La théorie du complot (30 mars 2010)

Les théories dites du complot sont un symptôme de notre époque, et plus précisément de temps troublés où l’on a du mal à admettre la fatalité et le fait que nous ne maitrisions pas tout. Il y en a à toutes les sauces, de toutes les tailles : sur le 11 septembre, sur les protections dont Marc Dutroux aurait bénéficié, ou, dernièrement, sur l’appareil particratique qui aurait infiltré la justice pour briser net l’élan du parti populaire de Me Modrikamen. Soit. Le schéma est classique, et fonctionne sur un ressort aussi simple qu’efficace : tout est de la faute de ce qu’on ne peut pas prouver. 

Alors, comment cela marche-t-il ? Si je vous invite à dîner et que vous me voyez en train de placer des cocottes en papier sur chaque assiette, vous me demanderez pour quelle raison je place des cocottes en papier, et je vous répondrai : « Pour faire fuir les girafes, évidemment ». Et vous me répondrez fort opportunément : « Quelles girafes ? Il n’y pas de girafe ! ». Et je vous dirai alors : « Bien sûr qu’il n’y a pas de girafe, puisque j’ai placé des cocottes en papier. » La théorie du complot c’est le même ressort intellectuel : bien sûr qu’on ne peut jamais prouver qu’il y a complot, puisque celui-ci est si étendu qu’il peut en faire disparaître les preuves ; la meilleure preuve qu’il y a complot c’est qu’on n’en trouve pas de trace. L’avenir de ce genre de superstition est aussi assuré que celui des religions en général, qui prospéreront quelles que soient les avancées scientifiques, quel que soit ce que vous parvenez à prouver rationnellement, tout simplement parce qu’on ne peut jamais prouver l’inexistence de quelque chose. Vous ne pouvez pas prouver l’inexistence de Dieu, pas plus d’ailleurs que celles des schtroumpfs ou de petits hommes verts en forme de fromage blanc. De même, vous ne pouvez pas prouver l’inexistence du complot – et donc il y aura toujours des croyants.

En outre, les théories du complot ont du succès parce qu’elles offrent une explication à l’inexpliquable, et que de ce fait, elles nous déresponsabilisent. Eh oui : considérer que votre sort n’est pas de votre fait, que vos malheurs sont le fruit de forces occultes, cela vous permet de ne pas en faire porter le poids à la fatalité, au hasard ou tout simplement à vos propres erreurs ou imprudences. Au fond, c’est bien cela le problème : nous perdons le contrôle de la manière dont tournent les choses, et nous ne l’assumons pas. Le fait d’imaginer une personne nous voulant du mal derrière chacun de nos soucis est valorisant, voire presque rassurant… mais c’est aussi, en général, peu fondé. C’est surtout un refuge qui se révèle une fuite de la réalité. 

Cela ne veut certes pas dire que toute suspicion de conspiration est infondée. Mais il en est des théories du complot comme des grandes religions : il y a beaucoup plus de croyants que de pratiquants. Dans le cas d’espèce, on ne s’en plaindra pas.

 



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4 réponses

  1. Cher François, Bertrand Russell a inventé un concept que tu connais sûrement, celui de la théière cosmique, consistant à postuler l’existence d’une théière gravitant autour de la terre, mais petite au point de ne pouvoir être vue par un télescope. Il met au défi ses contradicteurs de prouver son inexistence, ce qui est bien sûr impossible, et qui démontre bien qu’on ne peut pas mettre sur le même pied une affirmation d’existence et d’inexistence. Si on applique ce principe à ton exemple, ce n’est pas l’absence de complot qu’il faut démontrer mais son existence.
    Avec toutes mes amitiés

