Confiance, confiance… (8 septembre 2009)

L’affaire de la présidente du tribunal de commerce, Mme De Tandt, relance la question de la méfiance habituelle que le public entretient vis-à-vis des différents pouvoirs. On voit régulièrement sortir ces sondages indiquant quelles sont les corps de métier auxquels les citoyens font confiance. D’habitude on retrouve tout en bas de la liste le monde politique, les médias, les institutions en général, et tout en haut, au sommet de la confiance, des professions respectées telles que les enseignants, les pompiers ou encore les médecins.

Alors risquons une hypothèse ; et si le niveau de confiance des citoyens n’était pas lié aux soubresauts de l’actualité frappant tel ou tel membre d’un de ces corps, mais bien plutôt à l’image de pouvoir qu’ils lui associent ? Les citoyens, en réalité, savent très bien que c’est la nature humaine qui est faible, qu’il y a des gentils et des méchants partout, et qu’aucun amalgame n’est vraiment juste. Ainsi, malgré tous les efforts obstinés de certains magistrats visant à faire oublier qu’ils sont des êtres humains, personne ne doute vraiment que ce soit le cas, et que c’est pour cela que les institutions sont toutes dotées de garde-fous. Par contre, il existe un instinct humain à se défier naturellement de toute personne exerçant un pouvoir de contrainte, et ayant donc légalement, légitimement le droit de vous mettre en danger. Pourquoi ? Parce que, comme humains, nous savons d’instinct qu’il est possible d’abuser de tout pouvoir. Au fond, de ce point de vue, demander au citoyen s’il a davantage confiance en un enseignant ou un magistrat, revient à lui demander s’il préfère placer sa confiance en un écureuil ou un pitbull, et se réduit finalement à une évaluation des capacités objectives de nuisance de l’un et de l’autre, et non de ses intentions ou de sa moralité propre ; parce que voyez-vous même le méchant écureuil – ou le méchant enseignant – ne peut vraiment vous mettre en danger, alors que même un gentil pitbull, tout comme un juge sympathique, entraîne notre méfiance car il a un pouvoir dont il pourrait un jour abuser. Donc, la confiance que l’on porte à un tiers est inversement proportionnelle au pouvoir que l’on lui confère, et plus les gens sont inoffensifs, plus il sera facile de leur faire confiance. Mais au fond quoi de plus normal ? Franchement, si on ne se méfiait pas davantage de ceux qui peuvent nous contraindre que des autres, nous serions devenus des pantins, des machines.

Les enquêtes sur la confiance permettent donc de vérifier que nous avons encore un instinct de survie. Mais elles ne doivent pas nous induire en erreur ; ce n’est pas seulement sur les tribulations de tel ou tel que le citoyen se fait son opinion, c’est aussi sur les comptes qu’il est en droit de demander à ceux à qui il a cédé, comme dirait Max Weber, le monopole de la violence légitime. Tant que cette exigence sera présente, nous saurons que réside dans notre démocratie une citoyenneté critique. En réalité, tout ne va pas si mal ; le jour où les hommes politiques ou les magistrats récolteront davantage de suffrages que les médecins ou les enseignants, alors sera-t-il, au contraire, peut-être temps de s’inquiéter de la santé de notre démocratie.



Catégories :Chroniques Radio

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