Je pense donc #jesuisCharlie

Humeur – 10 janvier 2015 – Ecouter en podcast (version courte)

100137136_oLiberté et contingence

« Dans quel monde on vit ».  Le titre de l’émission de la Première à laquelle j’ai le plaisir de participer chaque samedi sert, malgré lui, de litanie angoissée, attristée et désespérée depuis trois jours dans toutes les conversations. Tous, nous nous sentons mal, nombreux nous avons besoin d’en parler, de nous retrouver – oserais-je dire : de communier. Nous avons besoin de trouver du sens à ce qui se passe, pour pouvoir le dépasser, pour pouvoir entrevoir l’avenir. On se dit que c’est parfois que c’est vain, surtout sur le moment. Durant la journée de mercredi, plusieurs amis m’ont interpellé : « toi, le philosophe de service, qui a tant à dire d’habitude sur la liberté d’expression, dis-nous quelque chose, donne du sens à tout cela, aide-nous à ne pas être en colère ». Non, sur le coup, je ne savais que dire. Parce qu’il est des moments où tout mot semble de trop. Parce qu’il arrive que l’émotion soit si forte qu’elle nous bride. Parce que le déversoir d’émotions des réseaux sociaux envahit l’espace en un rien de temps.

Puis, après le silence et le respect, vient le temps de parler et de tenter de comprendre.

Pourquoi cela nous fait-il si mal ? Pourquoi la comparaison avec le 11 septembre sonne-t-elle immédiatement juste, malgré un nombre de victimes sans commune mesure ? Bien sûr à cause de l’horreur, de la brutalité des faits ; bien sûr parce que plusieurs victimes sont largement connues comme des monuments culturels ou des souvenirs d’enfance – qui, parmi les trentenaires et les quadras, a pu échapper aux dessins que Cabu faisait pour Dorothée ou aux joyeuses cochonneries de Wolinski ? Mais aussi parce que nous avons le sentiment d’être touchés en plein cœur.

Cela fait des mois, des années que nous parlons de cette liberté d’expression, ici et ailleurs, entre une dieudonnerie par-ci, une zemmourie par-là. Et pour cause : il ne se passe plus une semaine sans qu’une polémique autour d’un essai, un roman, un spectacle d’humoriste, une déclaration politique ne vienne reposer la question : peut-on tout dire, doit-on tout dire ? C’est « le » sujet qui s’impose d’instinct à l’émotion, au point de reléguer au second plan le débat social, économique et politique, même avant qu’il ne prenne des formes aussi tragiques. Pourquoi ? Parce qu’on touche à ce qui nous identifie comme Européens, comme modernes. Je crois qu’il faut pouvoir le dire, en ces temps de relativisme général, sans nécessairement avoir à se faire traiter de conservateur nostalgique : oui, il y a quelque chose qui s’appelle la démocratie, la modernité, héritées des Lumières, et dont l’une des définitions est qu’il n’y a rien, au sein des expressions publiques ou privées, qui soit susceptible d’échapper à la critique. C’est cela, notre identité : la contingence, le doute, la fragilité érigées en valeurs. Le refus que des idées, quelles qu’elles soient, puissent être inattaquables. Ce bagage, nous avons tendance à l’oublier, a été construit laborieusement, longuement, au fil des siècles ; la liberté a lutté pour gagner, centimètre par centimètre, le terrain contre les obscurantismes, le poids des traditions, de l’autorité divine ou royale, passant par des phases terribles d’insurrection, de guerres et de révolutions. Les crises ont un mérite : révéler, par contraste, ce qui nous définit. Telle est la difficulté majeure des démocraties libérales et modernes qui sont les nôtres, et qui résume l’ensemble des polémiques impliquant la liberté d’expression : nous avons sacralisé le cadre, désacralisé les contenus. Logiquement, on teste régulièrement la solidité du cadre avec du contenu contondant voire acide. Cela fait partie du jeu. C’est à cela que servent les provocateurs. Et c’est pour ça qu’ils sont indispensables à la démocratie, qu’on les trouve drôles ou pas.

