Congrès DéFI du 15 mai 2022 “Un espoir nommé DéFI »

Chers amis,

Quel plaisir de tous vous retrouver aujourd’hui.

Voilà deux ans que nous n’avions plus tenu de Congrès, covid oblige. Nous sommes évidemment parvenus à maintenir le lien: webinaires, universités d’été, événements divers et variés… mais il était temps, grand temps d’organiser des retrouvailles. Et surtout, de sonner la mobilisation.

Je voudrais d’abord, comme à chaque fois, remercier toutes celles et ceux qui ont permis à cet événement d’avoir lieu. Les équipes de DéFI mais aussi, comme toujours, ces bénévoles toujours présents dans nos manifestations, et sans lesquels ce parti ne serait rien.

Durant ces deux années, même éloignés les uns des autres, DéFI, ses mandataires et ses militants n’ont jamais cessé de travailler. Sur nous-mêmes, notre fonctionnement et nos idées.

D’abord nous venons d’adapter nos statuts. C’est une mise à jour précieuse et démocratique. Nos instances sont un peu plus simplifiées. Notre formation est encore plus transparente, encore plus ouverte. Les mandats sont légèrement allongés mais limités. Le décumul, que nous pratiquions déjà et que nous avons même généralisé à Bruxelles, grâce à l’action de Bernard, est désormais inscrit.

Ensuite, pendant que d’autres se répandent chaque jour sur les ondes pour s’invectiver et transformer leur gouvernement en cour de récréation, nous travaillons. Depuis maintenant plusieurs mois, nous avons entrepris de mettre à jour nos idées et d’y passer toute l’année 2022. Depuis plusieurs mois nous multiplions les rencontres, nous testons les idées, nous rencontrons des experts, nous allons sur le terrain. Nous avons tenu un nombre record de conseils généraux.

Ce rendez-vous de 2024, qui sera capital pour l’avenir de notre pays, nous l’anticipons. Nous avons travaillé sur une série de propositions fortes, dont certaines viennent de vous être détaillées par Olivier, Alexandra, Joëlle et Sophie, que je remercie. Oh, je ne vais pas faire la langue de bois et vous dire que cela a été facile. Non, cela ne l’a pas toujours été. Mais c’est cela, le travail politique. Le vrai. C’est à assumer le débat d’idées, la contradiction, voire les conflictualités, puis la recherche de consensus et, finalement, la décision. C’est ainsi: chez DéFI il y a des confrontations de caractère, les portes peuvent parfois claquer… mais les portes sont solides. Et à la fin, chacun fait un pas et l’intérêt général l’emporte. Et je remercie tous ceux qui, conseil général après conseil général, ont joué le jeu de cette confrontation d’idées et ont participé au résultat final. Nous avons des lignes directrices pour 2024 en matière institutionnelle, fédérale et en termes de laïcité politique. Dès à présent, nous les martèlerons, les déclinerons, sur les marchés, les réseaux sociaux, dans les rencontres avec les militants.

Ces engagements sont motivants parce qu’ils nous correspondent. Ils rappellent pourquoi nous sommes fédéralistes, démocrates et indépendants.

Commençons par le fédéralisme. Nous le savons, aujourd’hui, l’institutionnel n’est guère la tasse de thé de nos concitoyens. Ils ont, et c’est normal, des préoccupations économiques, sociales, climatiques, quotidiennes. Et nous y travaillons, vous le savez. Et nous aurons là aussi, dès septembre, des réponses claires et fortes: sur la santé, la liberté d’entreprendre, le pouvoir d’achat, le développement de notre économie…

Et pourtant, malheureusement, il serait irresponsable de ne pas préparer l’avenir et l’affrontement inévitable qui s’annonce. Car si ces deux dernières années, c’est vrai, l’actualité communautaire a été plus calme, ne soyez pas dupes, mes amis.
Sur l’institutionnel, il est temps que les francophones se réveillent. Non, la menace nationaliste n’est pas écartée. Elle frappera dur et fort en 2024. Il est plus que temps que les francophones s’y préparent. Et j’appelle l’ensemble des partis démocratiques francophones à faire le même exercice que nous, à dessiner “leur” Belgique, leur idée du lien entre Wallonie et Bruxelles, et d’ensuite les confronter, en discuter pour nous accorder face à la menace nationaliste qui vient.

