Campagne fédérale 2019

Vous trouverez ci-dessous les principaux billets écrits pour la campagne des élections fédérales du 26 mai 2019.

#21. Voilà, tout est entre vos mains…

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La campagne s’achève. Une aventure extraordinaire, extravagante, éreintante. Mais d’une richesse intellectuelle et humaine comme rarement vécues.

Je remercie d’ores et déjà toutes celles et ceux qui ont fait campagne avec moi – soit sur la même liste, soit sur les autres, soit dans l’ombre, en distribuant des tracts, en posant une affiche, en relayant un texte sur un réseau social. C’était, quoiqu’il arrive dimanche, une incroyable expérience de vie que de voir autant de volontés s’unir pour un même objectif.

Nous avons tenté de faire une campagne sérieuse, argumentée, chiffrée ; nous avons fait des programmes sérieux, élaborés – trop, peut-être diront certains, plus de 500 pages – parce que nous pensons qu’il faut être les plus clairs et transparents sur nos intentions. Ce n’est pas toujours facile ; de nombreux médias ont certes tenté de simplifier et de rendre lisibles les programmes, mais certains ont parfois aussi cédé aux sirènes du buzz en mettant en valeur les punchlines des uns ou les capacités des autres à se plier à des formats ultra courts et parfois plus proches du jeu télévisé que de la joute politique.

Nous avons tenté de rester en-dehors du bac à sable qu’est devenue cette campagne, en particulier sur sa fin, en concentrant l’essentiel de notre discours sur le fond de nos propositions. Et en ciblant nos adversaires seulement sur nos différences ou sur le flou parfois entretenu de leurs programmes (ou de leur absence de programmes), en restant corrects et en évitant toute attaque personnelle.

Nous avons défendu une version unique et non-équivoque de la laïcité, et ce sans varier de discours.

Nous nous sommes battus partout: sur les marchés, dans des débats, dans des récits littéraires, dans des interviews, sur le web, et dans des rencontres toutes simples avec de nombreux citoyens. Et ce, il faut le rappeler, avec moins de moyens que les partis classiques, et un accès plus restreint qu’eux aux grands médias.

Alors, au bout du compte, pourquoi voter pour DéFI ce dimanche ?

• Parce que DéFI est le parti du courage et des convictions, qui ne vend pas son âme pour gouverner, et respecte la parole donnée.
• Parce que Défi promeut l’équilibre et la justice, dans un monde qui en manque cruellement.
• Parce que DéFI veut aider ceux qui travaillent et se forment, mais souhaite aussi sortir de la précarité ceux qui s’y trouvent.
• Parce qu’à chaque fois que nous accédons aux responsabilités, nous en sortons avec un vrai bilan : c’est grâce à DéFI que le chômage, et en particulier le chômage des jeunes, a spectaculairement diminué dans notre Région.
• Parce que nous sommes une force résolument opposée aux poussées nationalistes et populistes qui gangrènent notre pays et notre continent.

Durant deux mois, j’ai développé une série de priorités sur ce blog de campagne. Je me permets de les citer ici :

– Refinancer la Justice, délaissée depuis trop de temps
– Instaurer un véritable cours de citoyenneté, de philosophie et DES religions
– Mettre enfin en place une politique migratoire juste, qui protège les droits et gère la migration
– Évaluer les réformes de l’État, et ne concevoir de nouvelle réforme que sur base des besoins et souhaits des citoyens
– Renforcer la lutte contre les discriminations
– Lutter contre les violences faites aux femmes et promouvoir l’égalité
– Lancer un « traité de Rome » des énergies renouvelables
– Se doter d’une fiscalité plus juste
– Réinvestir durablement dans les soins de santé

Dans des temps où le populisme engrange de plus en plus de succès, nous devrons, demain, constituer un rempart contre les simplismes et les tentations autoritaires. Plus que jamais, notre démocratie est fragilisée. Nous sommes une formation qui a la démocratie chevillée au corps. Et nous sommes les seuls à pouvoir promettre de nous opposer à tous les extrémismes, de gauche comme de droite, et à refuser demain toute alliance avec la N-VA.

L’équipe fédérale que DéFI vous propose pour ces élections est novatrice, issue de la société civile, et porte un projet fort, original et consistant. Justice fiscale, justice sociale, justice économique, justice migratoire, justice climatique : dans tous les domaines, nous serons les artisans de l’équilibre.

Entre ceux qui agitent les peurs et ceux qui promettent des lendemains gratuits et chantants, nous sommes la formation qui respectera les droits, développera l’économie et protégera les plus précarisés. Sans renoncer à nos valeurs.

Nous ne sommes pas parfaits ; mais notre équipe est authentique, sincère, et pourra faire la différence demain, avec votre soutien.

Tout est désormais entre vos mains.

#20. Rendre un avenir à ce pays

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A la veille du scrutin, j’entends de nombreuses inquiétudes se faire jour. Parviendrons-nous à former un gouvernement fédéral ? Les résultats des élections ne seront-ils pas si divergents qu’ils empêcheront toute coalition ?

Nous nous situons en effet à un tournant, qu’il faut pouvoir correctement négocier. La N-VA, et Bart De Wever en particulier, nous vendent depuis des années qu’il y aurait deux démocraties dans ce pays, et qu’elles auraient donc vocation à se séparer l’une de l’autre. Je fais une autre analyse : il y a une seule démocratie, mais deux opinions publiques différentes, qui ne se croisent plus suffisamment. Mais la question est : quelle direction prendre ? Continuons-nous le mouvement centrifuge consistant à nous séparer de plus en plus ? Ou commençons-nous, après avoir pris conscience des limites de l’éparpillement, à reconstruire des ponts ? C’est l’un des enjeux de ces élections.

Pendant les quatre années et demie de leur présence au Fédéral, les nationalistes ont entrepris d’affaiblir l’État. Certes, pas avec une réforme de l’État – ce « renoncement » étant le prix, finalement bien faible, offert au MR (tous les usuriers vous le diront : acheter du temps, c’est se faire avoir). Mais avec des coupes budgétaires dans une série de secteurs clef, une répartition de numéros INAMI défavorables aux francophones, un désinvestissement dans la Justice, un manque de soin apporté aux institutions fédérales bruxelloises, etc. Que l’État fédéral fonctionne de plus en plus laborieusement arrange bien un certain agenda, celui de la N-VA consistant à dire : « Regardez comme cela ne fonctionne plus, il faut régionaliser ».

Il y a heureusement d’autres voix qui se font entendre en Flandre. Partout dans le pays, des citoyens et des politiques commencent à se demander si on n’est pas allés trop loin dans l’écartèlement, et si un mouvement inverse ne se justifierait pas, à tout le moins dans certaines matières.

A titre personnel, après ces semaines de campagnes, et après avoir sillonné toute la Région et participé à de nombreux débats, j’identifie au moins quatre domaines dans lesquels l’éparpillement des compétences devient un véritable problème de bonne gestion :

  • Les soins de santé, et en particulier la prévention. Comme on me le faisait remarquer lors d’un débat sur le sujet, il est aujourd’hui plus difficile de faire un plan national contre le tabac que de voter une loi climat.
  • Les transports. Autour et dans Bruxelles, il est manifeste qu’un manque criant de coordination et de centralisation impacte notre vie à tous. On peut raisonnablement affirmer que dans un autre pays, il ne faudrait pas trente ans pour créer un RER, ni quinze ans pour construire quelques stations de métro.
  • Le climat. Les jeunes marcheurs en rue pour le climat, et singulièrement en Flandre, se promenaient avec des pancartes interrogeant l’utilité d’avoir quatre ministres du climat. De fait, cette division affaiblit la Belgique à l’international, et nous empêche de prendre les mesures nécessaires.
  • La migration. L’octroi du séjour est fédéral, alors que l’intégration appartient aux Régions. Cette division entre migration et intégration pose de vraies difficultés – personne ne peut réellement décider d’agir de manière proactive sur la migration économique, par exemple. Il nous faut réconcilier ces deux facettes.

DéFI a évidemment des racines communautaires, de défense des droits des francophones. Il continuera à défendre les droits des francophones en périphérie. Mais son ennemi n’est pas la Flandre, ni les Flamands – nous avons gouverné la Région bruxelloise avec nos amis néerlandophones sans difficultés, et nous sommes attachés à ce que les Flamands se sentent pleinement chez eux à Bruxelles. Nous sommes persuadés que ce pays se porterait mieux si tout le monde en parlait ses deux principales langues.

Notre ennemi, c’est le nationalisme, d’où qu’il vienne. Et il se trouve qu’il y a un nationalisme flamand à l’œuvre, qui n’a pour seul objectif que de mettre fin à ce pays, en le rendant ingouvernable.

