Les meilleurs ennemis (2 février 2010)

Le Manifeste du MR est l’occasion d’avoir une réflexion générale sur le positionnement géographique des partis. La gauche, la droite, le centre. Ces références fonctionnent pour les partis comme un gouvernail, mais aussi, selon les cas, comme des enfermements. Dès qu’un parti, quel qu’il soit, vient présenter un nouveau programme, de nouvelles orientations, le commentateur viendra le résumer comme un recentrage, un coup de barre à droite ou à gauche, selon les cas. Le journaliste ramène rapidement l’évolution idéologique des partis – ou de l’électorat, d’ailleurs – à ce positionnement dans l’espace.

D’où vient cette division ? De la première assemblée nationale révolutionnaire française, en 1791. Les premières divergences entre révolutionnaires apparaissent alors entre ceux qui sont assis à droite du président, modérés et partisans de la monarchie constitutionnelle, et les plus radicaux, qui siégeaient à gauche, tels les Jacobins, demandeurs de ruptures beaucoup plus forte avec l’ordre établi. C’est aussi simple que ça. Ce qui est intéressant, c’est de voir que ces notions, neutres au départ, sont devenues des bannières ou des repoussoirs selon les cas. La gauche garde ainsi une forte connotation de combat social, de progrès et de refus de l’ordre établi, mais doit aussi porter un soupçon de sectarisme et d’enfermement, d’être ceux qui sont sûrs d’avoir raison et veulent brider la liberté, avec le marxisme-léninisme en toile de fond. La droite de son côté garde une image de conservation, d’ordre, de sauvegarde des valeurs, mais doit constamment supporter un soupçon d’intolérance, de refus d’ouverture à la société, avec en toile de fond la crainte du racisme organisé – d’ailleurs, lorsqu’un responsable de gauche utilise à dessein le mot « droite », il sait que des générations entières entendent, en écho, le mot « extrême-droite ».

Deux visions extrêmes et caricaturales qui ont la vie dure il est vrai : de gauche, de droite ou du centre, nous sommes surtout entre démocrates. Alors pourquoi cette division géographique un brin primaire perdure-t-elle ? Simplement à cause du cerveau humain et de notre besoin de nous représenter les choses dans l’espace. Dès qu’il y a positionnement de plusieurs éléments dans un seul plan, dès qu’il y a besoin de comparaison, il y a nécessité de se les représenter les uns par rapport aux autres. Voilà pourquoi, malgré tous les efforts des partis pour décliner leurs projets avec nuances et détails, le journaliste sera toujours contraint de les placer sur cette ligne infernale. Le seul moyen dont dispose le citoyen pour échapper à de telles simplifications, c’est bien entendu de se méfier des slogans et de lire les programmes. Mais on se priverait alors du petit plaisir de sonner le rassemblement de ses troupes et de stigmatiser ceux d’en face. Et ce serait alors se priver, il faut bien l’avouer, d’une tentation trop forte ; rien ne rassemble mieux que la désignation de l’ennemi.



Catégories :Chroniques Radio

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