Le dessin et l’invisible

Dans ce cadre assumant sa fragilité, le dessin, la caricature de presse a une place particulière, qu’il faut pouvoir situer. Rappelons au passage quelque chose que nous ne percevons plus à force d’y baigner : l’Occident a toujours porté comme caractéristique un rapport fort à l’image, contrairement à d’autres cultures et civilisations pour lesquelles, comme dans l’islam, la simple représentation, la simple exposition pose problème ou est taboue ; le monde visible y est, de manière générale, dévalorisé vis-à-vis de l’invisible divin. Si le foulard est depuis tant d’années un objet de polémique, par exemple, c’est entre autres à cause de cette différence de perception inhérente au regard et au dévoilement. L’Occident, lui, s’est tellement axé sur le visible qu’il est devenu la civilisation des images, des processions, des vitraux, des représentations, du cinéma et des écrans, et qu’il l’a imposée peu ou prou au monde entier – là réside sans doute une partie des causes du conflit actuel : pour les modernes pétris de liberté d’expression, un dessin n’est problématique que s’il incite à la haine. Pour d’autres cultures, toute représentation est d’emblée suspecte, et tout dessin devient injure s’il prétend donner à voir l’invisible. Voilà un autre trait d’identité: voir, filmer, dessiner fait partie de notre rapport au monde – et ce n’est pas universel. On comprend mieux pour quelle raison la caricature fait tant partie de notre sensibilité. Le dessin de presse opère une fonction particulière de synthèse : en quelques traits, le dessinateur donne forme à un sentiment qui nous travaille, à une émotion qui nous parcourt, ou propose une explication, un regard. Nous en avons besoin parce que notre manière de penser consiste essentiellement, aujourd’hui, à représenter. C’est ainsi que nous travaillons la contingence et que nous lui faisons face. C’est devenu l’une des modalités de notre rapport au réel, en rupture avec les schémas proposant une vision figée de l’espace et du temps, une hiérarchie immuable entre visible et invisible. Pour les modernes, il n’existe pas une telle frontière, parce que rien n’est immuable, éternel, dispensé d’être discuté ou négocié. C’est pour cette raison que nous nous sentons frappés dans notre identité lorsqu’on attaque ceux qui dessinent, écrivent, pensent : parce que leur fonction est de repousser les limites.

La pureté contre le doute

La liberté d’expression est notre dernière certitude démocratique. Dans nos sociétés idéologiquement et religieusement démonétisées, c’est même tout ce que nous sacralisons encore, finalement ; la liberté en est l’Alpha et l’Omega, même si cette liberté est aussi anxiogène. Michel Houellebecq, dont le livre Soumission  – cruelle ironie – est sorti le jour même de l’attaque contre Charlie Hebdo, n’a-t-il pas ainsi expliqué en interview le choix de son roman par l’idée qu’il se rend compte, avec l’âge, qu’il n’est plus très psychologiquement facile d’être athée ? La liberté est devenue une sacralisation de substitution, ainsi que notre lieu de rassemblement : nous pouvons différer sur la manière de gérer les affaires publiques, l’économie, le social mais nous savons qu’une démocratie est un lieu où on peut s’exprimer sur tout et où le fait d’être en désaccord est non seulement un droit, mais un signe de bonne santé.

Bien sûr, nombre d’appels se font pour réfuter les amalgames, pour tenter de contrer le clash des civilisations à la Huntington ou la guerre civile promise par Zemmour, pour éviter à tout prix de tomber dans la surenchère guerrière de George Bush dans l’après 11 septembre.

Pourtant, il ne faut pas être angélique. Oui, il y a en effet un combat en cours. Un combat implacable et mortel.