A nous d’être les plus forts possible pour remettre à l’agenda le bon fonctionnement de ce pays. Dans notre projet Nova Carta, nous proposons une grande évaluation des réformes de l’État passées (quelqu’un peut-il sérieusement dire quelle a été la plus-value de la division en trois des allocations familiales et du code de la route, décidées dans la 6ème réforme ?), et une réflexion avec les citoyens sur l’avenir de notre pays. De notre point de vue, ce sera l’occasion de mettre sur la table le meilleur fonctionnement de notre État, sans tabou. De réformer l’État non plus sur base identitaire, mais sur le seul critère de l’efficacité. En ce compris en parlant de circonscription fédérale, de communauté métropolitaine, ou de refédéralisation de compétences si nécessaires.

Nous souhaitons que ce pays perdure et fonctionne, parce que nous considérons que la Belgique est une plus-value. Cela nous distingue des nationalistes depuis toujours, et ce sera encore le cas demain. A nous tous de choisir notre avenir et, au Nord comme au Sud, d’élire des constructeurs de ponts, et non des bâtisseurs de murs.

femmes

La législature qui s’achève n’a pas seulement été celle des attentats terroristes et de la crise migratoire ; elle a aussi été celle de #metoo, #balancetonporc et de la libération sans précédent de la parole des femmes vis-à-vis des agressions verbales, physiques ou sexuelles qu’elle subissent. En rue comme au sein de leurs foyers.

Le premier vrai coup de tonnerre, pour de nombreux hommes, fut sans doute bien plus tôt encore le documentaire « femmes de rue », de Sophie Peeters, dès 2012, montrant en caméra cachée les insultes qu’elle subit en rue de la part d’hommes inconnus, parfois en meute parfois seuls. Je l’avoue, et je suis sûr que je partage ceci avec de nombreux hommes : nous sommes très nombreux à avoir seulement réellement commencé à comprendre à ce moment-là combien l’espace public était différent pour les hommes et pour les femmes. Comment les femmes se trouvent contraintes de calculer infiniment plus que les hommes quelle tenue adopter ou quel chemin emprunter. Nous le soupçonnions ou ne voulions pas pleinement le voir.

Ensuite, la libération de la parole autour de #metoo a mis en exergue une quantité d’affaires plus ou moins enfouies.

La libération de la parole courageuse des femmes force toute la société à avancer. La sécurité des femmes s’est légitimement imposée à l’agenda. On se rendra compte rapidement que celle-ci ne concerne pas seulement des mesures matérielles, mais aussi un investissement dans un changement d’attitudes et de culture.

Bien sûr, de nombreuses mesures ont été prises. Mais d’évidence, la lutte doit être renforcée sur de nombreux plans. Le programme de DéFI comprend un important chapitre sur l’égalité entre hommes et femmes.

En matière de lutte contre les violences sexuelles :

  • Création d’un registre des délinquants sexuels
  • Interdiction de la médiation en cas de violences faites aux femmes (sauf en cas de demande de la victime)
  • Durcissement de la législation sur le viol
  • Création d’un centre d’expertise sur les violences faites aux femmes
  • Prise en considération des hommes victimes
  • Modification de la loi sur l’hébergement égalitaire afin de ne pas le privilégier en cas de violences intrafamiliales…
  • Mieux protéger contre le harcèlement sexuel en le considérant comme une forme de discrimination à inscrire dans la loi « genres » et non plus uniquement dans la loi sur le bien-être au travail.
  • Étendre la condamnation des gestes et comportements sexistes aux publicités sexistes.
  • Pérenniser et généraliser les centres d’accueil multidisciplinaires pour les victimes de violence sexuelle.
  • Inscription du féminicide dans le Code pénal
  • Dépénalisation totale de l’IVG

Autres mesures fortes sur l’égalité entre hommes et femmes :

  • Favoriser le lien entre le père et son enfant et lutter contre les discriminations à l’embauche envers les jeunes femmes en instaurant un « temps de parentalité » obligatoire de 15 semaines pour les deux parents, qui concernerait tant les salariés que les indépendants
  • Établir un mécanisme d’avances pour les pensions alimentaires impayées
  • Établir des labels « égalité salariale » délivrées aux entreprises respectant la loi

Enfin, la question du gender mainstreaming doit imprégner toutes les politiques, car la sécurité des femmes se trouve aussi dans des politiques autres, de l’enseignement à la mobilité en passant par l’urbanisme : concevoir un piétonnier ou une ligne de métro, par exemple, doit se faire en réfléchissant aussi à la place des femmes dans l’espace public.

 

#15. Les choix d’Emma

Texte proposé par Défi en réponse au « défi littéraire » lancé par Vincent Engel et Edoardo Traversa (UCL).

nouvelle

« Bienvenue sur notre antenne. Il est sept heures ! »

Mon smartphone connecté à une station de radio hurle et m’arrache à mes songes. En fait, c’est pas plus mal. Je courais au travers d’une forêt, sans but ni motif, et il fallait en finir. Je ne fuyais rien, je ne courais après personne. Les arbres étaient tout petits ou tout grands. La forêt n’était ni rassurante ni angoissante. Je courais dans le flou, et le sol était de l’ouate sous mes pieds. Seule. Sans lapin farceur ni grand méchant loup. Ni Alice ni Chaperon rouge. C’est curieux, les rêves. Le flou est le seul flux. On s’incarne partout, rien ne fait sens.

Et c’est épuisant.

J’ouvre les yeux et, encore dans la lancée dans mon élan forestier, je me relève très vite et bondis hors de mon lit. Parce que si je ne le fais pas je reste affalée une bonne demi-heure de plus. Or aujourd’hui je n’ai pas cette demi-heure.

Aujourd’hui, on réinvente la démocratie.

Je me douche, m’habille, et fonce dans la cuisine. Il y a déjà Xavier qui se mange un quignon de pain avec un ersatz bio de Nutella, qu’on appelle quand même Nutella parce que, franchement, ça ressemble quand même beaucoup à du Nutella. Je lui fais remarquer en souriant qu’il est vraiment addict, il me répond que ce n’est pas grave parce que c’est bio. Je lui dis, oui, c’est vrai, mais c’est pas du bio « A », label à la mode depuis deux-trois ans, qui est la nouvelle appellation bio des puristes comme moi qui constatent que tout est soi-disant bio mais pas forcément sain. Il soupire et on s’apprête à se lancer encore une fois dans notre grande discussion habituelle. Lui il me dit que ça fait déjà des années que tous les aliments sont « bio », ou sur emballage vert, et que c’est devenu un attrape-nigaud, une mode, une étiquette qui n’a plus de sens, que les industriels l’ont inventé comme ils ont inventé le hallal, le casher et le commerce équitable, et que comme tout le monde fait du bio tu peux même commander un menu hallal bio vegan commerce équitable au Mac Donald, et que tout ça est devenu ridicule, mais qu’on va pas se battre pour ça de grand matin, et est-ce que je ne veux pas plutôt une tasse de café parce qu’il vient d’en faire, du vrai comme au 20ème siècle, qui a coulé et tout, pas en dosettes.

Je lui souris parce que moi non plus je ne veux pas me battre. Je m’assieds, je prends la tasse de café qu’il me sert. Son odeur attise mes papilles. Je sens son arôme réveiller un à un mes nerfs et mes neurones. Moi, je sais à quoi je suis droguée mais j’assume.

– Tu vas faire quoi de beau, aujourd’hui, à part aiguiser ton cynisme ? je lui dis après ma salvatrice première gorgée.

– Je vais bloquer. Les examens arrivent, là, quand même. Et toi ? Ah mais oui, c’est vrai, c’est le grand jour ?

Le grand jour. C’est vrai que je casse les pieds de Xavier avec ça depuis un moment. Ses pieds et ceux de tous mes autres potes.

– Oui, j’ai l’impression que c’est l’aboutissement de quelque chose.

– Et Adélaïde, elle sera là ? Et Mehdi, Félicien, tout ça ?

– Oui, il ne manquera presque que toi.

Silence gêné. Car perlé de reproches. Il l’a bien compris. Il fait mine de se replonger dans son Nutella qui n’est pas du Nutella, sans conviction. Je baisse le regard.

– Je veux dire… c’est pas faute d’avoir voulu t’impliquer.

– C’est vrai. Vous m’avez bien cassé les noix, avec votre histoire de convention. Mais je n’y crois plus, j’en ai ras-le-bol.

– C’est surtout que tu t’es pris de passion pour tes études, que tu te vois déjà ingénieur civil, que tu as déjà trois offres d’emploi en poche et que la démocratie, le collectif, tout ça, ça ne t’intéresse plus.

– Ben voilà. J’aurais dû faire science po pour pointer à l’Onem, comme toi dans trois mois.

