécessité fera enfin loi. Le point de blocage généralisé forcera le courage nécessaire au déblocage. Alors quid demain contre les embouteillages ? Taxe au kilométrage, péage, délestage, voiture au garage ? Ou plus simplement : tout à la fois… et un peu de courage.



Catégories :Articles & humeurs

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2 réponses

  1. Débat sur Télé Bruxelles ce vendredi 2 mai entre 5 présidents de partis traditionnels. Pas un mot sur la mobilité (par contre, la NVA, l’institutionnel, les avions, et blablabla…). Et pas un mot sur le logement. C’est fou, non ? Est-il populiste de dire que l’énergie du changement, à tout le moins sur la mobilité à Bruxelles, viendra des mouvements citoyens (cfr PicNic the Streets, etc.) ? Les politiques semblent trop scotchés au premier frémissement pétitionnaire pour développer une vision cohérente, à long terme, et engendrant son lot de frustration et de colère (comme tout choix de société).

  2. Au jour de la communication électronique, il est insensé de penser la capitale en tant que lieu géographique :Internet devrait casser cette idée…Hélas, on ne trouve qu’un « pis aller »….Taxer plutôt que réfléchir

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