Ce combat oppose d’un côté ceux qui croient que le monde est simple, qu’il existe une vision pure des choses non négociable, et qui vont puiser dans cette pureté de quoi donner corps à leurs frustrations et leurs colères, pour se trouver un responsable à accabler et justifier leur existence. Et cette vision pure, toujours mortifère, elle est dans le creux de toutes les religions, de toutes les idéologies prises à la lettre – et pas seulement de l’Islam. Pour le cerveau abîmé et paranoïaque qui décide que le monde est un bourreau dont il est la victime, pour celui qui accorde si peu de crédit à la vie humaine qu’il estime que sa volonté de puissance doit être imposée à autrui, il suffit que la haine puisse s’accrocher à un substrat identitaire suffisamment fort, causal et victimaire pour offrir des compagnons d’armes et un sentiment de justification. N’importe quelle idéologie pouvant être traduite dogmatiquement peut être candidate. Même une recette de cuisine peut devenir totalitaire si un gourou gastronome décidait de couper un bras à celui qui a ajouté trop de farine. Même si les terroristes se revendiquent comme musulmans, il faut pouvoir le dire : une religion est d’abord ce que les croyants choisissent d’en faire. Se demander si ces actes font partie de l’Islam a autant de sens que de demander si l’Inquisition ou les Croisades sont chrétiennes : oui, hélas, toutes les religions ont inspiré et inspirent encore les pires crimes. Les en dissocier complètement n’a pas de sens. Mais réduire tout mouvement à ce qu’un fidèle commet en son nom élude qu’une religion, comme toute structure de pensée, évolue avec la modernité ou meurt tôt ou tard de sa propre radicalité, de son propre décalage avec le flux du monde. Aucun mouvement ne mérite d’être réduit à sa frange la plus extrémiste, car cela revient à le figer dans le temps. Les puristes sont des individus arrêtés dans le temps, qui pensent qu’on peut réellement se baigner deux fois dans le même fleuve (contrairement à Héraclite), que la réalité peut être formatée selon les préceptes d’un livre écrit il y a mille, deux mille, trois mille ans.

Et puis il y a de l’autre côté ceux qui croient au doute, aussi paradoxale la formule peut-elle paraître. Ceux qui savent qu’il n’y a rien de certain, ceux qui pensent qu’il n’y a rien qui justifie d’imposer sa vision aux autres. Ceux qui savent, comme Héraclite, qu’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. Ceux qui savent que tout corpus idéologique ou religieux évolue dans un contexte. Ceux qui savent que la violence est d’abord l’arme des faibles et des lâches. Ceux qui pensent que la liberté consiste à pouvoir choquer, blesser, inquiéter tant qu’on n’appelle pas à la haine, et à ne jamais censurer au préalable. Ceux qui doivent se battre pour permettre que des gens qu’ils n’aiment pas toujours aient le droit de dire des bêtises. Parce que si nous acceptons que le cadre cède, nous nous retrouverons sans aucune certitude, aucune cause qui vaille la peine d’être défendue. C’est une telle peur, une telle émotion qui explique la mobilisation, les rassemblements, les actes de solidarité dans le monde entier.

Oui, il y a une guerre et il y a un danger croissant. Mais elle se joue entre les partisans de la pureté et ceux du doute. Non entre convictions et religions.

Cette guerre, nous ne la gagnerons pas avec les armes des terroristes. Nous la gagnerons avec celles de leurs victimes : des stylos pour dessiner ou pour écrire, des écoles pour forcer le mélange des origines et des idées, des journaux et des livres pour défendre ce libre marché des idées qui est notre dernière certitude.

Car il y a donc au moins une bonne nouvelle dans ce chaos. Si nous pouvons nous sentir touchés en plein cœur, c’est que nous sommes encore vivants.