– Tu es mauvais. Et tu n’en sais rien.

– Tu es une naïve. Je t’ai vu tout donner dans cette histoire de Convention. Et en fait j’ai peur que tu te ramasses ça en pleine gueule. Que tu sois de nouveau par terre et que je te ramasse à la petite cuillère. Comme l’autre fois.

Coup bas.

Oui, Xavier m’a effectivement ramassée par terre. C’était il y a cinq ans. Dans la rue. On manifestait pour le climat. On avait 17 ans et on se retrouvait tous les jeudis dans les rues de Belgique. On brossait les cours pour le climat.

Enfin, pour être franche, au tout début on n’en avait un peu rien à foutre.

On brossait parce qu’on pouvait brosser, et qu’on avait le droit de crier dans la rue. C’était fun. Rigolo. Et puis ? Et puis on a discuté. On s’est renseignés, on a vu l’ampleur du carnage, les degrés en plus qui vont nous griller ou nous noyer ou les deux à la fois. Et on s’est ralliés à cette cause. Parce que bon, putain, quoi. En fait, les vieux, ils s’en fichent de nous, ils auront tous clamsé dans 50 ans. Mais nous, c’est notre avenir qui se joue.

Xav, déjà, pissait un peu contre le vent. « Ouais, super, vous vous êtes pas bougés pour les migrants qui crèvent en mer, pour les Rohingyas ou les Syriens, mais là comme il s’agit de vos gueules, on devrait tous se mettre derrière des banderoles et bouffer des carottes ? Vous seriez pas un peu égocentriques au fond ? ». J’avais envie de lui balancer des coups de genoux à l’époque. « Mais non, Xavier, c’est pour toi et tes enfants qu’on se bat, tu comprends pas ça ? »

Il avait beau râler, il avait suivi aussi, finalement. Pour la planète, un peu. Et pour mes beaux yeux, je crois, surtout.

On avait rencontré les autres lors des manifs à Bruxelles, puis Liège et Anvers. Medhi, Adélaïde, les autres. On était devenus super liés. On avait l’impression de refaire le monde. On s’était un peu fait peur dans la foule, et c’est là, effectivement que, un après-midi, je me suis cassé la gueule sur un pavé. Sans même courir, lamentable ; je suis juste maladroite, voilà. C’est là que Xav m’a ramassée. On savait bien que la politique ne pouvait pas tout changer, mais on avait quand même l’impression que les politiques avaient le pouvoir de changer les choses via l’adoption d’une loi climat. Quelques-uns parmi nous pensaient qu’il s’agissait juste d’appuyer sur un bouton, et que ces imbéciles de politiciens ne voulaient juste pas le faire parce qu’ils étaient déjà vieux et qu’ils allaient de toute façon mourir. Oui, je sais, vu comme ça c’est un peu basique, mais c’est vraiment comme ça qu’on se figurait les choses.

Je m’appelle Emma. Je suis étudiante. Et Xavier, c’est mon coloc.

Et aujourd’hui, c’est un grand jour. En cette journée ensoleillée d’avril 2024, on va dissoudre la Chambre. Joyeusement.

Je termine mon petit dej, je tape la bise à Xav, et je quitte notre petit appart ixellois. Je me rends au Parc Royal. Il y a un grand rassemblement de la Convention face au Parlement. C’est à la fois sérieux et festif : aujourd’hui, nos représentants ne discutent plus comme on le fait depuis quatre ans, mais on fait la fête. J’y retrouve Medhi et Adélaïde. On s’embrasse. On est heureux.

Quatre ans que je participe à la Convention. La Convention, c’est une organisation citoyenne mixte qui fonctionne depuis quatre ans. Et si aujourd’hui est un grand jour c’est parce que le travail est terminé. On a abouti ! On a un joli nouveau projet de Constitution, qui change tout.

Le processus est né en 2019, dès la mise en place de la nouvelle Chambre, après les élections. C’était une campagne électorale bizarre, un peu de ouf ! La première dont je me souvienne, en fait, puisque avant, la politique, je m’en fichais un peu, j’étais trop jeune. En fait elle avait commencé dès le mois de décembre, quand les jeunes ont fait leur marche chaque jeudi. On a bien vu que les politiques, ça les rendait un peu fous. Alors, même si je trébuchais sur les pavés de temps à autre, on a continué, parce que rien ne changeait. On ne comprenait pas que cette classe politique ne fasse rien pour le climat. Pourtant ce qu’on demandait était simple : on voulait une loi climat, qui force un peu tout le monde dans le pays à s’adapter aux enjeux climatiques. C’était pas compliqué, a priori, non ? Eh bien même ça ils n’ont pas été fichus de nous la donner !

Alors, aux élections de 2019, les partis traditionnels se sont tous pris le bouillon. Les partis citoyens ou qui n’étaient pas au pouvoir ont gagné. Alors là, du coup, grosse panique. C’était la première fois que je suivais une élection, à dire vrai, mais j’ai assez vite capté le principe : en Belgique, on comprend vite que personne ne gagne vraiment, et que personne n’a jamais tout-à-fait perdu. Lors des soirées électorales, c’est très clair. Personne ne reconnaît avoir perdu. Et surtout pas ceux qui ont perdu : il y a toujours moyen de dire que vous avez un peu moins perdu que ce qui était prévu. Ou que ce qu’on pouvait craindre. C’est important parce qu’il y a toujours moyen de gagner quand même, après, au jeu des coalitions. Et pour ça, même les partis qui ont perdu sont obligés de faire les malins aux soirées électorales parce qu’il ne faut pas avoir l’air d’un perdant pour gouverner.

Mais là, le 26 mai 2019, la gifle a été telle que très peu de gens ont pu vraiment oser dire « on a gagné ». Ils se sont presque tous retrouvés à dire « on n’a pas assez écouté le peuple, et les jeunes en particulier ».

Alors ils se sont mis à essayer de former un gouvernement fédéral (dans les Régions, c’est allé assez vite). Et on a vite compris que ça n’allait pas marcher tout de suite. Le paysage politique était « éparpillé façon puzzle » avait dit un politologue à la télévision avec des lunettes et une cravate trop grande. Mon paternel m’a dit que c’est une expression qui venait d’un vieux film, mais que c’était assez bien trouvé : les camemberts des journaux télés avaient plus de couleurs que d’habitude, c’était bien bariolé.

Alors le Parlement est entré en action. Le Parlement, c’est cette assemblée qui n’avait pas réussi à voter la loi climat – on s’en souvenait encore. Depuis lors, on a un peu mieux compris son problème : apparemment les parlementaires n’ont pas tellement l’habitude de fonctionner sans avoir un gouvernement à critiquer. La plupart du temps, le Parlement attend qu’il y ait un gouvernement qui fasse des projets, pour pouvoir le critiquer. Ce qui m’a toujours semblé bizarre parce qu’en fait, théoriquement, le vrai pouvoir, c’est lui. C’est là que des gens sont élus. Mais c’est comme s’ils étaient élus pour attendre, en fait. Puis, quand il y a un ministre qui dit une bêtise, il vient se faire poser plein de questions par les parlementaires devant les caméras. Et le ministre répond mais à la fin personne n’est content. C’est un peu bizarre comme fonctionnement, mais bon soit. Il paraît aussi que normalement les parlementaires votent des lois. Mais là aussi en général ils attendent qu’un gouvernement les leur envoie. Et s’ils n’ont pas de majorité pour voter des lois, ou s’ils s’ennuient, ils peuvent aussi voter des résolutions, c’est-à-dire des textes qui ne servent à rien sauf à dire qu’on voudrait bien faire telle ou telle chose ou exprimer telle ou telle indignation.

Et là, je ne sais pas, peut-être parce que le gouvernement traînait trop à se mettre en place, il y a des députés qui ont pris les choses en main et qui ont dit « et si on réécrivait la Constitution avec les citoyens ? Et si on avançait déjà sur du long terme ? Et si on formait une convention citoyenne mixte d’élus et de représentants ? ». Il y a un des partis au Parlement qui n’avait pas perdu et qui avait un truc comme ça dans son programme. Alors bon, évidemment, en temps normal, c’est le genre de projet qui ne tient pas dix minutes : « Oui, écrire une loi ou une Constitution avec les citoyens, c’est ça, allez, va jouer avec ta pelle et ton seau ». Mais là, comme tous les partis normaux étaient un peu par terre, ils ont été nombreux à se dire « pourquoi pas ? ». Ils ont lancé un grand appel à candidatures : tout citoyen de plus de 18 ans qui voulait participer à la Convention devait envoyer sa candidature. Puis hop, un grand tirage au sort a eu lieu parmi les volontaires.

Et j’y suis allée. J’ai envoyé ma candidature. Pourquoi ? Qu’est-ce qui m’a pris ?

