L’affaire Dutroux, notre point Godwin à nous

Humeur, 12 août 2012

Le point Godwin désigne le cap d’un échange d’arguments dans lequel l’une des parties invoque une référence à la Seconde Guerre Mondiale, l’Allemagne nazie ou les camps d’extermination, ce qui a généralement pour effet de clore la discussion. Il a été énoncé par Mike Godwin en référence aux réseaux sociaux émergés dans les années 90, mais des antécédents similaires existent depuis les années 50. L’énoncé postule que plus une discussion dure longtemps, plus les chances de voir un interlocuteur se référer aux nazis à un moment ou l’autre deviennent élevées. On peut aisément en vérifier la pertinence dans les débats publics comme dans les repas de famille : en pratique, atteindre le point Godwin est considéré comme un discrédit pour celui qui sort l’argument nazi (comparer l’argument de l’autre au nazisme ou traiter son interlocuteur de nazi) car il révèle son manque d’arguments par le recours généralement abusif à ce qui représente, toujours aujourd’hui, la vision du mal politique et social absolu en Occident.

Si le point Godwin existe bel et bien, c’est parce que la mémoire collective des sociétés occidentales reste massivement axée sur la Seconde Guerre mondiale et ses conséquences, en premier lieu l’entreprise d’extermination du peuple juif, qui ont durablement façonné l’histoire, les mentalités et les représentations politiques depuis 60 ans. Référer aux nazis, c’est renvoyer à notre Satan universel, celui qui est devenu, paradoxalement, notre boussole de distinction entre bien et mal. Les débats politiques sur l’extrême droite en Occident le relèvent  suffisamment : au fil du lissage des discours des leaders d’extrême droite et de l’éloignement temporel inéluctable des références historiques, le seul véritable critère devient la possibilité de rapprocher thématiquement l’adversaire des entreprises fascistes ou nazies qui ont décimé l’Europe au XXème siècle. Si ce rapprochement est possible, je peux discréditer mon adversaire par le recours à cette référence reconnue et inscrite dans les consciences. Et je peux aussi me rassurer, dans les moments de doute, en m’y comparant et me disant que ce que je prône ou défends n’a rien à voir avec ces théories meurtrières.

Le point Godwin désigne « la » référence indépassable à vocation universelle. Mais il est évident qu’on pourrait étendre la théorie à d’autres traumatismes locaux façonnant également la conscience collective jusqu’à paralyser, comme le point Godwin, la réflexion par l’émotion. On peut ainsi avancer qu’il existe en Belgique un point « Dutroux » canalisant de manière concentrée l’ensemble des griefs, amertumes, doutes et colères accumulés d’une population à qui on cacherait tout et qui serait méprisée par ses élites. Dans une discussion donnée, la référence « Dutroux » met elle aussi fin à la discussion, car la perdurer reviendrait à voir les protagonistes des repas de familles s’opposer entre théoriciens du prédateur isolé et conspirationnistes, à opposer ceux qui crient le besoin de vengeance à ceux qui prônent le respect des institutions, bref à rejouer sur une gamme ou l’autre la partition bien connue du peuple contre les élites.

L’affaire Dutroux continue à polariser les émotions de telle manière que les institutions elles-mêmes donnent l’impression de marcher sur des œufs. La libération de Michelle Martin est symptomatique à cet égard. Presque aucun parti politique n’a osé s’abstenir d’y réagir. Tous en ont profité pour rappeler les uns leurs propositions de peines incompressibles, les autres leurs propositions de durcir les conditions de libération conditionnelle, quitte à ouvrir ce que Ettore Riza a pu très justement nommer le carnaval des hypocrites. Presque aucun n’a osé dire simplement « c’est dur à comprendre mais c’est la justice ». On reste un peu plus interdit encore quand on voit le procureur général de la Cour d’Appel de Mons attaquer la décision de remise en liberté conditionnelle devant la Cour de Cassation, avec des chances relativement faibles, cachant difficilement l’impression qu’il s’agit là de donner un signal à l’opinion publique. Même les journalistes savent qu’ils doivent traiter ce sujet avec moult précaution. On n’écrit pas n’importe quoi sur l’Affaire Dutroux. On ne compare pas n’importe quoi à l’Affaire Dutroux. Depuis 1996, les marchands de précautions oratoires sont devenus multimilliardaires.