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29 réponses

  1. Merci pour cet excellent article qui calme un peu notre effroi face à l’horreur. Bélà Grunberger a aussi développé le thème de la pureté dans plusieurs de ces livres dont: Narcissisme, christianisme, antisémitisme : étude psychanalytique,

  2. Il faut beaucoup de maturité et de stabilité intérieure pour supporter le doute. Cette maturité ne peut s’acquérir que dans un environnement familial aimant, structurant et sexuellement différencié. Ce que les auteurs de ces crimes odieux ont semblent-ils manqué (ballottage d’une famille d’accueil à l’autre). Notre société occidentale est tombée dans le piège inverse, l’absence de valeurs, de repère. Nous avons aussi notre part de responsabilité dans le fait que la société sombre progressivement dans la paranoïa. L’Allemagne nazie qui avait atteint le plus haut degré de civilisation est tombée dans le même travers que les islamistes d’aujourd’hui. Nous pourrions dire que pour les musulmans, surtout les moins modérés la limite n’est pas Hitler, mais la représentation de Mahomet.

    • Pour melanippe….Excusez moi mais vous faites vite pour « récuperer » et « emprisonner » ce qui a été si bien dit plus haut par François de Smet. Je pense etre en pleine possession de ma maturité et pourtant ma vie a commencé de manière cahotique…. et je ne crois pas que les jugement à la serpe sur ce monde puissent lui permettre de progresser dignement.

      • Jugements à la serpe ou réflexions modérées malheureusement aujourd’hui peinent énormément à faire progresser le monde. Combien de personnes lisent les chroniques de FRANCOIS DE SMET? Votre maturité, vous ne l’avez pas sucée de votre pouce mais acquise par vos lectures, rencontres bienveillantes. Est-on d’ailleurs jamais assuré d’être en pleine possession de notre maturité? Mais introduire le doute est un bon début.

      • Une perle trouvée sur Libé/Ces gens-là…

        D’abord, d’abord…
        Il y a des paumés qui veulent éliminer les mecs créant par leur plume, leur crayon et leurs pensées, ceux qui croient que cela leur ouvrira les portes d’un haut d’Allah censé leur offrir des vierges voilées et excisées et une éternité supposée.
        Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là on ne pense pas Monsieur, on ne pense pas, on tue.

        Et puis il y les autres, ces gloires futiles qui éructent en désamour des mal-pensant et des femmes, ceux qui oublient leurs savoirs et leur intelligence pour jouir de provocations superficielles et tarifées et pour se croire un moment, un moment seulement, des maîtres à penser d’un nouveau nihilisme télévisuel.
        Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là, on ne pense plus Monsieur, on ne pense plus, on brille.

        Et puis il y a les faux romantiques qui confondent le bashing avec la clairvoyance d’un Bashung inspiré, ceux qui vénèrent un Louis-Ferdinand sénile qui souffre du bec à cause d’une gorgée de bière mal digérée à la terrasse du Flore.
        Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là, on pense un peu Monsieur, on pense un peu et on droit d’auteurise.

        Et puis il y a ces lemmings, ces troupes inconscientes qui courent vers la falaise pour plonger dans une vague bleue marine qui les engloutira sans retour, ces troupes d’égarés, ces soldats déçus de combats qu’ils pensaient avant comme ceux de leur classe, de leurs malheurs et de leur vie.
        Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là, on ne pense pas Monsieur, on ne pense pas, on plonge.

        Et puis, il y a ceux qui prennent leur Métro à la station St. Michel, qui font leur course au Tati de la Rue de Rennes ou qui vont se promener rue des Rosiers, rue de Turbigo ou à Dammartin-en-Goële, ceux qui prennent l’Airbus Alger-Paris, ceux qui se trouvent là où il ne faut pas être… et aussi ceux qui ne peuvent que s’occuper des encore moins chanceux qu’eux car exclus d’une société devenue inhumaine.

        Et puis, et puis, il y a ceux qui se sont réveillés et affirmés par des signes, des dessins ou des slogans simples, par des regroupements sans arrière pensée et qui se retrouvent ensemble étonnés par leur force et leur humanité, par la fierté d’être simplement là, face à la barbarie, simplement là, face à la barbarie….