Parce que je venais d’avoir dix-huit ans. Que j’étais hyper frustrée qu’on ne nous ait pas écoutés pendant nos marches sur le climat. Parce que c’était une belle main tendue, quand même. J’ai voulu entraîner Xav. Et les autres. Xav a pas voulu, parce qu’il disait que c’était du foutage de gueule institutionnel et que ça ne servait à rien. Les autres, ils n’y ont pas été mais ils suivent le processus de loin. J’aurais voulu être plus suivie, mais en fait c’est compliqué, parce que très vite, le quotidien reprend ses droits. Adélaïde, Mehdi, n’ont pas suivi parce qu’ils entraient à l’unif, parce qu’ils commençaient déjà à penser à l’après. Par paresse tout simplement, ou parce que le moment était passé.

C’est précieux, le moment. Il faut le saisir. Et si on l’a manqué, on s’en rend compte après, seulement. Juste après.

Et alors, pendant deux ans, on s’est vus. Par petits groupes, entre citoyens, puis avec des députés (des membres de la commission des réformes institutionnelles, le bidule du Parlement qui suit les réformes, et qui en général ne sort pas de ses murs et qui là pour une fois était tout content de le faire).

Alors ça avait beau avoir l’air foireux sur le papier… en fait, ça a réveillé une parole de dingue. Genre gilets jaunes, mais sans la colère, et avec du café et des gâteaux autour d’une table.

Je me souviens de ce petit vieux, qui râlait pour le montant de sa retraite, et qui s’appelait Gérard. Gérard avait peur pour ses enfants. C’est pour eux qu’il était là. Et parce qu’il avait un peu l’impression d’avoir dû la fermer toute sa vie.

Je me souviens de cette dame seule avec ses trois enfants, et qui ne parvenait pas à boucler ses deux bouts (ou à nouer ses fins de mois, je confonds toujours).

Je me souviens de cette jeune femme engagée dans l’associatif, parce qu’elle était l’une des seuls à parler d’autres personnes ; en l’occurrence, elle s’occupe de sans-abris à Bruxelles, et elle s’alarmait de leur forte augmentation dans les rues, et que c’était tout de même pas possible.

Je me souviens de ce jeune étudiant reprenant, comme moi, le flambeau du mouvement des jeunes pro-climat et disant qu’il fallait travailler avec ceux qui veulent travailler, et donc saisir le moment.

Je me souviens de ce monsieur qui venait d’obtenir la nationalité belge, qui en était tout fier et qui était frustré que la Belgique n’en soit pas plus fière que ça. Alors qu’il avait fui son pays en guerre des années plus tôt. « Je ne comprends pas que ce pays ne soit pas plus fier des migrants qui viennent ici. Il y a un sentiment de méfiance. Pourquoi vous n’êtes pas un peu plus contents qu’on vous rejoigne ? Pourquoi vous n’êtes pas un peu plus fiers de vous-même ? » Je ne savais pas. Je ne sais toujours pas. C’était une putain de bonne question.

Je me souviens de ce gilet jaune qui portait toujours sur lui son gilet jaune et qui se plaignait des taxes sur les carburants et qui était sûr qu’il suffisait de virer tous les politiciens pour que tout s’arrange. Mais qu’en attendant il venait ici parce qu’au moins on l’écoutait un peu et que le café n’était pas trop mauvais.

Je me suis dit aussi que, cette histoire de convention, c’était chouette, mais que forcément c’est ceux qui avaient le temps d’y aller qui y allaient. Genre les petits vieux, les sans-emploi et les étudiants comme moi. Pourtant le Parlement avait prévu des modalités : on ferait les séances le vendredi, les employeurs seraient dédommagés pour le temps où leurs employés participent à la Convention… Du coup il y avait bien quelques actifs motivés, mais pas en majorité.

Et pourtant, on a bossé dur. On a rencontré les députés chaque semaine, on a reçu l’aide d’experts. Notamment il y a un comité de scientifiques qui a procédé à une évaluation des réformes précédentes. Nous on se disait déjà qu’avoir quatre ministres du climat ça n’avait pas été super efficace, mais on s’est rendu compte que ce pays n’avait jamais été réformé sur une base un peu réfléchie. Par exemple : est-ce qu’il fallait vraiment diviser le code de la route ou les allocations familiales ? Ben en fait, non, ça ne sert à rien, sauf à rendre les choses plus compliquées, mais visiblement il fallait faire ça pour pouvoir former je ne sais plus quel gouvernement. Eh bien, vous me croirez ou pas, mais avant ça, personne n’avait songé à faire évaluer rationnellement les réformes précédentes. Jamais on n’avait réformé pour le citoyen. Et en fait, c’était un peu consternant, parce qu’on peut se demander vraiment à quoi certaines réformes ont servi, si ce n’est à rendre le pays encore plus compliqué, afin que tout le monde puisse ensuite se plaindre que ça ne marche pas et réclamer qu’on divise encore plus. C’est un mouvement infini que quasi personne ne remettait en cause. Sauf nous, cette fois, et c’était nouveau, et ça faisait du bien.

Les jeunes flamands qui étaient là étaient souvent du même avis. Pas toujours, mais souvent. Eux, les réformes, ils veulent bien, mais ils ont surtout envie que ce soit efficace. Régionaliser un truc juste pour régionaliser, c’est ridicule, si on leur prouve que ça peut marcher au niveau fédéral, alors why not, en fait. C’est un truc du passé, le communautaire, m’a dit Sven, un Gantois à lunettes sympa. Mais il faut convaincre les vieux, qui sont encore dans des combats identitaires démodés et sentant un peu le renfermé.

Bien sûr, certains nous voyaient tous comme de grands naïfs. Le truc avait un peu démarré entre les ricanements de quelques politiciens professionnels, comme si on nous avait donné un jouet. Eh bien, contre toute attente après trois années de débats passionnés dans tout le pays, la Convention a fini par accoucher d’une proposition de refonte de la Constitution!

On y propose des ajouts novateurs, comme le référendum. Mais attention : pas un bête référendum à pile ou face comme le Brexit ; plutôt un truc à l’irlandaise (oui, ce que les Irlandais ont réussi sur la question de l’avortement), où une question ne pouvait être posée par référendum que si le référendum était la fin d’un processus. La question devra d’abord être approuvée par une commission de la Chambre ou proposée par un grand nombre de citoyens ; elle ne pourra pas être contraire à la Convention européenne des droits de l’homme ; et elle devra faire l’objet d’un processus citoyen délibératif, avec assemblées et discussion, pendant au moins un an. De quoi éviter les campagnes trop émotionnelles.

On a aussi proposé la fédéralisation de quelques compétences, pour qu’on soit obligé d’avancer ensemble sur des sujets sur lesquels on n’avance plus correctement : le climat, la santé, les transports… Il y a même un projet de circonscription fédérale ! On a aussi rafraîchi la Constitution sur plein d’aspects vieillots.

La Convention a remis son projet de nouvelle Constitution à la Commission des réformes institutionnelles. La Commission a approuvé le projet, c’est-à-dire qu’elle a approuvé la liste des articles à réformer (presque tous, en fait, puisque c’est un grand nettoyage). Bien sûr, tous les partis ne sont pas ravis, mais il y a une majorité ! Et donc la Commission a approuvé la liste ! C’est cette liste qui est soumise en plénière à la Chambre ; si elle l’approuve, et que le Sénat et le Gouvernement le font aussi, alors le Parlement est dissous, et une campagne électorale démarre, avec comme objet notre nouvelle Constitution ! Comme ça la nouvelle Chambre qui sera élue sera pleinement légitime, et pourra approuver la nouvelle Constitution le plus simplement du monde.

Bon, ça c’est le scénario idéal, mais franchement on y croit. Il faut dire que, durant cette histoire de Convention, l’ambiance s’est nettement améliorée. Comme il y avait un processus citoyen en cours, et qui prenait son temps, l’atmosphère politique s’est détendue.

Parce que pendant ce temps-là, finalement, une fois la Convention lancée, un gouvernement a pu se mettre en place dès septembre (il paraît que c’est pas trop mal comme délai, si on compare aux fois d’avant, d’après mon paternel). Il a pris une série de mesures intéressantes (ben oui, tout ne peut pas et ne doit pas être changé dans la Constitution, hein). Notamment sur le climat : on a programmé la fin des voitures-salaires (il paraît qu’elles coûtaient plus de trois milliards), mais en atténuant les effets pour les travailleurs qui en bénéficient, grâce à un impôt sur le travail allégé et un petit impôt sur les revenus du patrimoine, les GAFAS et les transactions financières. Les régions ont aussi lancé un plan massif d’isolation des logements.