Pourquoi le fait divers que constitue l’affaire Dutroux, aussi sordide soit-il, continue-t-il à marquer autant les esprits ? Est-ce à cause de la gravité des faits ? Non : même si ça paraît étrange de l’écrire, la Belgique a connu pire, et ce même après 1996. Dutroux et consorts sont coupables de la séquestration de six fillettes ou jeunes femmes et de la mort de quatre d’entre elles. Michel Fourniret, arrêté en 2003, a avoué neuf meurtres et est soupçonné de plusieurs autres, sans qu’aucune manifestation conséquente n’advienne. Est-ce à cause de l’incurie des institutions que l’affaire a mises a jour? Sans doute davantage, car le fait qu’une société ne parvienne pas à protéger ses enfants est très anxiogène. Mais l’explication n’est pas suffisante là non plus : les tueurs du Brabant ont assassiné 28 personnes dans les années 80, sans qu’on ait à ce jour le début d’une explication, et personne n’a manifesté là non plus contre ce qui représente à ce jour, pourtant, le plus grand fiasco judiciaire de l’histoire de ce pays. Si l’Affaire Dutroux traumatise et fascine, c’est parce que les actions meurtrières de cette petite bande nous paraissent si misérables et détestables qu’elles nous forcent à assumer que l’humanité produit aussi ce genre de monstres et à accepter donc que rien n’est jamais gagné. Avoir mis la main sur un monstre sans ambiguïtés, qui plus est voilé par l’éternel soupçon d’avoir bénéficié de la protection des élites, est un alibi pratique – et peut-être nécessaire, hélas – pour refouler nos propres parts de noirceurs. Qui n’a pas en tête l’engagement profond, sincère et perclus d’émotions de l’avocat des parents de Julie et Melissa des années avant que celui-ci ne se retrouve épinglé pour consultation d’images pédopornographiques ? Ce n’est pas un cas isolé. La ferveur peut se révéler d’autant plus forte que ce que l’on fuit nous ronge. Fuir sa part d’ombre en déployant toute sa colère sur le monstre fourni à la meute, c’est le vaudeville classique de l’histoire des foules. Traiter le monstre de monstre et lui refuser tout pardon, c’est comme traiter le fasciste de fasciste : ça ne mange pas de pain et ça rassure sur soi-même. « Moi ? Je ne serai jamais un monstre ni un fasciste, voyez comme je les hais ! ».

Au moment où, seize ans après les faits, dans la nouvelle torpeur d’un mois août, on s’apprête à libérer conditionnellement Michelle Martin dans un couvent, nous avons peut-être une occasion de nous confronter aux sources du traumatisme. Ce n’est pas seulement le rapport aux enfants comme matrice de la société qui est en jeu. C’est aussi le face-à-face avec la faiblesse humaine et le deuil d’un monde juste dans lequel chaque chose est à sa place, où il existe un équilibre et une harmonie explicative de tout. Or le monde n’est pas comme ça ; il est fait de paris, de prises de risques, de projets et de pages qui doivent se tourner, aussi difficile cela peut-il sembler. C’est vrai, le pari serait plus simple à prendre si Michelle Martin exprimait des regrets sincères et sans ambigüités, et on ose espérer qu’une décence élémentaire lui fera faire ce pas. Mais même cela ne suffirait pas à apaiser les colères ni ne nous dispenserait d’enfin tourner la page. On peut être révulsé par les actes et les abstentions de Michelle Martin tout en continuant à croire dans les hommes et leur capacité de reconstruction. On peut renoncer à la vengeance pour donner sa chance à la justice. On peut, comme le disait Kennedy, pardonner à ses ennemis sans jamais oublier leurs noms.

Sur le même sujet:

Michelle M. et la banalité du mal 2.0.



