« Ce qui manque, c’est du courage »

Paru dans le Vif/L’Express, 2 au 8 septembre 2011, dossier « Immigration: 72% des Belges la trouvent négative » (M-C. Royen)

« Les Belges connaissent mal les chiffres de la migration. Quand on creuse, on s’aperçoit que les immigrés sont principalement des Européens – Français, Hollandais, Italiens…-, des Marocains aussi. Et que nous, Européens, n’accueillons qu’une faible proportion des migrations internationales.

Personnellement, je pense qu’on a besoin de migrants, notamment, pour pallier le vieillissement de la population. Les filières légales d’immigration (asile, regroupement familial, statut d’étudiants) sont débordées, sans réflexion sur les intérêts du pays d’accueil, du pays de départ et des migrants eux-mêmes. La Belgique n’a pas de politique migratoire et cette absence de clarté alimente les peurs. Le message global, de la gauche, en particulier, est de dire: « Ne venez pas ! », pour protéger les travailleurs. Mais quand les immigrés clandestins sont là et que se pose la question de leur reconduite à la frontière parce qu’ils n’ont pas obtenu un titre de séjour, une certaine gauche proteste et prône leur régularisation, tandis qu’une certaine droite se replie sur la tentation de la peur de l’étranger. L’une et l’autre ratent le coche.

Je préférerais une immigration utilitariste, réfléchie, avec des quotas par nationalités et par qualifications, à l’hypocrisie actuelle. Il faut parier sur l’intelligence des gens au lieu de leur faire la morale (à gauche) ou de jouer sur leurs peurs (à droite). L’ouverture à une migration de travail (et à une politique migratoire tout court) est défendable démographiquement, humainement, politiquement. Ce qui manque c’est du courage. »

Les racines de la méfiance : une identité vacillante

« On ne sait plus où en est notre pays, où en sont nos finances, notre identité. Cela engendre des réflexes de protectionnisme, de conservatisme. En outre, les gens se font une fausse idée de leur identité, soit-disant homogène. Or elle n’est plus la même qu’il y a dix ou vingt ans, elle est beaucoup plus mélangée. Mais lorsqu’ils se trouvent face à une identité qu’ils perçoivent comme plus cohérente et plus homogène, l’islam par exemple, leur réflexe est de se fermer pour ne pas être absorbés. Les immigrés et leurs enfants craignent pareillement d’être assimilés et de perdre, au contact de la société occidentale, ce qui les a construits. Ces peurs antagonistes suscitent des tensions. Du coup, notre société se sclérose. »

Sur le même sujet :

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Migration : Basses peurs à droite, hypocrisie coupable à gauche



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1 réponse

  1. j’emboîte immédiatement le pas à François et approuve la notion de migration de travail; c’est le seul moyen d’arriver à une intégration enthousiaste voulue et obtenue par les néo- et les primo-arrivants;
    je suis moins adepte de l’idée de quotas nationaux qui relève de la politique ou de la diplomatie hypocrite plutôt que de la réalité des besoins et des attentes de chacun; gérer la migration, comme beaucoup d’autres choses d’ailleurs, c’est avoir l’honnêteté intellectuelle de dire, d’abord à soi-même, ce qui est possible et ce qui ne l’est pas, quels sont les possibilités réelles par opposition à de vaines et fausses promesses, et souvent énoncées sciemment, mensongèrement; et avoir le courage de dire « non »; non pas par rejet de l’autre, mais par respect de l’autre; et de soi-même; une politique migratoire doit selon moi être européenne; il ne s’agit pas ici de passer la patate chaude à la communauté européenne, mais de sortir le nez de son nombril, de décider communément comment accueillir et intégrer correctement et dignement les immigrés en fonction des besoins en Europe, en évitant le conflit des cultures et des traditions, donc en affirmant, en reconnaissant et en acceptant nos différences d’avec les autres, mais aussi en respectant nos traditions républicaines de liberté, d’égalité et de fraternité, dans un cadre strictement laïque, n’en déplaise à la monarchie; tout autre besoin de manifestation de foi par exemple, ne saurait être acceptée que dans le cadre de la vie strictement privée et sans colonisation autour d’un dogme, quel qu’il soit; évidemment, nous parions là sur l’intelligence de tous et de chacun, sur l’acceptation des principes que la démocratie, c’est d’abord des devoirs, ensuite des droits; ce sont des engagements de solidarité en fait, mais en respectant les priorités; ce travail-là devrait nous unir, écarter les plus faibles du choix facile du dogme, quel qu’il soit, et garantir notre liberté de choisir et de penser, tous ensemble et certainement pas pareils, heureusement, mais différents et heureux de réussir notre migration géographique et intellectuelle; quel beau chantier!
    Marc

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