Et puis surtout, au rayon climat, la Belgique a pris le lead d’un partenariat européen tout neuf : le marché commun du renouvelable. C’est une idée aussi simple que géniale : on mutualise le soleil des Espagnols, le vent des pays du Nord, les autres énergies renouvelables d’un peu tout le monde au sein d’un même marché. Comme ça, quand il fait beau en Espagne, tout le monde peut profiter de son énergie solaire, transportée par câbles à haute tension. La Belgique a convaincu les autres pays parce que tout le monde se rendait compte que, à force de ne vouloir que du renouvelable tout en supprimant le nucléaire (ce qu’on va vraiment faire : on ferme la dernière centrale l’année prochaine, yes !), il allait y avoir un gros problème de rupture de charge, que même les Écolos ne peuvent pas résoudre tout seuls : l’électricité, tu dois la consommer tout de suite. Et comme en Belgique, on n’a pas beaucoup de soleil, ni beaucoup de place pour les éoliennes, mais qu’on est au centre de tout, et qu’on a un réseau diplomatique assez fort, le Gouvernement s’est dit qu’il allait lancer ça, un peu comme la CECA ou l’Euratom dans les années 50. Ça marche du tonnerre, si j’ose dire, et en plus le projet européen en avait bien besoin.

Du coup, dans cette vague un peu écolo, d’autres projets ont connu une belle accélération, dans les transports par exemple. Là il y a même eu quelques petits miracles – et ça, ça calme un peu tout le monde, surtout ici à Bruxelles. Miracle n°1 : on a un RER qui fonctionne ! On n’y croyait plus (mon père disait que le projet datait d’avant ma naissance et qu’il serait fini après sa mort, il a eu tort finalement, ouf). Et puis, un truc incroyable : on va inaugurer la ligne 3 du métro d’ici quelques semaines. Parce que le Nord de Bruxelles est en explosion démographique, et que les gens s’entassent tous les jours dans des lignes de tram et de bus surchargées. Comme ce dossier prenait trop de temps, juste après les élections de 2019 toutes les autorités se sont mises autour de la table. Parce qu’en fait ce qui prend du temps ce n’est pas tellement les consultations des riverains ou creuser le tunnel, c’est toutes les procédures entre les deux. Alors tout le monde en a eu marre, l’un des partis a dit qu’il était possible de faire ce métro en cinq ans, et finalement ils l’ont fait !

Et puis ce gouvernement a quand même réussi autre chose : il y a enfin un discours positif sur les migrants, et des actes qui vont avec ! Pendant des années, la migration c’était un champ de mines. On avait des hommes politiques qui jouaient sur les peurs des gens, qui voulaient nous transformer en forteresse, enfermer les familles avec enfants, renvoyer chez eux des citoyens qui risquaient d’être torturés… Il fallait un gros changement, et objectivement on l’a eu. D’abord la nouvelle ministre de l’asile et de la migration a aussi reçu la coopération au développement : ça a tout changé, car la migration n’était plus le job de l’adjoint du ministre de la police, comme avant, mais était une compétence ouverte sur la complexité du monde. Puis elle a dit très vite que, quelles que soient les difficultés et les dilemmes, les droits fondamentaux seraient la priorité numéro un. Et donc ils ont tout de suite mis fin au programme des unités familiales (ces lieux où on pouvait enfermer des familles avec enfants), ils ont inscrit dans la loi des critères de régularisation et l’interdiction de renvoyer des gens là où ils pourraient être maltraités. Et puis ils ont décidé d’ouvrir le chantier de la migration économique : pourquoi, au fond, les malheureux qui viennent ici en franchissant des frontières illégalement ne pourraient-ils pas avoir leur vraie chance ? Le Gouvernement a ouvert un canal de migration économique sur base d’une green card attribuée par tirage au sort. On délivre 10.000 visas par an comme ça. Et comme tout le monde peut participer, il y a un sentiment de justice qui n’existait pas avant. Et la migration illégale a baissé, du coup. Ils ont même annulé les deux projets de centre fermé qui étaient en cours.

La fête au Parc royal continue, mais je suis allée voir l’approbation de la liste en plénière. Depuis les tribunes de la Chambre (les huissiers commencent à avoir l’habitude, ils me laissent passer), j’ai pu assister au vote. Ça y est, la Chambre a voté sa liste d’articles. Comme le Sénat et le Gouvernement vont sûrement confirmer la même liste, ça veut dire que les élections vont avoir lieu et porter sur la nouvelle Constitution. J’en suis heureuse, bêtement. Parce que c’est un travail abouti. Parce qu’on a pu prouver que la démocratie, ce n’était pas que des slogans, des politiques dépassés, ou des cris dans la rue. C’est de la coopération, de la discussion, de la sueur et beaucoup de temps. Et quand il y a assez de bonne volonté, ça marche.

Je prends le tram pour rentrer vers mon kot. Je passe devant la place Poelaert ; les échafaudages du Palais de Justice ont été enlevés la semaine dernière. Ça fait tout drôle, ça fait des dizaines d’années qu’ils étaient là. Je ne l’avais jamais vu sans. Il y a encore des badauds qui s’arrêtent pour mieux voir ce Palais – ou pour enfin le contempler. Ça aussi, c’est plus qu’un symbole. Le gouvernement a décidé que la Justice serait une priorité, et il a trouvé les moyens de la refinancer. Du coup, il y a un peu plus de juges (notamment dans les affaires financières, ce qui a rapporté un peu plus d’argent, c’était pas bête). Et du coup ils ont fini les travaux de la coupole. On n’a plus les échafaudages les plus célèbres du monde. Le palais resplendit, il paraît fort, démesuré, comme posé depuis le ciel sur une montagne. Posé comme la cerise d’un improbable gâteau – ma ville, mon pays – souvent malmené, souvent excessif, crevant souvent de ses propres lourdeurs et de ses pesanteurs, et pour une fois, massif et fier.

Aujourd’hui, il fait beau, la démocratie bat son plein, le palais de justice s’est défait de ses absurdes grillages, il y a un peu moins de gens qui dorment dans les rues. Tout n’est pas parfait. Mais tout est clairement un peu plus juste.

#13. Bruxelles, ma belle, ses fractures

brussels

Sur le site Brussels, a lovely Melting-pot, on peut découvrir une série de cartes de Bruxelles fascinantes, montrant la diversité des nationalités de ses habitants.

La dernière carte disponible, en particulier, est frappante : en bleu, les ressortissants européens dominent le sud-est ; en rose, les personnes de nationalité maghrébine se concentrent dans ce qu’on nomme couramment le croissant pauvre à l’ouest, tandis que les Turcs, en jaune sont massivement présents à Saint-Josse.

Si on superposait cette carte aux indicateurs socio-économiques, on constaterait que ce clivage par nationalité recoupe largement le clivage entre riches et pauvres. Bien sûr, les nationalités étrangères ne sont qu’un indice partiel de la diversité des habitants – il y a aussi les Belges et leurs origines – mais elles donnent une idée intéressante d’un état de fait : les communautés de nationalités étrangères vivent dans des parties très différentes de la ville, et ne se mélangent que peu.

En d’autres mots : Bruxelles est une ville clivée en plusieurs morceaux et d’habitants qui ne circulent que peu. Et cela est très inquiétant.

Je suis né dans cette ville et y ai vécu la plus grande partie de ma vie. J’ai habité dans des communes très différentes : Woluwé-Saint-Pierre, Uccle, Laeken et Evere. J’ai pratiquement toujours travaillé au centre-ville de Bruxelles, ou à Molenbeek. Je pense connaître un grand nombre de quartiers et je me sens partout chez moi. Mais les faits sont là. Nous évoluons tous dans plusieurs villes différentes qui se superposent :

  • Celles des Belges qui n’ont pas d’ascendance étrangère récente, blancs, présents un peu partout dans la ville, mais surtout dans le Sud et l’Est ;
  • Celle des personnes étrangères ou d’origine étrangère, massivement présents dans l’est de la ville et le centre ;
  • Celles des Européens, généralement proches des institutions de l’UE, qui peuplent les beaux quartiers du Sud, de l’Est et de la périphérie.

J’ai grandi dans des quartiers considérés aujourd’hui comme privilégiés, où même le traditionnel épicier arabe ou paki du coin étaient une rareté. J’ai habité et travaillé dans des quartiers dits difficiles – je me souviens notamment de ce jeune de Molenbeek, rencontré lors de mon passage dans l’aide à la jeunesse, qui me disait avoir rencontré son premier blanc à 18 ans. J’ai travaillé dans les quartiers impersonnels du centre-ville. J’ai vu et croisé mille visages différents de cette ville que j’aime, mais dont je dois bien reconnaître que, à part certains quartiers qui subsistent comme des lieux de passage permanents, comme le centre-ville ou le parvis de Saint-Gilles, les habitants ont une tendance à rester dans leurs zones de confort, au propre comme au figuré.