Catégories :Articles & humeurs

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21 réponses

  1. Merci pour ce texte et pour les références qui s’y trouvent. Helpful dans mon cas.

  2. Merci ! C’est exactement ce que je pense et je n’aurais pu mieux ni même aussi bien l’exprimer !

  3. On peut aussi estimer que le besoin (social) de vengeance ne vise pas Martin ou Dutroux mais celles et ceux qui n’ont pas été inquiétés par une « justice » qui paraît étrangement être une justice de classe 1.0 (combien d’évadés fiscaux condamnés ces dernières années ? pour combien de voleurs à la sauvette ?). S’il vous semble judicieux d’utiliser la matrice conceptuelle d’un libertarien, il me semble aussi judicieux de citer Rockin’ Squat quand il nous chante : « le dernier juge que j’ai vu avait plus de vices que le dealer de ma rue ». Sans blague, vous croyez aussi que le passeport de Mohamed Atta a été retrouvé intact dans les décombres fusionnantes de Ground Zero. J’ose espérer que les belles plumes et les beaux esprits de notre société auront bientôt plus à coeur de chercher les vérités (en ce qui concerne les réseaux de pédophiles, les collusions entre gouvernants, medias et industrie militaire, problèmatique des dettes souveraines et paradis fiscaux…) plutôt que d’ergoter selon les canons philosophiques sur l'(a)moralisation de nos sociétés. Au fait, le grand « pardonnateur » de Kennedy, c’est pas aussi celui qui a autorisé le débarquement de la baie des Cochons ? Drôle de manière de tendre la joue gauche ! Au fait, sur le nazisme, avez-vous déjà pris connaissance des travaux de l’historienne française Anne Lacroix-Riz ? Enfin, pourquoi vouloir porter le « deuil d’un monde juste dans lequel chacun a sa place » alors qu’il me semble que la combinaison « utopie-lutte sociale » a souvent été gagnante ???

  4. Dans la mémoire collective, il reste des traces indélébiles.
    Pourquoi cibler une seule criminelle, quand tant d’autres rodent dans nos rues d’aujourd’hui et pourraient devenir un très mauvais souvenir pour l’avenir ?

    Nous ne cessons de monter les horreurs de nos sociétés à nos enfants… Pour construire à nouveau sur les ruines de la douleur d’un passé.
    Avons-nous reçu une leçon ?

    Il faut absolument un martyr, pour exécuter en place publique les criminels, qui furent à leur tour, les martyrs d’une autre vengeance commune. Nous devenons à la fois criminels et martyrs d’une bonne cause.
    Avons-nous reçu une leçon ?

    Nous accusons bonne réception de ce « Non » insistant contre la libération cette célèbre détenue. Mais combien de récidivistes (pédophile et violeurs) courent nos rues, sous le regard de la population bienveillante ?
    Avons-nous reçu une leçon ?

    La mémoire collective se souviendra un jour d’un homme ou d’une autre femme coupable d’atrocités dans notre si plat pays.
    Quelle sera la leçon reçue ?

    D’excellentes lectures ici, j’y reviendrais !

  5. nous avons laissé dépérir nos sociétés dans des systèmes économiques sous la houlette de marchés financiers qui n’hésitent plus aujourd’hui à assassiner des gens au nom de la productivité, du profit, de l’argent-roi!!!! Allons-nous en tirer une leçon?
    Nous vivons dans un monde où les valeurs telles que l’équité, l’honneur, le partage, le souci des autres sont des denrées rares!!!! Allons-nous en tirer une leçon???
    Nous vivons une situation où la Justice est remplacée par des lois de plus en plus individuelles et vides de sens !!!!! Allons-nous en tirer une leçon????

