« Qui est responsable ? » (2 mars 2010)

« Qui est responsable ? ». Voilà bien une question d’actualité, qui survient après drame, une fois la poussière retombée. Deux semaines après la catastrophe de Buizingen, peut-être avons-nous assez de recul pour réfléchir à la manière particulière dont nous nous retrouvons à gérer la notion de responsabilité. Après une forte émotion collective vient rapidement à se poser, en effet, la question des responsabilités. Et en général, cette question engendre une mécanique qui broie tout sur son passage jusqu’à ce qu’elle ait obtenu satisfaction. Nous partons d’un modèle, que nous croyons universel, à savoir que toute cause a un effet, et donc que tout problème a une cause. Il y a donc toujours un responsable. On peut même désigner un responsable lorsqu’il n’est pas coupable. Souvenez-vous, par exemple, de ces deux ministres ayant dû démissionner en 1996 parce que Dutroux avait trompé la vigilance d’un gardien. Ils n’étaient assurément pas responsables de cette évasion, mais on a considéré qu’il fallait que quelqu’un paie. Retenez bien cela, car en fait tout est là : il faut toujours que quelqu’un paie, parce que blâmer la fatalité, le concours de circonstances, le hasard, aujourd’hui, nous paraît insupportable.

Et cela, en soi, c’est intéressant car c’est de moins en moins facile. La société devient de plus en plus technique, faisant interagir un nombre grandissant d’acteurs, avec de plus en plus de compétences, de causes différentes. Notre société se complexifie et l’équation « un effet, une cause » ne tient plus. Il faut souvent un enchaînement de causes pour produire un effet. Du coup la recherche de coupables n’est plus une simple équation, mais une guérilla dans un maquis. 

Conséquence : les explications simples ne suffisent plus. Même s’il s’avérait que le brûlage d’un feu rouge par un conducteur de train soit l’explication première de la catastrophe, nous ne nous en contenterons pas. Nous chercherons plus loin, jusqu’à ce que nous ayons trouvé un système, un cadre, des puissants sur lesquels axer notre courroux – la SNCB, l’Europe, la libéralisation, au choix. Avec bien sûr, en bout de course, quelques responsabilités individuelles à pointer. Mais prenons garde à nous en satisfaire, car il y a un leurre dans cette recherche effrénée : celui de croire que le risque zéro est possible, alors qu’il n’y a que des risques calculés. Dans la complexité qui est la nôtre, où nous trouvons normal de nous déplacer à des vitesses folles dans la sécurité et le confort, le sentiment de notre fragilité ressurgit avec brutalité au moindre accident, qui arrivera toujours, parce que le meilleur automatisme du monde aura toujours été pensé par un humain. Peut-être est-ce ce rappel de notre faiblesse, au fond, que nous ne pardonnons pas et qui attise notre soif de responsables. Soyons droits pour juger les fautes d’autrui, mais veillons à ne pas trop leur faire payer le prix de nos propres angoisses.

 



Catégories :Chroniques Radio

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