L’inquiétant dans la situation est que cette parcellisation n’évolue que peu ; les personnes précarisées restent dans les mêmes quartiers dont elles n’ont pas les moyens de partir. Quand elles les obtiennent, elles ne restent en général pas là mais vont s’installer vers des quartiers plus riches – ou partent de Bruxelles, qui se voit peu à peu privée de ses classes moyennes, avec les conséquences néfastes que ce cercle vicieux génère pour les finances d’une Région qui, en outre, accueille des centaines de milliers de navetteurs chaque jour.

Quelles réponses politiques apporter à cette parcellisation ? Elles sont évidemment multiples.

Il y a évidemment l’emploi, et singulièrement l’emploi des jeunes. Même si de grands progrès ont été accomplis sous cette législature – notamment grâce à l’action du ministre Didier Gosuin -, nous devons concentrer nos forces sur la qualification, la formation tout au long de la vie, l’apprentissage des langues. Plus les jeunes citoyens auront d’armes, plus ils pourront choisir leur avenir.

Il y a les transports ; la ville soit aussi se décloisonner de l’intérieur. En 20 ans, Bruxelles a connu un accroissement de population équivalent à la ville de Gand. Or la dernière station de métro a été inaugurée en 2006. Nous manquons cruellement d’un réseau terminé et efficace, qui devrait compter non seulement un métro Nord-Sud efficace, mais aussi quatre lignes qui ajoutent de la transversalité à la ville.

Et il y a la rénovation des quartiers, l’isolation des logements, les espaces verts, la construction d’écoles, la lutte contre les discriminations et les replis identitaires… des chantiers gigantesques pour lesquels nous avons besoin de visionnaires, et non plus simplement de gestionnaires. La justice sociale, fiscale et économique doit aussi se faire par une plus grande mixité sociale.

En ce sens, tous les projets urbanistiques qui permettent aux différentes parties de la ville de se connecter – qu’il s’agisse d’une ligne de métro ou d’un piétonnier – ne doivent pas être vues simplement comme des aménagements de territoire ; ils dessinent aussi l’avenir d’une ville.

#12. J’aurais voulu être un artiste (ou pas)

scene-theatre

Cette semaine, j’aurai la chance de participer à Genève au salon du livre, dont la Fédération Wallonie-Bruxelles et ses auteurs sont les invités d’honneur. J’ai été sélectionné avec une série d’autres auteurs pour prendre part à l’événement.

Car oui, dans les interstices de ma vie parfois baroque, je suis aussi un auteur. A un niveau bien plus modeste que mes collègues, mais un auteur quand même. Auteur d’essais de philosophie pour l’essentiel, certes, mais aussi co-auteur d’une bande dessinées sur les droits de l’homme, et co-réalisateur de plusieurs films documentaires. J’ai aussi eu l’occasion de collaborer à l’écriture d’une pièce de théâtre nommée Xaar Yalla.

Je connais aussi le monde culturel pour avoir fréquenté ou siégé dans les organes de nombreux théâtres ou structures : Théâtre National, Charge du Rhinocéros, Article 27, Botanique…

Toute ma vie, j’ai travaillé de près ou de loin avec des artistes. C’est un lien dont je ne me pourrais pas me passer sur le plan intellectuel et humain. J’y compte parmi mes meilleurs amis.

Pour avoir partagé occasionnellement leur travail ou leur vécu, je pense pouvoir témoigner d’une expérience concrète des difficultés qui sont les leurs au jour le jour. Cette difficulté, singulièrement pour les artistes de scène, est de nature administrative et sociale : l’État les voit d’abord comme des personnes ne travaillant pas entre deux contrats, donc comme des chômeurs améliorés. Eux se voient comme porteurs de sens, de lumière, estiment endosser un rôle important dans la société, qui doit se voir reconnaitre sa spécificité par une protection accrue vis-à-vis de la précarité.

Et ils ont raison.

Il y a quelques années, en tant que chroniqueur pour la Première, je publiais un texte intitulé « J’aurais voulu être un artiste… ou pas ». J’en reproduis un long extrait ici, parce que je pourrais en réécrire chaque ligne aujourd’hui encore (et puis, bon, c’est mon texte, après tout…) :

« Dans la velléité de limiter les droits des artistes, il y a un sous-entendu : les artistes énervent. Ils énervent parce qu’au fond, tout le monde aurait bien voulu être un peu artiste. 

Et les gens qui vivent leur passion jusqu’au bout et qui s’en donnent les moyens, ça énerve tous ceux qui voudraient bien, une fois de temps en temps, tout plaquer, crier leur rage contre l’univers, chanter leur vie. Déjà que la plupart de gens se traînent tôt le matin vers un boulot qu’ils n’aiment pas. 

Alors quoi ? Il faudrait en plus cotiser pour permettre aux artistes de s’amuser et de refaire le monde sur scène, en sessions de studio, entre deux concerts ou deux chapitres d’un roman rédigés en peignoir de bain un café à la main ? Alors que la culture est déjà un domaine ultra subventionné ? Alors qu’on sue déjà pour les chômeurs, les prépensionnés et les demandeurs d’asile ? Alors que c’est la crise ? On doit aussi cotiser pour nourrir des bourgeois-bohèmes qui, en plus d’être heureux, sont imbus de leur soi-disant talent et nous assomment de leurs perpétuels messages subversifs ?

C’est peut-être dans ce discours larvé, rarement exprimé comme tel mais bien présent, que réside le malentendu. Des artistes, j’en connais un certain nombre. Je n’en connais aucun qui soit réellement à l’aise avec ce statut dont l’idée est, après tout, de vous faire dépendre d’allocations de chômage entre deux contrats, dans un lien entre emploi et culture qui n’a rien d’évident. 

Je n’en connais aucun qui soit capable de faire correspondre exactement une période de création artistique, quelle qu’elle soit, avec une prestation relevée sur une fiche de paie. Je n’en connais aucun qui n’ait jamais oscillé un jour entre culpabilisation et interrogation sur la manière d’accorder son talent avec les miettes de reconnaissance offertes par la société. 

On a parfois l’impression que les autorités – et derrière elles le public – raisonnent comme s’il n’y avait que d’un côté des stars, de l’autre des profiteurs organisés. Bien sûr, ces deux groupes existent. Mais l’immense majorité n’est ni d’un côté ni de l’autre. Les artistes sont objectivement difficiles à faire rentrer dans les clous parce qu’ils ont choisi une vie hors des clous. 

L’esquisse pastel de l’artiste bohème mérite d’être quelque peu grisée. Se lancer dans une carrière d’artiste c’est en général faire le choix d’une vie précaire faite de bouts de ficelles et sans garantie. Le succès est un menteur aléatoire. Il bénit les médiocres et ignore les génies avec la même énergie.

Oui, les artistes sont bel et bien des travailleurs, et cela ne les empêche pas de prendre régulièrement du plaisir à ce qu’ils font. Certes, il y a des moments jouissifs où l’adrénaline d’un succès ou d’un échange réussi vous gonfle la poitrine à l’hélium… 

Mais pour ces quelques instants fugaces, que de souffrances. Car créer c’est bel et bien souffrir. C’est se forcer à sortir ses tripes, à percer une barrière de pudeur, un hymen d’humilité qui vous pousse à sortir sur l’espace public et à vous proposer en représentation de vous-même. C’est oser assumer cette incroyable prétention d’être assez talentueux pour amuser les gens, les émouvoir, les distraire ou les faire réfléchir. 

C’est prendre ce risque magnifique de ne pas avoir de succès, de constater que partager un univers, donner vie à ce qui sort du fond de vous, ne parle en fait à personne d’autre que vous. C’est oser jongler avec son ego comme on jongle avec une grenade à fragmentation. Bref, créer c’est d’abord se faire mal.

Alors d’accord, sans doute gagnerait-on à ce que le système soit plus juste. Sans doute faudrait-il faire davantage concorder ce statut avec la réalité de la création. Sans doute gagnerait-on à glisser de l’obligation de moyens – rechercher un job – vers celle de résultats – qu’ai-je créé ou interprété durant telle période -, en valorisant mieux l’initiative. Mais le statut d’artiste, dans son principe, c’est la prime de risque que la société accepte de payer à ses garde-fous. Ça ne paraît, de ce point de vue, pas si cher payé. »

Aujourd’hui, j’ai la perspective de pouvoir œuvrer plus concrètement à l’élaboration d’un statut d’artiste digne de ce nom. Que propose Défi sur le statut d’artiste, pour ces élections du 26 mai ? D’abord, la formation que j’ai rejointe ne m’a pas attendu, heureusement, pour s’intéresser au sujet. DéFI a déposé un texte au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui a été rejeté par la majorité. En outre, à la Chambre des représentants, DéFI a cosigné des propositions de loi visant à améliorer le statut des auteurs.

