Chérie, j’ai coupé la télé

Billet radio pour la Première, 18 juin 2013 – Ecoutez le podcast

2013-06-15 06.58.43Hier à la même heure, Arnaud, j’étais à Athènes, capitale d’un pays en faillite qui vient de fermer brutalement sa radiotélévision publique. Bien que rêvant sur chaque sujet de société de pouvoir m’immerger dans l’unanimisme ambiant, je dois à la vérité de le dire : à côté de ceux qui dénoncent une attaque frontale contre la démocratie, une atteinte à la liberté voire un coup d’Etat, il y a aussi ceux, nombreux, en ce compris à gauche, qui pensent que l’ERT était corrompu jusqu’à la moelle, politisé et intouchable, et qui sourient gentiment de la mobilisation internationale envers cette chaîne dont, reconnaissons-le, l’acronyme était quasiment inconnu en-dehors des frontières hellènes il y a encore une semaine.

Et pourtant, même en se plaçant de ce point de vue, même en imaginant que l’ERT soit dans un état de déliquescence justifiant une refonte totale, on cherche encore ce qui pouvait justifier la brutalité de la méthode, ces licenciements secs et la coupure du signal. Puisqu’il ne s’agit pas de faire disparaître tout service public audiovisuel, pourquoi passer par une telle table rase ? « Seule manière de se débarrasser des plus clientélistes des fonctionnaires, impossibles à licencier sans faire disparaître leur employeur », ai-je entendu là-bas. Soit. Mais ceci me semble manquer le principal enjeu : cette fermeture est avant tout un acte politique et de communication dont l’effet était d’abord de choquer et de frapper les esprits. Tout simplement.

Car en soi, en Grèce aujourd’hui, cet objectif-là est un véritable enjeu. Dans un pays qui traîne une image de bourbier inextricable où aucune réforme ne serait possible tant la fraude et les privilèges gangrèneraient l’Etat, le premier ministre Samaras a voulu créer un électrochoc en montrant que désormais tout, oui, tout pouvait disparaître, même la télévision, et qu’il est bien l’homme fort dont ce pays avait besoin. Envisageons l’affaire sous cet angle : quel symbole plus percutant que l’extinction de la boîte à images, supposée constituer le flux perpétuel d’un monde de médias, pour frapper les esprits ? Comment montrer sa force plus spectaculairement qu’en coupant les ondes comme le premier dictateur de république bananière venu ? Nous sommes en présence d’un gigantesque coup de com qui revient à proclamer urbi et orbi : « Moi, le politique, je peux changer les choses, je peux même mettre fin à des droits acquis ». En vérité, le calcul est cyniquement politique : quitte à devoir virer des fonctionnaires, autant se débarrasser de ce mammouth supposément métastasé par la gauche, en faisant porter le chapeau à la Troïka. Et tant mieux si ça provoque une coupure temporaire d’image ; ça montrera aux autres services publics – et aux Grecs – qu’on ne rigole plus.

Or, la Blitzkrieg semble bien se transformer lentement en Stalingrad. Devant l’ampleur de la contestation de ses partenaires et l’arrêt du Conseil d’Etat exigeant la réouverture temporaire des ondes, M. Samaras doit se demander s’il n’a pas eu la main trop lourde. On peut estimer que l’ERT était vérolé et devait être réformé ; mais on ne peut se départir de l’idée qu’on a frappé la plus exposée des cibles disponibles, celle dont le coût image/impact était le moindre à payer. Plus facile de s’offrir la télé publique que de mettre fin, par exemple, aux privilèges historiques des armateurs et de l’Eglise orthodoxe.

Cette décision, folle en apparence, n’est rationnellement explicable que si son objectif était de tétaniser à l’intérieur et d’impressionner à l’extérieur. Le pouvoir grec entend prouver… qu’il a du pouvoir, après des décennies de gouvernements qui se sont vus, tous partis confondus, reprocher leur mollesse interne et leur duplicité envers leurs partenaires européens. M. Samaras a voulu prouver que « la raison du plus fort est toujours la meilleure » ; il devra visiblement se contenter de nous rappeler que « qui trop embrasse mal étreint ».



Catégories :Chroniques Radio

Tags:,

10 réponses

  1. Bonne analyse, sauf pour le coup de Quatremer, journaliste de gauche..

    • A dire vrai, je songeais plutôt aux références de gauche que Jean Quatremer cite dans son article (Yannis Pretenderis, de To Vima et Ta Nea).

      • Alors bonne analyse tout court 🙂 Et pour une vision moins partiale que celle de J4M, voir Arrêt sur images..