Bien sûr, je ne néglige pas les efforts actuellement fournis au fédéral pour objectiver notre évolution institutionnelle, qu’il s’agisse de la consultation citoyenne lancée par le gouvernement ou de l’évaluation rationnelle des réformes de l’Etat précédentes. Nous pouvons d’autant moins les négliger que nous en sommes les inspirateurs. C’est en partie grâce à nous que se tient en ce moment un exercice inédit : tenter d’introduire de la rationalité et de la raison dans l’évolution du fédéralisme. Faire le bilan de ce qui fonctionne et ne fonctionne pas. Écouter les interlocuteurs économiques et sociaux qui par le passé l’ont si peu été. Et la preuve que c’est une bonne idée: systématiquement, au Parlement, ce sont toujours les députés de la N-VA et du VB qui interviennent et s’opposent. Il n’y a pas de hasard: le nationalisme, tout comme l’extrémisme, déteste la raison. Ils détestent la logique. Ils détestent ce qui sort de leurs intérêts. Même si vous prouviez par exemple noir sur blanc à un nationaliste qu’une matière est mieux gérée par l’échelon fédéral, il refusera d’aller en ce sens parce qu’il n’est mu que par une seule force: le repli pour le repli. Nul ne sait ce que donneront cette consultation et cette évaluation: mais le simple fait d’avoir réintroduit de la rationalité dans la réflexion sur l’Etat est déjà un acquis contre le nationalisme.

Évaluer le passé et écouter le terrain, c’est bien mais ça ne suffit pas. Les partis doivent aussi redevenir des forces de proposition. DéFI a un rôle important en la matière: depuis sa naissance, le FDF inspire et a un rôle de précurseur. Peut-être au fond est-ce là notre véritable rôle dans l’histoire de notre pays. Nous avons théorisé la Région bruxelloise. Nous avons vu juste avant d’autres sur de nombreux sujets, comme sur la désastreuse 6ème réforme de l’Etat. Nous avons vu juste en 2019 en disant que l’heure était venue de mettre en place une évaluation des réformes et une consultation de terrain. Aujourd’hui encore, nous pensons voir juste, en dessinant ce que devrait être notre pays demain: un fédéralisme loyal avec le nord du pays et une solidarité renforcée entre francophones. Ce sont, pour nous, les conditions nécessaires d’une Belgique stable.

Nous sommes fédéralistes parce que nous pensons que les Wallons et les Bruxellois ont leur avenir ensemble, dans le partage d’institutions communes et non pas dans un modèle de 4 régions qui n’est que l’antichambre du confédéralisme.

Nous sommes fédéralistes parce que non seulement nous sommes visiblement les seuls à vouloir sauver la Fédération Wallonie-Bruxelles, mais en plus nous voulons la renforcer et en faire un levier d’échanges économiques, sociaux, de recherche entre nos deux régions.

Nous sommes fédéralistes parce que nous pensons que l’Etat fédéral doit conserver ses compétences régaliennes, notamment cette Justice que certains ont pourtant voulu diviser en douce, au creux de l’été 2020. Mais nous pensons aussi que l’Etat fédéral doit être fort et solidaire dans deux situations précises: d’abord pour assurer la sécurité d’existence. Raisons pour lesquelles la santé, mais aussi les allocations familiales, la politique à l’égard des personnes en situation de handicap et la lutte contre la pauvreté doivent être refédéralisées. L’Etat fédéral, en outre, doit pouvoir prendre le commandement en cas de crise grave, comme nous l’ont montré, par contraste de carence, le covid, les inondations ou encore l’arrivée massive de réfugiés.

Nous sommes fédéralistes parce que le sort des francophones de la périphérie, comme celui de toutes les minorités, devrait être “la” priorité d’un Etat fédéral digne de ce nom. Ce que la Belgique ne sera pas complètement tant qu’elle n’aura pas protégé toutes ses minorités, et tant qu’elle n’aura pas ratifié la convention-cadre sur leur protection.

Nous sommes fédéralistes enfin, parce que nous voulons protéger l’Etat du nationalisme et de ses errements et faire en sorte que plus aucune réforme de l’Etat ne se fasse pour les beaux yeux du nationalisme, et contre l’intérêt des citoyens.

Nous sommes aussi démocrates. A cette fin, il nous faut, sans cesse, œuvrer à améliorer le processus démocratique, sa transparence, parce que personne d’autre ne le fera.

Nous devons mettre en place un référendum d’initiative citoyenne sur certains sujets.

Nous devons amener plus de gens à faire de la politique. Certains veulent tirer des citoyens au sort et leur confier le rôle de parlementaire, en faisant des lois. Je n’y crois pas. Ce qui marche très bien au niveau local est plus difficile dès qu’on passe à l’échelle parlementaire. En revanche, nous devons amener de plus en plus de profils différents à faire de la politique. C’est pourquoi nous proposons un congé politique pour permettre à davantage de citoyens d’entrer en politique, une limitation du nombre de mandats successifs et la fin d’une série de privilèges fiscaux.