Nous plaidons pour la mise en place d’un statut simplifié et viable qui permette aux artistes de la Fédération Wallonie-Bruxelles de vivre correctement. Il est nécessaire d’apporter des modifications au régime actuel : assouplir l’entrée dans le statut d’artiste, l’élargir à un plus grand nombre, accentuer la protection des artistes, ou encore corriger les critères permettant de bénéficier des avantages liés au statut.

Nous proposons que l’ONEM, en dialogue avec les fédérations professionnelles, les Communautés et les Régions, définisse les fonctions artistiques et techniques en accord avec la nature réelle de l’activité exercée par le travailleur, clarifie et harmonise les règles, en les rendant plus conformes à la réalité des situations.

DéFI souhaite aussi promouvoir une politique d’emploi artistique volontaire et ambitieuse. Les structures artistiques consacrent une part trop grande des montants alloués au secteur culturel à des tâches administratives ou purement techniques alors que la part revenant directement à la création et aux artistes évolue négativement. DéFI propose donc d’imposer une obligation d’emplois dans les contrats-programmes quinquennaux.

A l’instar d’autres dossiers qui me sont chers, comme le cours de philosophie et d’histoire des religions, le statut d’artiste fait partie de ces sujets qui n’apparaissent jamais comme prioritaires, s’évanouissant dans l’écume des jours. Je m’engage à le maintenir à l’agenda jusqu’à ce que soit trouvée une solution à la hauteur de l’engagement de celles et ceux qui marquent nos imaginaires en peuplant nos scènes.

#11. Le cours commun de citoyenneté, de philosophie et d’histoire des religions est en enjeu de société capital

philo

Ceux qui me connaissent un peu le savent : c’est un dossier qui me tient à cœur depuis très longtemps. Bien qu’il n’en ait pas l’air, je pense même que c’est l’un des dossiers les plus importants de l’agenda politique. Qu’il justifierait à lui seul de se lancer en politique et faire bouger les lignes. Car, au-delà des polémiques et des difficultés administratives, il concerne directement notre vivre-ensemble et l’avenir de notre société. Il peut accomplir le travail de plusieurs dispositifs de lutte contre le racisme et les préjugés, et remplacer tous les forums ou assises de la diversité ou d’interculturalité possibles et imaginables.  Il incarne à lui seul une valeur forte de laïcité, de manière positive. J’ai nommé : le cours commun de citoyenneté, de philosophie et d’histoire des religions.

Défi propose, sur base du cours d’une heure existant depuis cette législature, de passer à un cours commun de deux heures de citoyenneté, de philosophie et d’histoire des religions dans l’enseignement officiel, en lieu et place des cours dits philosophiques actuels. Les écoles pourraient toutefois continuer à dispenser les anciens cours de morale et de religion, sur base facultative et en-dehors du cadre horaire, si les demandes des parents le justifient (la Constitution impose l’organisation de ses cours par les écoles, mais pas l’obligation de les suivre par les élèves).

Pourquoi ce cours ?

Il faut d’abord expliquer pourquoi un tel cours est important, et en quoi le système actuel montre ses limites, malgré l’avancée réelle qu’a constitué l’apparition d’une première heure. Le débat récurrent sur la philosophie à l’école déchaîne les passions et n’évolue que laborieusement ; et pourtant, il s’agit là d’un élément capital pour le vivre ensemble, bien plus important même que les polémiques récurrentes sur les signes convictionnel (même si je ne les néglige pas). Si l’on souhaite lutter à la fois contre le racisme et contre le repli identitaire, il ne faut pas se contenter de débattre de mesures d’autorisation ou d’interdiction de signes religieux ou convictionnels ; il faut s’intéresser aux causes qui poussent à se revêtir de signes ou à les rejeter, il faut confronter les opinions et les expériences, il faut forcer les mélanges et les rencontres, et les occasions pour les uns et les autres de connaître mieux la religion ou la conception philosophique de son voisin. Si on n’investit pas là-dedans, si on se contente de déclarations matamoresques sur les burkinis dans les piscines, on peut se faire plaisir un temps, on peut croire qu’on remporte une « victoire » dans un sens ou l’autre, mais en réalité, sur le long terme, on perd la bataille des idées parce qu’on se contente de braquer les positions et qu’on ne se donne pas les outils utiles pour faire évoluer les mentalités. Or, faire évoluer les mentalités, notamment celle qui fait en sorte que l’attachement à une religion est ressenti comme si fort qu’il doit prévaloir sur tout le reste, cela reste très difficile parce que nous avons un enseignement qui empêche structurellement cette rencontre, puisque le seul cours dédié spécifiquement aux questions essentielles est un filtre qui sépare les élèves selon leurs convictions ou celles de leurs parents.

D’abord, en effet, la plupart des élèves de rhétorique sortent de l’école sans aucune notion de philosophie ou d’histoire de la pensée, ce qui est pratiquement unique en Europe et constitue déjà un scandale. En effet la philosophie n’est pas un contenu, c’est une boîte à outils qui aide au décentrement, à la comparaison, à la nuance, à l’empathie et à l’écoute du point de vue de l’autre – et on voit à quel point on peut parfois en manquer. Mais en plus, l’organisation des cours de religion et de morale établit un processus unique de différenciation des élèves, en scindant la classe durant le seul cours portant précisément sur les questions essentielles pour regrouper les élèves en fonction de leur appartenance spirituelle ou laïque, ou celle de leurs parents. Autrement dit, un système paradoxal où, au nom de la pluralité, au nom de la pluralité on isole les cultures « dans leur coin », de manière hermétique, à l’heure où plus que jamais la rencontre des civilisations et des peuples est nécessaire… Comment s’étonner ensuite que, comme par hasard, des gouffres séparent les conceptions culturelles des uns et des autres ?

Philosophie, religions et citoyenneté

C’est pour cette raison qu’il nous faut un cours plein de deux heures qui supprimerait ce cloisonnement et proposerait, au bénéfice de tous les élèves, un bagage philosophique et spirituel commun. Un tel cours nouveau devrait non seulement être commun, c’est-à-dire accepter de mélanger les élèves, mais intégrer une triple facette : philosophie, citoyenneté et histoire des religions.

Pourquoi de la philosophie ? L’apport prédominant de la philosophie ne réside pas dans son contenu épistémologique, mais dans les outils de réflexion qu’elle propose. Il ne s’agit pas d’apprendre à penser, ni de donner un simple cours de contenu sur Platon ou Aristote, mais d’enseigner à manier des concepts, à examiner les choses de manière analytique ou synthétique, à proposer des grilles de lecture, bref à utiliser de manière générale et intellectuelle des méthodes que l’on retrouve dans bien d’autres domaines, à commencer par les mathématiques, les sciences sociales ou physiques. C’est dire qu’un peu de philosophie ne peut faire de tort à personne. Dans une société en manque de repères, dominée par l’immédiateté de l’information, la compétitivité et la globalisation des messages, offrir aux jeunes adultes toutes les clefs possibles pour se construire une personnalité en accord avec leurs aspirations personnelles et la complexité du monde est essentiel.

Pourquoi des religions ? Si l’apprentissage de cette philosophie s’accompagne d’une initiation à l’histoire des principales religions et doctrines spirituelles, on franchit en plus un cap primordial en termes de contenu. Fournir des outils est une chose ; ouvrir au monde en est une autre. L’être humain a toujours eu besoin de repères qui le dépassent, d’un horizon à l’avant-plan duquel il peut se figurer, d’un ciel rempli d’étoiles qui soit pour lui autre chose que le vide de l’espace. Même d’un point de vue athée, cette spiritualité est respectable et est une composante essentielle de notre humanité. L’histoire des êtres humains est indissociable de celles des idées, cultes et idéologies dans lesquelles ils se sont investis au cours des siècles. Pour cette simple raison, pour mieux nous connaître, l’histoire comparée des religions est un complément indispensable à la philosophie. La différence avec le système actuel, c’est qu’au lieu d’avoir un enseignement d’une religion destinée à un groupe de croyants au sein de l’école, vous auriez l’enseignement d’un bagage commun sur toutes les religions destiné à tous les élèves ; un monde où chaque élève, à 18 ans, saurait ce que c’est que l’Évangile, le Yom Kippour ou les cinq piliers de l’islam serait un monde où les tensions identitaires seraient moins fortes et dans lequel, à la fois, les religions feraient moins peur et où l’idée de laïcité serait mieux acceptée et mieux comprise. Il existe un bagage spirituel et philosophique commun de l’humanité, et je pense que l’aborder à l’école est un bon moyen que les petites identités religieuses ou culturelles ne servent pas de refuge identitaire plus tard, au point de devoir prévaloir, dans le chef de certains, sur tout le reste. Pour le dire autrement, un cours commun de philosophie et d’histoire comparée des religions permettrait non seulement de réduire le besoin et les marques de repli identitaire, mais permettrait aussi de faire baisser la tension autour de ces questions. Imaginons les débats d’actualité, imaginons les préjugés qui pourraient être ainsi démontés, à un âge où l’esprit critique se forme de manière décisive ! Un tel cadre ne constituerait-il pas une meilleure prévention contre les petites intolérances de tous les jours qui se trouvent aiguisées dans le climat actuel ?

