Les peurs des Flamands

Billet radio pour la  Première (RTBF) – 27 avril 2010

Il y a, certes, beaucoup de choses à dire sur cette nouvelle crise communautaire. Arrêtons-nous donc sur l’un de ses aspects: quelles sont les peurs qui font mouvoir les camps en présence ?

Certes, il n’est pas courant de parler des peurs. Ce n’est pas ce qu’on met en avant, on préfère les positionnements plus virils et agressifs, comme faire des ultimatums, sortir d’un gouvernement, s’envoyer des « jamais » ou des « imbuvables » à la figure. Mais il ne faut pas être dupe ; les peurs qui se cachent derrière ces comportements matamoresques de terre brûlée, elles sont liées au sentiment d’abandon et de crainte dans l’avenir.

Prenons la peur flamande par exemple. Lorsqu’une revendication concernant la scission d’un arrondissement électoral est à ce point unanime que toute une communauté la partage et qu’aucune voix dissidente n’ose se faire entendre, c’est qu’il y a une angoisse sourde et énorme. Eh bien le fond du problème c’est que les Flamands ont peur de disparaître. Oui, je sais, ça a l’air vite expédié, comme ça, mais c’est plus sérieux que ça en a l’air, et la prise en compte de cette peur par les francophones serait une partie de la solution. Je ne parle pas de la fonte des glaces et de l’invasion de la vlaamse kuust par les flots, bien sûr. Je parle de la langue. C’est fragile, une langue, surtout à une époque de mondialisation. Nous, francophones nous pouvons le ressentir dans d’autres lieux, à l’international par exemple, où le français perd son lustre d’antan.  Et le fond du problème c’est que, à chaque fois que le néerlandais et le français se trouvent dans le même espace dans des proportions équivalentes, le français finit par dominer. Dans la mentalité flamande chaque région bilingue de fait est une région déjà perdue à terme.

Pourquoi le français s’impose-t-il ? C’est peut-être lié à son prestige, à la démographie, au fait que ce soit une langue davantage choisie par les migrants. Je ne sais pas. Mais comme les Flamands, je constate et me mets cinq minutes à leur place. Les francophones ne sont demandeurs de rien, c’est vrai. C’est parce qu’ils n’en ont pas besoin : la démographie et le temps jouent pour eux, et les Flamands se trouvent donc dans le mauvais rôle, celui de ceux qui doivent aller à contre-courant d’une évolution naturelle et démographique, jouer aux durs et parfois aux intolérants pour sauver leur langue. Quelques extrémistes mis à part, ils ne se lancent pas tous dans ce jeu de rôle de gaieté de cœur, ils savent que cela va à contre-courant de la marche du monde, multiculturelle, diversifiée et promouvant la prépondérance du droit des personnes sur le droit du sol.

Alors évidemment cette peur ne justifiera jamais les méthodes de plus en plus dures choisies, notamment l’imposition de cette violence institutionnelle puérile qu’on nous assène depuis une semaine. Mais cela justifie en revanche, quand on sera sortis de cette crise, que non seulement nous nous intéressions à la langue et culture flamande, mais que nous les aidions à la préserver. La crainte pour son identité est le germe du nationalisme.

Ce que nous, francophones, devons intégrer, ce n’est non pas que ce pays ne tiendra pas parce que les Flamands n’en auraient plus rien à faire ; c’est qu’il tiendra si et seulement si les Flamands n’en ont plus rien à craindre.



Catégories :Chroniques Radio

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1 réponse

Rétroliens

  1. Au commencement était la circulaire Peeters… et la loi du plus fort « Le blog de François De Smet

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