        • En effet, ici François Desmet nous offre une analyse nettement plus clairvoyante et non partisane de la situation.
          Libération, c’est une vision assez binaire à coups de clichés.
          D’inspiration anglo-saxonne.

          Ce qui s’est effectivement passé, c’est que la troika et UE avait exigé du gouvernement grec d’éliminer des milliers de fonctionnaires d’un coup. Peu importe où. La nouvelle loi est privatiser et fermer.

          Ne pouvant exécuter cela dans les très courts délais imposés par la troika (qui ne cesse de retrouver encore et encore des besoins d »éliminer et de privatiser g r a t i s, il ne s’agit plus de vendre un patrimoine mais de le laisser g r a t u i t e m e n t au privé qui a besoin de liquidités urgentes, d’où les blitzkriegs permanents…), à quelques jours de la visite (nième visite), il s’est résous à donner un signe fort effectivement.
          Je ferme, je commande, je suis maître et en plus les nombres de fonctionnaires à éliminer ne peuvent l’être q u e de cette manière; brutale.
          Dans d’autres services ce n’était pas possible.

          L’image, la maîtrise et le blitzkrieg, le choc… (Tiens la-dessus revoir M. Klein.. tout se vérifie), signature du message à l’intransigeante troika. Qui ne cesse d’exiger. Plus, plus, plus brutalement.

          Quand ils seront à l’os, ils s’attaqueront à d’autres pays où il y a encore de la graisse à ronger (de préférence des petits pays..e t pourquoi pas la belgique, elle aussi corrompue, avec système fiscal protégeant la fraude, l’évasion fiscale, le jour où ils en auront besoin, ils n’hésiteront pas…Les belges deviendront des « ‘pigs » comme les autres)

          Toujours des p e t i t s pays (irlande, portugal, grèce, chypre).
          La Belgique est un petit pays (corrompu)

          Libération appartient à des banquiers (comme nombre de médias), donc son rôle consiste à appuyer les clichés qui permettent ensuite la spéculation e t sa justification (dont le but est de remplir les gigantesques t r o u s creusés par les mêmes banques..)
          Taper sur un ‘mauvais élève » permet de le discréditer et d’ouvrir la spéculation.

          Un truc classique. Rumeurs, panique, clichés = but= spéculation créer argent.
          Tout le monde devrait se souvenir que lors des mois précédant le coup d’ Etat au Chili, la même méthode a été d’application : cours du cuivre national chilien : spéculation à la baisse depuis Wall Street, (rumeurs, polarisation), ensuite semer le chaos, fomenter (en finançant) des grèves de camionneurs, paralysant ainsi le pays (voilà démonstration, rien ne fonctionne.. voyez), etc…

          Idem pour la Grèce. Les grecs (peuple) ne l’ignorent pas. Ils se souviennent a u s s i es mêmes méthodes utilisées pour mettre en place le régime des colonels, … Eux ne sont pas amnésiques.
          Punis.

          Dans l’UE, les pays du sud ont été admis à condition d’être en protectorat à qui, de temps en temps, l’on permet de respirer mais qui sont en permanence objet de manipulation à coups de fausses réputations.

          Comparons les chiffres et l’Allemagne surendettée devrait elle aussi être la proie du FMI (surtout t o u t e s ses banques régionales et même les grosses banques, db condamnée aux USA et aussi par le Trib. constitutionnel allemand en 2011 amendes salées de centaines de millions… d’où le besoin de récupérer le fric sur le dos des autres en les taxant de ‘mauvais, fainéants, etc… » Trop simple donc grosse propagande servant à cacher le v r a i problème de fond.
          Les USA d’autre part refusent de rendre l’OR stocké chez eux par les allemands. Crainte d’une spéculation sur l’or de la part de l’Allemagne, dont les médias n’informent p a s non plus les allemands du v r a i problème. D’ailleurs l’Allemagne ne remplissait plus les critères fixés par elle-même pour le Pacte de Stabilité UE et en processus d’infraction jusqu’en mai 2012. …Trop de dette et déficits.AUSSI.)

          Or, l’omerta est généralisée.
          Ainsi que la g r o s s e propagande. Facile.

          Donc, nous avons les « bons » et les « mauvais » (toujours signe de propagande, car binaire pour puéril)

          Le terme pigs inventé par des anglo-saxons a v a n t la crise 2008 indiquait que ceux-ci allait s p é c u l e r sur ces pays-là afin de s’en servir pour s e renflouer (UK endetté jusqu’au cou tant du côté privé que public, idem les Pays-Bas.. et nombre de pays UE)
          On a donc créé le groupe ‘pigs » ( une insulte signalant la future attaque spéculative sur eux) les médias servent la City de Londres, les banques en lançant des clichés pour la masse (signaux de fumée signifiant attaque) et cela marche.