  6. Monsieur De Smet,

    C’est mon jour de chance : j’adore les argumentations syllogistiques et j’adore le débat gauche/droite. Permettez-moi pourtant de saluer votre technique, hélas, patatras, votre argumentaire impliquait un passage obligé par une redéfinition du Godwin, une redéfinition erronée…
    Sur le Godwin.
    Tout d’abord, l’analyse Godwin est une constatation qui discrédite l’émetteur de la référence au « nazisme », comme vous le soulignez dans votre premier chapitre et comme vous semblez, dans un tour de passe-passe le travestir en fin de second chapitre. Se discréditer ? Il ya mille façons : une colère, des larmes, le mutisme, la répétition d’une phrase stupide en boucle, l’ignorance du sujet…que sais-je… Vous proposez également, à votre tour, plus haut, toujours dans ce second chapitre, une analyse ultra-manichéenne du constat de Godwin où les accusations de « nazisme » ne seraient rien d’autres qu’une redéfinition du mal absolu (et par conséquent du bien) qui bénéficierait d’une certaine fraîcheur historique dans les mémoires collectives, analyse qui selon moi en fait une espèce de caprice ou de bénéfice de la mémoire et frise l’indécence.
    Si le concept de Godwin est si particulier, c’est précisément parce que le nazisme va outre les notions basiques de bien et de mal et qu’il est dominé par le spectre de l’ordre et du désordre. Le génocide organisé, industriel, froid, la déshumanisation de l’individu qu’a représenté le nazisme n’a aucun précédent et c’est précisément cette notion d’ordre à son paroxysme qui le rend monstrueux. Par conséquent, étendre le « marquage » Godwin à d’autres traumatismes devient un exercice plus que périlleux et en cela, jamais au cours d’un débat, je n’ai vu un interlocuteur donner du « Dutroux » à un autre qui évoquait la peine de mort, le mépris des étrangers, le commerce des animaux ou la situation de la femme dans la société…
    Pour en finir avec le Godwin et c’est là où il faut saluer votre pirouette sur la justice et les peines, rappelons que l’insulte « nazi », dans les débats traditionnels, est tout de même un « non-argument » Godwinien par essence dont se sert volontiers la « gauche », pour appuyer des idées précisément de « gauche » contre une défense qui n’a rien de « gauche », et là je pense à la compressibilité des peines, allez savoir pourquoi…

    Sur la justice…
    Faut-il rappeler ici que la justice est faite par des hommes pour servir des hommes de façon équitable en fonction des sentiments et des mœurs d’une époque et d’un lieu donné, sentiments et mœurs incarnés par la majorité en démocratie.
    Je peine à comprendre votre quatrième chapitre et n’y discerne ni vos griefs, ni vos attentes. Est-ce que vos espoirs d’honnêteté politique résident réellement dans le simplement « c’est dur à comprendre mais c’est la justice » et est-ce que cette espèce de tautologie absolutiste ne constitue-elle pas en soi un mépris pour la démocratie ?
    Sur l’affaire Dutroux …
    Et pour répondre à votre question, j’ai le sentiment que vous fourvoyez encore une fois, le monde a toujours su qu’il était capable de produire de misérables monstres, (qui se souvient de l’affaire Pandy à la même époque ?) et en dehors de tout moralisme simpliste, la foule a raison, toujours raison, parce qu’elle est la foule.
    L’affaire Dutroux c’est une rencontre avec l’histoire, c’est un fait divers qui devient un fait de société avec une iconographie surtout, avec une linguistique surtout, avec une onomastique, un scénario, une religion, etc.
    L’affaire Dutroux c’est cette affaire qui, avant tout, pour la première fois, va exhumer un mot, un mot enterré sous une chape de plomb, un mot que la plupart ignorait, confondait, attribuait mal : pédophilie, un pavé dans l’écran qui faisait peur, un machin qui existait bien avant Dutroux, que tout le monde connaissait dans les villes comme dans le plus sacro-saint des petits villages et là, subitement, il sortait du confessionnal, il s’affichait à la télé. Quinze ans plus tard l’Eglise sera inquiétée. Quinze ans plus tard, l’ouverture du sujet, la réforme des lois a peut-être sauvé des milliers d’enfants de blessures aussi physiques que morales.
    L’affaire Dutroux c’est cette affaire qui arrive à cette époque où l’enfant roi a enfin acquit ces lettres de noblesses et où la normalisation des divorces l’a posé sur un trône, il est la pureté, l’unique pôle d’affection et l’objet absolu des revanches et des désirs parentaux, c’est un Dieu, comme jamais au cours de l’histoire il ne l’a été..
    L’affaire Dutroux ce sont deux affiches, gravées, à vie, une attente, et c’est arrivé près de chez vous, on disait les avoir vues au Brésil et on doit faire face à un jeu de volumes régressif, un pays comme le nôtre, une ville comme la nôtre, une maison comme la nôtre, une porte blindée, une cave sordide et un gars qui s’appelle Dutroux, notre voisin et sa femme. On est en pleine mythologie belge avec le boucher qui découpe les enfants que Saint Nicolas sauvera. Et les images mal filmées, dont le souvenir donne encore aujourd’hui la chair de poule, de cette fille en sanglots, sauvée, qui court dans les bras de son gros monsieur de père encore plus en sanglots qu’elle.
    L’affaire Dutroux c’est le choix de la compétence négative ou de l’incompétence positive. Réseau organisé, pointu, ou le flic qu’on croise tous les jours, celui de la commune, du carrefour, pas foutu de faire son boulot. Le choix de chacun.
    L’affaire Dutroux c’est la Belgique, déjà malade, qui devient le centre du monde avec CNN à Marcinelle et la BBC à Sars-la-buissière…
    Voilà, c’est en cela qu’elle est singulière …
    Pour conclure je vous dirais que je ne soutiens en rien les abrutis revanchards d’eux-mêmes qui font du cirque sur le net, je vous dirai aussi qu’il n’est pas bon de dérober la justice au peuple, qu’il n’y a pas de justice sans diable, tant pis pour elle ; et comme disait Desproges « La démocratie c’est la majorité, et la majorité ce sont ceux qui regardent Patrick Sabatier », tant pis pour nous…