        Ces gens là Monsieur, ils rêvent, ils rêvent Monsieur, ils rêvent d’être au soleil et d’aimer leur vie. Ils rêvent de fraternité, de liberté, d’égalité, bref, de République.

        Même qu’ils se disent souvent qu’ils voteront c’est sûr, que cela devrait aller mieux et que certains pourraient avoir du travail et de la reconnaissance et que si ce n’est pas sûr, c’est quand même peut-être, parce que d’autres ne le veulent pas, parce que d’autres ne veulent pas.

        Mais il est tard, Monsieur
        et il faut que je rentre…
        chez moi…

      • Je vous invite à lire: « l’enfance du doute » de Virginie Megglé

  3. Merci, vous m’avez mis les larmes aux yeux, votre texte devrait être lu (et expliqué) dans les écoles.

  4. JE SUIS CHARLIE

    Approche‐toi, petit ; vois ce crayon qui pleure:
    Il ne reverra plus la main de son ami…

    Ils n’avaient qu’un dessin plein d’humour pour seule arme,
    Un jet de déraison dans un monde d’égos ;
    Leur satire lançait un vibrant cri d’alarme
    À ceux qui oublieraient que nous sommes égaux .

    Approche‐toi, petit ; vois cette ébauche en pleurs
    Sublimée par le sang versé de son ami …

    Changeant la vanité en pure dérision͵
    Ils se moquaient de l’ordre et du joug des tutelles
    Et n’accordaient aux dieux et à leurs religions
    Qu’une caricature aux paroles rebelles.

    Approche‐toi, petit ; vois cet homme qui pleure
    Eclaboussé du sang de son meilleur ami;

    Approche‐toi, petit, de cet homme qui meurt
    Pour avoir refusé de porter un bâillon …

    Le silence venu honorer les victimes
    Refuse la folie de ce nouveau tyran
    Qui définit ses lois et justifie son crime
    En déformant l’appel des pages du Coran .

    Approche‐toi, petit ; apprivoise ta peur,
    Qu’ il ne puisse jamais assouvir les nations.

    Ceux qui n’ont pu finir leur tout dernier dessin
    Nous lèguent dans la mort une ultime fierté,
    Ce sourire narquois, qui dit aux assassins :
    ʺVous n’abolirez pas l’esprit de liberté!ʺ

    Approche‐toi, petit, et surtout n’aie pas peur :
    Dans les traces de sang, ramasse mon crayon .

  5. Et que faites-vous de tous ces gens blessés depuis tant d’années par ces coups de crayons acides ? Personne ne parlent d’eux. Peut-on tout écrire, tout dessiner, tout mépriser publiquement au nom de la liberté d’expression ?

    • Quand Benoit Poelvoorde a décrété qu' »en Belgique on s’enfile comme des rois ». J’ai personnellement été révulsée parce que qu’il tendrait à faire croire que chez les belges tout est permis (même la pédophilie). D’un autre côté, j’ai pensé que nous sommes encore dans un pays libre qui m’autorisera à dire que la place d’un enfant n’est pas dans un couple homo. IL vous est toujours possible de passer votre chemin et ne pas lire.

    • Soit vous n’avez pas lu l’article, soit vous n’avez rien compris. Je trouve impossible une meilleure explication que le texte même de cet article. Essayez de le relire, on sait jamais.

      • Promouvoir la liberté d’expression et dire « il vous est toujours possible de ne pas lire » me pose problème : car je suppose que celui qui s’exprime souhaite être entendu, lu,…et cela aussi,sinon surtout, par des personnes qui n’ont pas pas le même avis sinon quel autre intérêt que narcissique.

        • Il est tout à fait illusoire de croire que ce que nous écrivons ou disons est susceptible d’intéresser tout le monde. Charlie Hebdo n’espérait certainement pas toucher l’extrême-droite ou les religieux. Seuls les prédicateurs s’imaginent pouvoir convaincre tout le monde. Ce n’est plus alors un échange mais de l’endoctrinement qui est lui profondément narcissique.