Nous sommes démocrates aussi parce que nous souhaitons inscrire les partis politiques dans la loi et la Constitution, dépolitiser la Cour constitutionnelle, réduire les cabinets ministériels, réduire le nombre d’élus là où ils sont trop mais surtout réduire les mandataires non élus et rationaliser les structures. Qu’il s’agisse des intercommunales en Wallonie ou des innombrables OIP à Bruxelles, il y a des efforts manifestes à faire pour mieux gérer avec moins d’argent. Car dans chacune des régions comme à la Fédération, il n’est pas acceptable de se reposer éternellement sur l’emprunt, non pas pour investir, comme lorsqu’on creuse un métro qui durera cent ans, mais pour des dépenses courantes, sans se remettre en question. Nos structures doivent évoluer d’urgence, sinon les francophones seront les perpétuels demandeurs d’un système fédéral qui n’a de toute façon plus les moyens de transférer grand chose. Cela doit cesser.

Nous sommes démocrates, enfin, parce que nous sommes viscéralement attachés à la fois à la laïcité politique, qui permet la protection de toutes les convictions, et à la lutte contre les discriminations. Et que nous, contrairement à d’autres, nous n’abandonnons pas l’un de ces deux combats pour l’autre. Nous les menons de front et refuserons toujours de choisir. Il n’y a pas de place, aujourd’hui, pour une société qui choisirait d’abandonner soit la laïcité politique soit la lutte contre les discriminations, parce que les deux, pris ensemble, sont les conditions d’un vivre ensemble épanoui.

Et enfin, chers amis, et peut-être est-il temps de le rappeler et d’appuyer: nous sommes indépendants. Indépendants…

On s’attarde en général assez peu sur notre dernière lettre. Sur cette indépendance. Et pourtant, après deux années de présidence j’en suis aujourd’hui convaincu: c’est là que réside le plus fortement notre ADN. C’est là que se trouve ce qui nous différencie pour de bon, parmi les autres formations politiques. Car être indépendant c’est le plus difficile; c’est décider de ne pas dépendre des autres. Être indépendant, c’est savoir que notre sort dépend avant tout de nous-mêmes. Être indépendant c’est privilégier la force des convictions à la médiocrité des calculs. Être indépendant c’est savoir être seuls.

Et, je me dois de le dire, chers amis, aujourd’hui… nous sommes seuls. Aussi seuls que ce jour, où avec courage, nous sommes sortis du MR pour retrouver notre indépendance.

Nous sommes seuls car autour de nous l’espace politique se fige et se radicalise. Je n’ai aucun plaisir à le dire. Je n’y ai aucun intérêt non plus. C’est même une situation que je regrette et déplore. Mais c’est tout simplement la vérité. Une vérité qu’il nous faut affronter et ne pas refouler.

D’un côté, une droite de plus en plus populiste. Une droite de plus fière d’être caricaturale. Une droite de plus obtuse. Une droite de plus… à droite, qui trouve normal d’aller discuter avec l’extrême droite sur les plateaux de télévision. Une droite qui assume le clash permanent, la transgression pour le simple plaisir de transgresser, une droite qui ne recule devant aucune contradiction d’un jour à l’autre mais qui n’apporte rien au débat. Rien d’autre que du bruit. Une droite qui n’a plus de libérale que le nom.

De l’autre côté, une gauche de plus en plus identitaire. Une gauche qui essaie de nous faire croire que la neutralité des services publics serait discriminatoire et que la souffrance animale serait régionalisable. Une gauche qui, contre la science, contre le droit, et même contre sa propre histoire, abandonne ses idéaux universaux pour quelques intérêts de court terme. Une gauche déboussolée par ses propres extrêmes et qui cède, peu à peu, parfois, à la tentation du communautarisme.

Pour le dire simplement, nous avons autour de nous des partenaires démocratiques qui ne savent plus où ils vont. Et nous devons, nous, rester forts dans cette tempête. Nous devons être ceux qui gardent la tête froide quand tous les autres la perdront, comme dirait Kipling. Nous devons résister à la facilité et au populisme, comme nous l’avons fait par exemple durant la pandémie, trouvant le bon équilibre entre défense de la vaccination et des mesures de protection, et refus d’une loi pandémie qui muselait le parlement. Nous devons résister parce que des citoyens nombreux comptent sur nous pour incarner l’alternative.