    Bien à vous.
    Laurent Achille Flamand.

    • Laurent Achille,

      En première analyse, je partage votre point de vue…Le point GODWIN ne fait que marquer la rupture du dia-logue.
      L’affaire « Dutroux » a tous les ingrédients d’un drame schakespearien, dumassien, flauberien, hugosien… :il n’y a pas d’auteur unique..
      Qui se souvient de l’affaire Dreyfuss ? là, réellement, dans la bourgeoisie de l’époque, le point GODWIN était facilement atteint….

      Défendons l’Etat de Droit, le respect de la « chose jugée » (en plus par un Jury populaire)…

      a +
      Bernard HALLEUX

  7. Bon article, bien écrit, bien argumenté, qui dissimule cependant une faille. Il se présente comme un appel à la sérénité et à la raison. Mais si l’on veut que la Justice s’exprime en toute objectivité, pourquoi ne pas attendre sa décision? Pourquoi contester le rôle de la Cour de cassation ? Pourquoi suspecter les intentions du Parquet en y voyant une expression de l’élite menacée par le peuple ?
    Curieuse impatience. Publier ceci avant la décision finale de justice, et surtout avant la manifestation de Jean-Denis Lejeune, ça n’a malheureusement pas toutes les apparences de la neutralité…

  8. Marc,

    L’appel à la raison est légitime ; c’est ce qui nous distingue de l’animal…Doit-on revenir a la loi du talion ?
    La Cour de Cassation ne peut se prononcer que sur la « légalité » des décisions judiciaires…elle n’agit pas en juge de fond en troisième instance.

    JD Lejeune, comme les autres victimes de Dutroux Martin, sont les seuls qui peuvent donner leur pardon : c’est de l’ordre du privé..

    Enfin , la neutralité n’existe pas : c’est la démission, c’est « le circuler, il n’y a rien à voir »…le « tout egal tout ! »

    Martin doit aussi demander pardon…mais qui croira à sa sincérité ?

    Bernard HALLEUX

    • Bernard, lisez-moi attentivement. Je ne critique pas l’appel à la raison. Je dis qu’il est faux, légèrement hypocrite pour tout dire. Même si la cour de cassation ne se prononce que sur la forme, sa décision l’emporte en dernière instance. Alors pourquoi ne pas attendre sereinement ? « C’est la justice ». Pourquoi cette impatience à juger avant elle, de la part de quelqu’un qui prétend lui faire confiance ?

  9. Marc,

    Si je vous lis bien « l’appel à la raison est faux,légèrement hypocrite » (je vous cite) : passons sur l’hypocrisie(=L’hypocrisie est l’attitude morale par laquelle on exprime des sentiments, des opinions que l’on n’a pas ou que l’on n’approuve pas, -cit. Wiki,).

    En quoi l’appel à la raison est-il faux ?

    L’article de FDS est une réponse immédiate, dans la tourmente médiatique qu’a soulevée la procédure de libération anticipée de Martin…comme toute manifestation « épidermique », elle durera ce que dure une émotion, un prurit passager.