  6. Peut-on rire de tout oui. Oui, mais jamais devant un paranoïaque. Demandez-vous pourquoi ces jeunes déments s’en sont pris à Charlie Hebdo et pas a MLPen. Parce qu’ils sont lâches, ne s’attaquent pas entre loups et s’en prennent aux plus faibles et innocents. C’est très pervers.

  7. Bonjour, je suis parisienne, je suis triste, je me sens coupable, je crois que nous sommes nombreux à nous sentir coupables sans vraiment pouvoir nous l’expliquer. Je lisais Charlie Hebdo de temps en temps, parce que ça fait du bien de critiquer et de rire, sans avoir vraiment conscience de leur courage, du risque qu’ils prenaient, et ce, malgré tous les signes avant-coureurs, l’incendie etc.

    Pour moi, la liberté d’expression, la caricature vont de soi. Parce que j’ai grandi avec des humoristes, des chroniqueurs, des dessinateurs belges, français, une presse satirique dans les kiosques. L’équipe de Charlie, c’était notre soupape, l’assurance d’une liberté acquise, mais je m’en veux de ne pas avoir compris plus tôt que « cela » pouvait arriver. Du drame va enfin naître de la réflexion chez des aveugles comme moi, l’envie de comprendre et voir ce monde en face, et d’en envisager un autre. Mais comment ?

    Comment vivre en harmonie malgré ces différences que vous pointez ? Invisible – Visible, Pureté – Doute …
    Ici on parle de « peur de l’amalgame » mais j’ai moins peur des mes amis musulmans nés ici ou ailleurs, que de certains membres de ma famille, catholiques traditionnalistes. Car oui j’ai entendu des discours de ces derniers sur « 1 vérité », « une pureté ». Oui toutes les religions ont leurs extrêmes, et j’ai une grande peur de la radicalisation de tous les croyants quels que soient leur Dieu.
    Ce ne sont pas les terroristes qui me font le plus peur, car pour moi ce ne sont que des fous sanguinaires, et comme Charb, je préfèrerais mourir debout que leur donner raison.
    Ce dont j’ai le plus peur c’est de vivre dans un monde ou les journalistes et humoristes se censureraient encore plus qu’ils ne le faisaient déjà. Un monde où on ne pourrait plus faire de blague sur les belges 😉 sur les juifs, sur les musulmans, sur le pape ou tel prophète, sur le président, sur le FN ou sur Zemmour. De la blague acide, de la blague potache, de l’humour noir, rose, en finesse, grossière, …

    Nous sommes encore vivants, oui, et je l’espère, nous serons nombreux à nous battre pour ceux qui ne le sont plus.

    • Bonjour,

      Existe-t-il des blagues d’athées sur l’opinion  » athée » ? 🙂

      • « Le véritable et authentique athée est celui qui croit, fermement et dur comme fer, que Dieu lui-même ne croit pas en lui. » Pierre Dac.

        • Avec tout mon respect, c’est la méthode Coué

        • bonsoir,
          Excellent votre commentaire.
          Pour moi être athée c’est croire en les hommes et les femmes fussent-ils mauvais, méchants, assassins, pedophiles, terroristes etc. Hélas, je suis assez simple pour ne pas y arriver alors je m’accroche à cette tradition de croyance de dieu unique créateur comme un vieillard s’accrochant à son baton en attendant mon dernier souffle et je le saurais.
          J’ai souvent pensé faudrait-il construire des cimetières pour des athées car je trouve incohérents que des athées soient enterrées avec des croix et avec des croyants..cela les anéantirait s’ils en étaient conscients ou peut être ils ont en pas conscience. Et si Il n’y a rien, le vide absolu, et si vide absolu, pourquoi travailler alors jusqu’a 67 ans, pourquoi ne pas prendre plus de temps pour profiter de la vie puisque c’est la seule vie et pourquoi la gâcher a provoquer pour ensuite pleurer ou mourir.. ? pourquoi ne pas laisser la chance à chaque peuple de vivre sa seule vie? sans le bombarder ? enfin je vous écrivais pour vous dire que votre texte est beau et me voilà lâchée.. bonne soirée et merci. Afi