Plus que jamais, nous ne ressemblons à aucun parti. Et plus que jamais nous ne devons dépendre d’aucun d’entre eux. En 2024, nous aurons entièrement notre destin entre nos mains. Parce que notre liberté dérange, elle énerve, elle agace. Et parce que, au fur et à mesure que nos propositions se diffuseront, au fur et à mesure qu’elles s’imposeront, vous le verrez, nous serons vus comme une cible. Cela a déjà commencé. Je sais bien que cela inquiète certains d’entre nous. Il ne faut pas. La peur n’est jamais un bon moteur politique. Nous n’avons jamais été un parti de pouvoir, mais un parti de devoir. Notre vocation est de protéger les francophones et les minorités de ce pays, de développer nos régions, d’être au service de ses habitants. Nous le ferons en restant, plus que jamais, fidèles à nous-mêmes. Pas en servant de force d’appoint aux projets des uns ou des autres et qui ne seraient pas les nôtres.

Quel est l’ADN de DéFI, me demande-t-on depuis toujours. Voici, mes amis, ce que je vous propose de répondre lorsqu’on vous posera la question.

Nous sommes fidèles à nos valeurs et n’avons pas besoin de changer de couleurs. Nous sommes le sel de la politique belge, son supplément d’âme, son miracle permanent. Nous gérons avec efficacité lorsque nous sommes aux affaires, et lorsque nous sommes dans l’opposition, nous critiquons toujours en contre-proposant. Jamais nous ne cédons à la facilité.

En ces temps troublés, où jamais les populismes n’ont été aussi forts, nous sommes aussi l’un des derniers espoirs de ceux qui aiment la politique et voient en elle un métier noble, au service des citoyens.
Et puis, nous sommes une alliance. Une alliance de femmes et d’hommes de conviction.

Nous sommes une alliance entre des défenseurs des francophones et des minorités qui ont construit ce parti, des libéraux progressistes qui croient à l’économie de marché mais refusent de laisser tomber leur fibre sociale, des militants issus de la gauche qui refusent d’abandonner la laïcité aux identitaires, et des mouvements citoyens qui veulent de la démocratie et de l’écologie pragmatique.

Voilà ce que nous sommes.

Et cette alliance, mes amis, elle peut aller loin. Elle peut secouer le jeu politique. Elle peut renverser des montagnes. Si nous sommes solides. Si nous sommes solidaires. Et surtout, si nous restons nous-mêmes, c’est-à-dire si nous sommes libres!

François De Smet
Président de DéFI



Catégories :DéFI

2 réponses

  1. Bonjour François,

    J’ai lu attentivement ta longue lettre programmatique, je la trouve parfaitement adaptée à notre présent et elle trace également lucidement l’avenir qu’on devra mettre en place. Tes idées sur le futur de la Belgique devraient, on l’espère ardemment, pouvoir triompher car elles sont de « bon sens » et qu’elles canaliseraient nos énergies au lieu de les disperser sous de fallacieux prétextes identitaires.

    Je partage aussi totalement tes conceptions pour une union efficace et renouvelée des francophones, ainsi que pour le respecte et la protection de toutes les minorités, prenons exemple sur la République de Macédoine du Nord dont la constitution est superbe sur ce plan, même si les applications peuvent parfois l’être moins.

    Félicitations à toi et à toute ton équipe, en espérant qu’aux prochaines élections Défi soit également présent et vigoureux dans nos provinces du Sud.

    Amitiés renouvelées,

    Guy Jucquois

  2. Bonjour,
    Desolee d’en decevoir certains mais ce fédéralisme dont vous parlez est, pour moi, une grossière erreur. Cela faisait 2 ans qu’enfin, le nouveau FDF (DEFI) ne parlait plus de cet objectif incompréhensible. En tant que Belge, vivant dans un mouchoir de poche, parler le français, voire le néerlandais n’est pas un inconvenient, une tare, un handicap, ca ne peut être qu’un avantage. Nous entendre avec chacun est un essentiel (même si beaucoup, francophones et néerlandophones, ont encore à apprendre sur ce terrain-là). Des compromis, des valeurs communes peuvent être trouvés non pas pour nous séparer mais nous permettre de construire ensemble. Ca demandera des efforts, d’accord ! Quant à la Fédération Wallonie-Bruxelles, elle n’est pour moi, clairement pas un essentiel.
    Quitte à fédéraliser plus fortement la Belgique, plusieurs iront alors de coté des Flamands car votre objectif appauvrira Bruxelles, je le regrette sincèrement. J’ai cru que votre parti avait changé avec vous en tant que Président. Apparemment pas tant que cela. Je le regrette aussi.
    Je vous souhaite une journée positive…

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