          Et d’un esprit de tolérance ou de liberté bien plus étendu que J4M ( son patron est banquier donc celui-ci défend la troïka et l’UE..et tape sur les ‘mauvais grecs du peuple’. Qui fraudent, mentent, etc.. bref, un cliché: si l’on compare les chiffres de la dette grecque et belge ainsi que les montants de fraude fiscale belge et d’économie au noir belge, aux grecs, c’est la Belgique qui devrait lui valoir toute l’attention. Record ici d’économie au noir, fraude fiscale b i e n plus élevée qu’en Grèce et comme en Grèce impunité fiscale absolue des fraudeurs protégés par tous les politiques et la justice aussi – qui fait le coup de la « prescription » ou bien des petits arrangements de bas niveau, – bref la Belgique devrait être l’objet d’attention soutenue de J4M, pour sa corruption très étendue et pourtant il n’en parle pas. )

          Fçois Desmet s’approche beaucoup plus de la réalité.
          La troika (inspirée par A.Merkel qui couvre s e s banques notamment certaines d’entre elles qui ont créé des milliers de milliards de t r o u s, nulle part on n’en parle, or, il s’agit bien là de la raison.. de tant de greek bashing à coups de gros clichés bien basiques) avait e x i g é la baisse drastique et rapide du nombre de fonctionnaires. Ne pouvant l’effectuer d’autant de milliers dans les exigus délais exigés par la Troïka, ils ont marqué le coup brutal pour montrer leur volonté et atteindre le nombre fixé.

          D’autre part, on a découvert en Grèce des réserves… gaz..
          Butin..
          Stratégie du Choc … à voir…

  2. Merci de donner les références Web, l’article de J4M (Serait-ce le carré de J2M et ase…? En ego : ils ne doivent pas être lointains)

    • http://fr.wikipedia.org/wiki/Lib%C3%A9ration_%28journal%29
      Libération évolue vers la gauche sociale-démocrate à la fin des années 1970, à la suite du départ de Jean-Paul Sartre. En 1978, le journal n’a déjà plus rien de maoïste : Serge July le décrit alors comme « libéral-libertaire »

      2012
      En proie à de graves difficultés financières et confronté à la nécessité de se restructurer, Libération est propriété de la holding Refondation qui a pour actionnaires de référence depuis 2012 les hommes d’affaires Bruno Ledoux — propriétaire du siège du journal — et Édouard de Rothschild (banque)

      PROPRIETAIRE : b a n q u i e r (d’où la ligne de type banquier, les « bons » et les « mauvais », cette vision du « public » corrompu et en particulier, la Grèce proie de la stratégie du choc, étant la signature même de l’énoncé banquier, afin de s e renflouer sur le dos de la bête.Spéculation se fait p a r ce biais médiatique : les bons et les mauvais. Tapez sur le dos des Grecs est un sport banquier (allemand et français et anglo-saxon).

      Libération n’est p a s un journal « de gauche ». Du tout. J4M obéit à son nouveau patron dont il a p e u r.(risque son boulot).
      Attaquer la Grèce sur la fraude fiscale et ne pas attaquer la Belgique (qui bat des records européens à ce niveau, doit être parmi les premiers en fraude, les montants sont astronomiques) population 11M également, économie belge au noir parmi les plus élevées d’Europe, paradis fiscal belge comme Chypre et enfer fiscal pour travailleurs, relève de la plus parfaite incohérence.
      Les arguments déployés contre la Grèce n’en sont donc pas(la Belgique fait b i e n pire!).
      Ce ne sont donc que des prétextes, des l e v i e r s.

      Donc, l’agenda est bien celui de favoriser les banques françaises (patron de J4M) et allemandes qui opèrent en prédation sur le désigné « mauvais élève » (dette inférieure pourtant à la Belgique, fraude fiscale inférieure à la Belgique, etc…). La Belgique fait b i e n pire que la Grèce. Mais ses banques sont….françaises, d’où le silence. Bon élève, donc (en dépit de tout)

      D’ailleurs, un journal de « gauche » cela n’existe plus (ou quasiment) en Europe.

  3. ok, j’ai fait une lecture draft…Car il me semble que, dans la tradition académique, les références doivent être « nettes et précises » …
    Et ASE ?