  8. Merci pour ce texte plein de vérités. Merci car il nous rappelle que chacun d’entre nous peut à tout instant sombrer dans cette folie meurtrière. J’ai lu tellement de commentaire haineux que j’en ai la chair de poule.
    Ce sera pour l’Occident un grand défi de ne pas se laisser aller à la haine générale et à la barbarie. Pourtant je peux comprendre les réactions de colère, elle font suite à l’incapacité de se montrer ferme de nos politiques mais nous devons prendre garde à ne pas revenir à l’étroitesse d’esprit du moyen-âge. J’espère que la plume et le crayon arriveront à éviter des massacres mais hélas rien n’est moins sûr.

  9. JEUDI 8 JANVIER 2015 Seule femme parmi les victimes, la psychiatre et psychanalyste Elsa Cayat tenait la chronique « Divan », deux fois par mois, dans Charlie Hebdo. Anne, l’une de ses patientes, lui rend hommage ;

    Sa dernière chronique dans Charlie Hebdo était intitulée « Noël, ça fait vraiment chier ». Elle a été inspirée par la réflexion que lui avait faite l’un de ses patients pendant les fêtes de fin d’année. Elsa Cayat, 54 ans, abordait dans son «Divan», qui paraissait tous les quinze jours, des sujets tels que la «Genèse de la Shoah», «L’état de vie ou de mort» ou encore l’«Autorité parentale». Dans ses livres, elle traitait surtout des rapports de couple, comme dans « Un homme + une femme = quoi ? » (1), qui évoque la façon dont l’amour peut se transformer en haine et en célibat à deux. Elle a également publié un ouvrage sur la prostitution « Le désir et la putain, les enjeux cachés de la sexualité masculine » (2) avec le journaliste Antonio Fischetti. Voici le témoignage d’Anne, 43 ans, qui était l’une de ses patientes : « Elsa Cayat était ma psychanalyste depuis sept ans. Comme je le dis souvent, c’est la plus belle rencontre de ma vie. C’était une femme extraordinaire, chaleureuse, pleine de sollicitude et de bienveillance. J’étais mariée à un homme violent. Elle m’a aidée à m’en sortir, à divorcer. Je peux dire qu’elle m’a sauvé la vie. Je ne suis plus la même personne grâce à elle, elle m’a fait avancer et m’a appris à me connaître. Elle m’a donné une force incroyable. C’était une femme libre, dynamique, combative. Elle n’avait peur de rien. Dès notre première rencontre, j’ai aimé le décalage entre son cabinet, situé dans le 16ème arrondissement de Paris, et son attitude : elle fumait pendant les séances, portait parfois des jeans troués… Je ne sais pas grand-chose de sa vie, je ne savais même pas qu’elle écrivait dans Charlie Hebdo. Je l’ai découvert ce matin en lisant les noms des victimes dans Le Monde. J’avais rendez-vous avec elle demain à 10h30. Aujourd’hui, une immense tristesse m’envahit. »