    Il est salutaire de faire entendre les voix discordantes, même dans la tempête : chacun sait que le calme revient après.

    Faut-il attendre une décision judiciaire ultime (et on peut faire confiance aux juristes de la Cour de Cassation pour habiller une décision de tous ses atours juridiques mais qui tiendra aussi en compte la réalité sociale du sujet et du moment) pour réagir ?

    Je comprendrais parfaitement que vous ne m’ayez pas compris…pardon, en langage de blogueur, que vous ne m’ayez pas lu attentivement…

    • Ah les ambiguïtés du langage et les compréhensions pré-inscrites ! Je ne conteste pas l’appel à la raison ni la raison. Je conteste le fait que CE texte soit un appel à la raison. L’ article de FDS fait partie des manifestations « épidermiques », mais de manière moins évidente.
      Je répète : pourquoi FDS pense que la justice c’est comme ça, pourquoi n’attend-il pas qu’elle ait été jusu’au bout ? Y aurait-il une bonne partie (le TAP) et une mauvaise partie (la cassation), ce que vous semblez aussi sous-entendre ? Son texte est une prise de position déguisée; c’est en ça qu’il est « légèrement hypocrite ».

      • C’est votre avis et je le respecte…mais il est sain de faire entendre des voix discordantes dans le tohu-bohu médiatique, soulevé par la décision du JAP, dans cette affaire…Cela me rappelle les « tricoteuses de la révolution française », les foules hystériques acclamant, Daladier de retour de Munich puis Vichy et 4 ans après De Gaulle…tiens, tiens, revoilà Godwin ! (lol)
        Pour le reste, cela étant dit et écrit, nous attendrons le jugement de la Cour de Cassation et nous le respecterons qu’il nous plaise au non : je n’ai aucune inclination pour le JAP/la Cour de Cassation (sortons du manicheisme primaire) mais un profond respect pour l’Etat de Droit…aussi imparfait fut-il !

        • Sans vouloir vous contrarier systématiquement, je ne pense pas que la voix de FDS soit discordante. Elle est semblable à tous les commentaires issus de « l’intelligentsia » (voir Michel Henrion et d’autres), comme au moment de l’affaire Dutroux. Je la trouve plutôt stéréotypée. Il s’agit chaque fois de prendre ceux qui ont un avis différent pour une populace agitée, en évitant de prendre leurs arguments au sérieux.
          La décision de la CC pourra être discutée et contestée comme n’importe quelle autre (en fonction de la liberté de pensée), même si elle sera évidemment respectée en droit.

  10. Correction: « SI FDS pense que « la justice c’est comme ça »…

  11. Bravo Olivier, enfin un commentaire sensible ! Tant de gens réagissent comme si la « populace » devait se sentir coupable de ne pas avoir oublié, plutôt que Michèle Martin…

  12. @Olivier Lenglez :

    Je m’étonne qu’un juriste de « haut vol » (à voir votre expérience et vos multiples spécialisations) émette un avis de cet acabit…S’il est une profession fonctionnellement schizophrène, c’est celle de l’avocat : il est capable de défendre, avec la même intégrité et la même compétence, la victime ou l’auteur..selon le hasard des relations, la désignation d’office, les circonstances…Ce qui lui permet d’assurer cette incohérence apparente, c’est le droit écrit, la procédure contradictoire, le degré d’appel, etc : en un mot l’Etat de Droit.

    Je remarque l’utilisation des « sentences » anglaises, et les nuances linguistiques : le français n’est-il pas suffisamment riche pour les exprimer ?
    « be feld » ce n’est ni « done » ni « seen to be done » : c’est normal, , vous retracez l’évolution de l’exercice de la justice entre le « droit divin », le « droit positif » et la subjectivité, que notre société amplifie via les réseaux sociaux. !

    Il est vrai que le Droit ne peut se décoller de l’évolution de la société ( à ce sujet, il est intéressant de voir comment le droit de la femme a évolué depuis 100 ans !), mais un épiphénomène ne constitue pas un courant.