  2. ce qui m’amuse, c’est que celui qui est l’auteur de ce blog est un adepte du complot. Je lui ai transmis un article sur les WTC en cours de rédaction et non abouti, par dessus le marché présentant des informations en cours de vérification, avec la demande expresse, écrite noir sur blanc de ne pas le diffuser avant qu’il soit définitivement validé par son auteur. En échange de cette sorte d' »exclusivité », et puisque je lui faisait confiance… Las, M. Smet, vous vous êtes empressé de vous associer avec un autre être humain en vue de comploter manifestement -au lu des réactions de cet autre être humain- contre l’auteur de cet article et ses sympathisants forts nombreux. Maintenant, aurez-vous le courage de laisser ce post sur votre blog? J’en doute. Dire que je vous ai invité à partager des huitres et un blanc sec sur le bassin ou dans le sud pour discuter en toute sérenité… finalement, le seul mot humaniste que j’ai entraperçu dans vos mails, ce fut « bof ». Je comprends pourquoi. Je ne vous salue pas. BR.

  3. Cher « BR »,
    J’ai lu et relu votre message, et dois vous avouer que je reste plongé dans un abîme de perplexité. Je ne comprends en effet absolument pas qui vous êtes, ni à quoi vous faites allusion. Je n’ai jamais travaillé ni de près ni de loin sur le WTC, hormis ce petit billet sur les théories du complot, qui n’en parle presque pas. Je n’ai aucun souvenir d’un quelconque contact avec vous, ni a fortiori de votre travail, ni de l’autre « être humain » que vous citez, ni encore de vos huitres (mes proches, connaissant mon aversion pour les fruits de mer, confirmeront l’absence totale de probabilité de votre récit). Je ne vois donc que trois explications possibles:
    1) Je suis, à 33 ans, victime d’un Alzeihmer précoce et vous m’auriez effectivement contacté; en ce cas, je vous remercie de me transmettre nos échanges par e-mail, histoire que je puisse rattrapper le peloton. Cela m’aiderait peut-être à trouver le codex nécessaire pour décoder votre message.
    2) Hypothèse la plus probable: vous vous trompez de personne. Probable car, avec le patronyme que je porte, vous ne seriez pas le premier. Piquant car, si j’en juge par la colère que vous lui portez, cet homonyme gagnerait à être connu.
    3) Nous sommes tous les deux victime d’un vortex spatio-temporel initié par une horde d’odieux comploteurs d’une secte judéo-kabbalistico-maçonnico-raélienne. Vous n’existez pas et moi non plus. Nous serions en ce cas tous deux les projections mentales d’une troisième personne, s’affichant sur cet écran sous la forme d’algorythmes mathématiques.
    Tout cela pour vous dire que je laisse naturellement avec grand plaisir votre commentaire qui ne me concerne pas, afin que les visiteurs de mon blog puissent prendre autant de plaisir que j’en ai eu à découvrir votre message. C’est également pour cette raison que, au contraire de vous et de votre politesse somme toute discutable, cher inconnu, je vous salue.

  4. bon.

    Je penche donc comme vous, à défaut de pouvoir vérifier, pour l’hypothèse 2. Vous semblez sincère, et possédez un style il est vrai, radicalement plus sympathique que celui de l’homonyme auquel j’ai eu affaire. Vous m’en voyez contrit! Il faudra s’y faire, dans le cyber monde, un nom, un prénom, de vagues affinités intellectuelles et une pauvre intuition ne suffisent pas à identifier les hommes. Et puis cela m’apprendra à faire confiance à un cyber-inconnu, somme-toute encore moins connu qu’un inconnu tout court.

    Acceptez donc mes plus plates excuses (si c’est comme les huitres -et là nous divergeons radicalement à ce que je lis-, ce sont les meilleures)et considérez que mon amusement et ma surprise à lire votre prose, furent sans doute aussi intense que les vôtres à lire la mienne.

    Sur ce bien volontiers je vous salue à mon tour, et reprends mon bâton de cyber-pélerin à la recherche du scélérat. Enfin… je n’y passerai pas la nuit mon plus… l’individu n’en vaut pas le clic.

    bien « complotistement » vôtre, BR.

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