  10. Vos réactions aussi justes soient – elles sont influencées par un légitime corporatisme , en somme c’est toute votre profession qui a été durement touchée en plein cœur . Admettez toutefois que si l’humour, la caricature est une arme celle-ci peut se retourner sur ceux qui la manient. Tout talentueux qu’ils étaient , ils usaient de l’humour féroce avec provocation ce qui leur a valu ce que l’on sait : l’ horreur !
    Je me demande si la même tristesse vous envahirait de la même façon par la perte de grands écrivains tout aussi talentueux que sont les Houellebecq ( Soumission ) Zemmour (suicide Fr. ) Finkielkraut ( l’Identité malheureuse ) qui sont aussi plein de vérités dont vous refusez d’entendre parler et j’en veut pour preuve la venue d’un de ces derniers à Bruxelles ( Ville Ouverte ?) et des réactions d’un certain milieu .
    Aujourd’hui vous vous empressez de crier bien haut et fort  » pas d’amalgame  » mais vous omettez bien volontiers de dire que votre Société du Vivre Ensemble vient de vivre une terrible déconfiture qui est bien la preuve qu’elle ne fonctionne pas et que cette communauté Musulmane refusera toujours de s’intégrer excepté si elle arrive à ses fins c’. à d. au Pouvoir .
    OUI le Monde est simple, il suffit de regarder son Histoire , notre Histoire , celle qui nous a valu ce que nous sommes , nos combats , nos défaites , nos victoires , nos acquits et que ceux qui lorgnent sur ces derniers commencent d’abord leur combat d’où ils viennent , chez eux comme nous , ns. l’avons fait .

    • Bobo Youki, ton commentaire m’a plu. Et il n’y a aucune liberté de penser là où il n’y a pas la liberté de dire – comme c’est le cas en France aujourd’hui. Le « tous ensemble » ferait sans doute frémir Montaigne!

  11. Nous pouvons douter de l’existence de Dieu mais pas de la Shoah.

  12. Merci de m’avoir fait prendre conscience que je n’étais pas si seule dans le doute….
    @ Marie, moi aussi je me sens coupable: https://www.facebook.com/notes/elodie-tilkin/la-paresse-pêché-capital-jesuischarlie/10204374114687642?pnref=story

  13. Charlie ne prend-il cet espace libre laissé par Dieu et ce besoin de sacré que René Girard a si bien décrit?
    Extrait de sa théorie: »Le sacrifice du bouc émissaire permet donc à la fois de libérer
    l’agressivité collective (exutoire) et de ressouder la communauté autour de la
    paix retrouvée (pacte) Dans l’optique girardienne, le rite sacrificiel est donc
    une violence ponctuelle et légale dont la fonction est d’opérer une catharsis des
    pulsions mauvaises sur une victime indifférente à la communauté parce que
    marginale. Ainsi, se produit, aux dépens d’un être innocent, une sorte de
    solidarité dans le crime, qu’on retrouve dans les scènes de lynchage dans
    l’Histoire (pogrome, lapidations, etc.) ou dans la fiction (La Nuit du Chasseur1
    ,
    M. le Maudit2
    ). Le bouc émissaire permet par ailleurs d’expliquer l’émergence
    du Sacré, car, par un retournement paradoxal, la victime se voit divinisée pour
    avoir ramené la paix. »

  14. Je me permets de corriger, à mon sens, ce que vous dites de « toutes les religions » : Le doute fait partie du Bouddhisme, la lutte contre « le dogme », et « les vues », aussi.

  15. Je ne suis peut-être plus dans le sujet de la discussion, mais je voudrais citer De Smet: (Reductio ad Hitlerum P.38)
    « Le risque oppressant de basculer dans une société où chacun devient le policier de chacun est sur nos talons, et son souffle est d’autant plus pesant qu’il ne prend pas la forme de l’État totalitaire » Big Brother » dépeint par George Orwell dans « 1984 », mais toutes les apparences virales et immanentes d’une suspicion généralisée par laquelle chaque citoyen peut s’improviser justicier sous couvert d’une bonne conscience s’imaginant lutter contre la propagation d’idées jugées néfastes ou dangereuses. »
    Comme quoi F.D.S. est tout à fait capable de prendre de la hauteur et parler vrai, quand – ce qui est valable pour nous tous – il n’est pas directement impliqué. Celai devient rare dans une société où pour servir la Justice on étouffe la Vérité.

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