    Par contre, je peux vous rejoindre sur l’interrogation que l’affaire « Martin » met en évidence : la différenciation entre les « castes » instruites, « bien dans ses papiers » et la haine qui s’est cristallisée autour de cette affaire, via les réactions sur les divers réseaux sociaux et quelques manifestations d’ « agressivité pure » qui s’en suivent….

    @Marc Reisinger : faillait-il attendre ?

  13. La sensibilité à la souffrance des enfants est un progrès social et non un épiphénomène. Les enfants battus on été longtemps considérés comme un phénomène normal. L’abus sexuel d’enfants a été et est encore fréquemment nié. Les manifestations actuelles montrent une discordance entre ce progrès et le droit, dont il faudrait tenir compte au lieu de les rabrouer.

  14. Le point Godwin est dans la multiplication des mises en gardes contre les tentations populistes qui mèneraient à une forme de fascisme. Cet article participe d’ailleurs de cette mise en garde. De plus, quand on invoque le nazisme pour clore une discussion, on ne l’invoque pas dans une discussion sur le nazisme, au contraire, on crée un court –circuit perfide pour déstabiliser le contradicteur. Ici on invoque l’affaire Dutroux dans des discussions qui concernent l’affaire Dutroux. Si à Nürnberg Herman Göring n’avait pas été pendu (la peine de mort ? quelle horreur !!) mais libéré après 16 ans et qu’il y ait eu des manifestants juifs pour s’indigner je ne pense pas qu’on leur eut reproché d’atteindre le point Godwin…
    Enfin, l’argument qui consiste à sous-entendre que si on s’indigne c’est qu’on « fuit ce qui nous ronge » participe de la même logique. Ce n’est pas un « ferme ta gueule sale nazi » mais un « au fond si tu t’indignes tant, n’est-ce pas pour fuir tes propres penchants pédophiles ? » …c’est donc un « ferme ta gueule » plus subtil (voir pervers) mais c’est un « ferme ta gueule » quand même…
    En résumé, dans cet article c’est celui qui dit qui est…
    Yvan Falys.

  15. @ Yvan : pour le respect de l’histoire, Goering n’a pas pu être exécuté : il s’est suicidé au cyanure, dans sa cellule …D’aucun n’hésiteront pas à « proposer » cette sortie…
    @ marc resinger : épihénomène ne renvoyait pas à l’affaire Durtoux Martin, encore moins à la souffrance des enfants mais à la libération conditionnelle de Martin…Ah l S’agit-il, sans doute des « compréhensions pré-inscrites » comme vous écrivez dans un de vos commentaires antérieurs ??? (j’avoue ne pas avoir compris l’expression)

  16. Je me dois de saluer cet article, premièrement parce qu’il m’a fait du bien. Un phare dans la nuit actuelle, où la colère gronde dans un crescendo de haine. Secundo, je ne pouvais rester muette parce que c’est l’occasion pour moi de vous remercier, Mr De Smet, car vous avez été mon professeur l’an dernier dans le cours de Philosophie à l’HENALLUX. La Philosophie reste malheureusement dans la conscience collective un cliché élitiste de masturbation intellectuelle inutile.. Je ne le pense pas. J’ai toujours considéré la Philosophie comme une source fraîche qui permet de voir à long terme, et non pas dans le plaisir de l’ici et du maintenant. Quoique par ailleurs lorsque je bois une bonne bière, je peux me permettre d’appréhender la perception de ma bière et de ce qu’elle me renvoie. J’ai conscience de, comme on dit. Soit, « la philosophie c’est comme on vit », disait JP S. Bref, Des professeurs de Philosophie qui parviennent à nous apprivoiser, c’est rare. Des professeurs qui amène la Philosophie dans notre champ de compréhension, qui la rend tangible malgré son essence intelligible, quand d’autres préfèrent la pendre hors de portée peur de la traduire et donc de la trahir. L’an passé je n’ai pas été apprivoisée par votre cours (pour des facteurs propre à votre pratique d’enseignement, et pour d’autres qui vous sont totalement étrangers). Mais aujourd’hui, cet article m’a interpellée et m’a apprivoisée sur votre personnalité. Alors quel ne fût pas mon plaisir de comprendre que vous en étiez l’auteur. D’une façon ou d’une autre, vous devenez une référence à mes réflexions, Merci à vous.

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