« N’ayez pas peur » (19 janvier 2010)

 « N’ayez pas peur », disait Jean-Paul II. Voilà qui serait de circonstance, à voir les réactions suscitées par la désignation de Mgr Léonard comme primat de Belgique. Etrange calendrier : on nous apprend qu’à partir de la rentrée académique prochaine la Conférence épiscopale ne sera plus le pouvoir organisateur de la nouvelle Académie Louvain, intégrant notamment l’UCL – et cela, ce n’est vraiment pas un détail dans l’histoire des piliers de notre pays.

Donc, pendant que la société se décléricalise, l’Eglise se recentre et se referme, nous dit-on, ce qui provoquerait un malaise chez de nombreux catholiques belges habitués à l’ouverture et au progressisme d’un Godfried Danneels qu’on s’attend à ne plus retrouver chez son successeur. Certes mais… la vraie question est : une Eglise a-t-elle pour but de se conformer aux mœurs et à l’évolution des esprits de ses membres ? En principe non. Une religion ce n’est pas une démocratie. C’est un corpus de traditions et de croyances structurées, et dont la bonne interprétation est défendue par un clergé que les fidèles sont supposés suivre. Or, on assiste à un décrochage entre le sentiment religieux et la religion instituée. Pour le croyant, les interdits et prescrits deviennent très ardus à suivre, mais on ne souhaite pas pour autant remettre en question la foi qui va avec. Alors on se construit sa religion à la carte ; je prends ce qui me plaît et jette ce qui m’oppresse, d’accord pour le Christ sauveur, mais pas pour la chasteté hors mariage… le triomphe de la société de consommation, en fait. L’Eglise a longtemps joué le jeu ; tant que l’image de l’Eglise comme institution reste ouverte, elle peut donner l’impression de suivre les mœurs et d’accompagner la société, ou de le faire croire à qui veut. C’est ainsi qu’on en oublie comme par miracle à oublier que Mgr Danneels n’a, lui non plus, guère chanté les louanges de l’homosexualité, et que tout est dans le style.

Hélas, même cet accompagnement n’a pas suffi à enrayer la désertion des églises, car ceux des croyants qui adhèrent à la religion non par mode mais par conviction ne se retrouvent plus dans une ouverture si large qu’elle dilue leur identité. Alors survient un inévitable mouvement de balancier vers le retour aux fondamentaux : telle est l’heure des Benoît XVI et des Monseigneur Léonard. Des hommes qui ne sont pas radicaux ni extrémistes, mais simplement traditionnalistes, et qui nous rappellent qu’une religion c’est toujours une vérité révélée supposée, et non le meilleur miroir de ce que vous avez envie d’y voir.

Stigmatiser la fermeture des représentants d’une Eglise est un peu facile. Cela permet de se faire plaisir, et d’oublier que la conservation et la rigueur sont la nature de toute religion ou idéologie : si l’Eglise devient auberge espagnole, elle disparaît. La nomination de Monseigneur Léonard, à tout le moins, devrait permettre de rappeler cette simple réalité aux amateurs de shopping religieux sans engagement que beaucoup d’entre nous sommes un peu devenus.



Catégories :Chroniques Radio

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