  4. ok : j’ai compris J4M = la gauche…J’ai lu son article..
    Il est vrai que tu revenais de vacances, en Grèce : alors quelle est ta perception ?
    Pour le reste : or le seul « PIGS », qui reste : c’est la Grèce…qui n’a entamé aucune réforme profonde…(contrairement aux  » PIS ») ….Sans doute, le fruit d’un climat (méditerranéen) et d’une dictature qui n’a pas nettoyé, fusse symboliquement, celle-ci)

  5. Votre explication naturiste ?
    Climat méditerranéen? Cliché habituel.
    Que je sache le Portugal, Italie et Espagne ont un… climat tout aussi méditerranéen.

    De même ces pays ont vécu des dictatures prolongées plus longues que celles de la Grèce. (et p a s plus nettoyées non plus, truffés d’anciens fachos partout dans les endroits qui comptent..)

    (idem la Belgique n’a pas été dénazifiée non plus, ici, on ne reconnaît tout simplement pas la collaboration massive sur tous les plans, cela n’existe pas, et les anciens collabos sont restés au pouvoir économique… honorés de tous les postes encore aujourd’hui. Mais nous sommes les « goodies », hein? Il suffit de l’affirmer pour que cela devienne vrai. Le mensonge a plus de succès que la vérité, ici. Parce que plus facile. Et surtout é v i t e le débat. Ici, il n’y a p a s de débat d’idées ni citoyen, on contourne, on met sous le tapis. Goodies)

    Cette croyance répandue ici du « Club Med » vient des banquiers allemands (Merkel est amie personnelle du patron de la Deutsche Bank, condamné aux USA, bien sûr elle ne le dit pas à ses électeurs, elle leur fait croire qu’ils aident la Grèce.. OR, depuis qu’ils l’aident, la misère, le chômage et la d e t t e ont explosé. Une aide très bizarre. Pas grave, comme J4M, il suffit pour entretenir le filon à dépouiller de continuer à taper sur ces grecs « corrompus » alors que les belges eux sont parfaits et limpides et transparents etc.. La Belgique b a t des records de fraude fiscale. Record. Impunie bien sûr, cela s’appelle une structure corrompue. Mais nous sommes vierges de tout péché.. voyons. Ce sont les autres les mauvais. Hop, vendu.)

    Ce genre de vocabulaire « aide » est et devrait donc vous sembler suspect.

    En fait, il s’agit de combler les t r o u s gigantesques des banques allemandes – on n’en parle pas dans la presse et surtout pas en Be. hinterland économique de l’Allemagne.. c’est tout)
    Il ne s’agit pas d’ « aider » la Grèce mais de profiter de la situation pour l’aggraver pour les grecs et l’améliorer pour les b a n q u e s allemandes et françaises. Point barre. Patrimoine, ressources privatisation et vente d’armes allemandes à tous (Allemagne redevenue puissance en armes.. et oui. Pendant la « crise » grecque, la Grèce a été forcée d’acheter un sous-marin allemand, (des milliards), idem le Portugal… etc. Choses que vous ne verrez j a m a i s publiées dans la presse belge (zone influence allemande donc pas d’infos réelles). Et des tas d’autres choses que vous ne savez pas.

    En Allemagne, on ne parle pas des dizaines de banques régionales quasi toutes dans une situation pire que celle de la Grèce (omerta et mensonges). DONC, comme on le cache, on nie et on récupère le fric chez les a u t r e s. Point, il ne s’agit q u e de cela.

    Alors, pour tromper le public crédule, on le nourrit des clichés (cacher la réalité) genre club med, pigs, mauvais élèves, et divers s l o g a n s binaires dont le b u t est de cacher la vraie situation

    Chose que tous les méditerranéens b e a u c o u p plus informés que les belges crédules à slogans faciles, s a v e n t, eux.
    D’où l’accueil peu chaleureux de Merkel lorsqu’elle y va en visite (ultra protégée) Eux, ils s a v e n t de quoi il retourne. D’où leur réaction l é g i t i m e (il s’agit de v o l organisé en fait et en plus, on les accuse eux) Une sorte de colonisation qui ne dit p a s son nom et au service exclusif des b a n q u e s allemandes dans une situation ultra précaire et dont les trous sont g i g a n t e s q u e s . Point.

    Les belges vivent dans le brouillard car il n’y a aucune information ici. Chuut. Ne p a s informer et que les belges friands de slogans s i m p l e t s gobent, sans comprendre (pas b’soin d’autre chose, ils sont belges et c o n n u s dans le monde entier pour leur réflexes simplistes ultra binaires à slogans goodies and baddies; Connus précisément pour cela. Non informés et on s’en moque).

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s