Enfin, ce cours l’endroit où doivent se traiter les questions de citoyenneté et de démocratie, si précieuses dans le monde d’aujourd’hui : droits humains, débats sur les valeurs, justice, égalité entre hommes et femmes, évolutions numériques… Il s’agira ici de promouvoir l’esprit critique en toutes circonstances, en encourageant la prise de parole par les élèves, le débat, l’écoute d’arguments et la construction d’esprits libres, indépendants et critiques.

Les mentalités ont à présent suffisamment évolué pour permettre d’envisager de sauter enfin définitivement ce pas, en portant ce cours à deux heures et en en faisant une référence majeure du vivre ensemble en termes de contenu. Défi portera ce dossier essentiel.

 

 

#7. Mettez-nous au Défi!

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Une élection, c’est d’une part des idées, comme celles que j’expose sur ces pages, et comme celles qui animeront toute la campagne.

De l’autre, c’est aussi des êtres humains, des candidats qui se lancent, s’exposent, prennent un certain risque. De nombreux citoyens regrettent parfois la personnalisation trop forte de la politique; mais elle est en partie inévitable. On ne vote pas pour des abstractions, mais pour des êtres humains. On ne peut jamais délier tout-à-fait l’un de l’autre. Inévitablement, on vote toujours pour des personnalités et des idées en même temps. A nous de faire en sorte que les idées les meilleures s’incarnent dans les profils les plus cohérents et justes.

Notre liste fédérale à Bruxelles est jeune, novatrice, largement issue de la société civile… et celles et ceux qui seront élus honoreront leur mandat à 100%. Mais au fait, qui sont-ils/elles ?

Pour faire connaissance avec nous, nous vous proposons d’inviter chez vous (avec votre accord!) l’un ou l’une d’entre nous. Il suffit de nous écrire sur metteznousau@defi.eu

De quoi s’agit-il ?

Les candidats de la liste fédérale s’invitent chez vous ! Parlons ensemble des sujets-clefs de la Belgique fédérale de demain, écoutons-nous, débattons, et refaisons de la politique dans son sens le plus noble et le plus direct.

Où ?

Chez vous ou l’un vos amis, qui accepte l’idée d’accueillir un candidat une bonne heure autour d’un verre, dans l’une des 19 communes de la Région de Bruxelles-Capitale ou des six communes à facilités.

Quand ?

Entre le 10 avril et le 24 mai, en semaine, entre 18h et 20h, selon demandes et disponibilités.

Comment, combien ?

Par groupes entre 5 et 15 personnes, pour conserver la faculté d’échanger.
Le candidat Défi expose les priorités du sujet choisi en une vingtaine de minutes maximum, puis le débat se lance avec les citoyens.

Qui ?

Nous sommes cinq premiers de liste ayant de nombreux points communs : nous sommes relativement jeunes, ne sommes pas des mandataires sortants, et avons une expérience acquise dans la société civile, que nous avons apportée à DéFI pour construire son programme.

Nous nous sommes donc réparti les sujets sur lesquels intervenir :

1 – François DE SMET

Philosophe et essayiste, directeur sortant de Myria (centre fédéral Migration), François aligne un profil à la fois intellectuel et engagé dans la société civile. Son parcours témoigne d’une forte volonté de réconcilier les citoyens et la classe politique, et de s’investir dans une meilleure gestion du vivre-ensemble.

2 – Sophie ROHONYI

Juriste de 31 ans, Sophie travaille depuis 4 ans et demi comme collaboratrice parlementaire d’Olivier Maingain au Parlement fédéral. Ses thématiques de prédilection sont la justice, l’immigration, la politique carcérale, l’égalité hommes/femmes, la lutte contre les discriminations, les questions éthiques, la laïcité… sujets sur lesquels elle travaillait déjà lorsqu’elle était dans le secteur associatif, au Centre d’Action Laïque. Sophie est également présidente de DéFI pour la périphérie bruxelloise et conseillère communale à Rhode-Saint-Genèse.

3 – Jonathan DE LATHOUWER

Ingénieur civil de 27 ans spécialisé dans les énergies, Jonathan a débuté sa carrière chez Tractebel-Engie. Après avoir acquis de l’expérience au sein du milieu associatif, via la création du Cercle Judéo-Musulman pour l’Amitié et le Dialogue en 2011, en tant qu’administrateur de l’Union des Anciens Étudiants de l’ULB de 2014 à 2018, ou bien en tant que vice-président du Comité de Coordination des Organisations Juives de Belgique depuis 2015, il poursuit aujourd’hui son engagement pour le bien commun.

4 – Myrna NABHAN

Myrna est politologue, réalisatrice et consultante spécialisée dans les questions internationales. Elle est également co-fondatrice de Missaly, une asbl bruxelloise axée sur la pédagogie entrepreneuriale, l’éducation et la diversité.

5 – Pascal DUJARDIN

L’engagement en politique de Pascal est une manière de poursuivre son engagement citoyen comme chef d’entreprise dans la mise à l’emploi, l’insertion sociale (ALE, missions locales), la défense des indépendants et des commerçants bruxellois (administrateur-délégué UCM Bruxelles et chez BECI) et la justice. Ses valeurs: entreprendre-solidarité-justice.

Les sujets:

François De Smet : migration, gouvernance, institutionnel justice
Sophie Rohonyi : justice, droits fondamentaux, discriminations, santé
Jonathan De Lathouwer : climat, énergie, cohésion sociale, vivre-ensemble
Myrna Nabhan : relation internationales, éducation, diversité
Pascal Dujardin : économie, emploi, formation, défense, santé
Nous serons aussi accompagnés le cas échéant d’un autre membre de notre liste, qui regorge de talents.

Intéressé(e) ?

Prenez rendez-vous et adressez votre demande via metteznousau@defi.eu en précisant :

Le sujet que vous souhaitez aborder
Le jour et l’heure souhaitée, avec un horaire alternatif
L’adresse précise
Une confirmation vous sera envoyée dès que possible.

 

Annexe: Liste fédérale complète

Effectifs

 

1 François DE SMET de.smet.francois@gmail.com

Docteur en philosophie, essayiste

 

2 Sophie ROHONYI srohonyi@defi.eu

Attachée parlementaire, conseillère communale

 

3 Jonathan DE LATHOUWER jonathandelathouwer@gmail.com

Ingénieur

4 Myrna NABHAN mnabhan@defibruxelles.eu
Réalisatrice, consultante politique

 

5 Pascal DUJARDIN pascal.dujardin@me.com
Chef d’entreprise

 

6 Emel DOGANCAN KOTAOGLU emelkotaoglu@hotmail.com

Superviseur et déléguée syndicale CSC conseillère communale, conseillère de la zone de police

 

7 Mustafa YAMAN yaman@cianointernational.it

Ouvrier

 

8 Gisèle ABBOUD giseleabboudmbayoko@gmail.com

Spécialiste santé

 

9 Alexandre DERMINE adermine@defi.eu

Chef de cabinet de Fabian Maingain, échevin à la ville de Bruxelles,  conseiller communal

10 Marie-Paule TSHOMBE mptshombe@yahoo.fr

Employée, Conseillère communale, conseillère de Police de la zone Montgomery, membre des Commissions échevinales.

11 Fabre DELFOSSE fabre.delfosse@gmail.com

Consultant en gestion de la qualité

12 Jeannine CRUCIFIX jcrucifix@auderghem.irisnet.be
Echevine

 

13 Pierre BOLLY pierre.bolly@yahoo.fr

Enseignant

 

14 Anne-Rosine DELBART delbart.annerosine@gmail.com

Première maître de langue chargée de cours  à l’ULB, conseillère communale.

15 Valérie GEEURICKX valeriegeeurickx@gmail.com

Cheffe d’entreprise et conseillère communale

Suppléants `

 

1 Delphine DE VALKENEER delph_val@hotmail.com

Echevine

 

2 Cédric DE COCK cedricdecock@live.be

Chef d’entreprise, conseilleur communal

 

3 Shadi FARKHOJASTEH shadi.farkhojasteh@gmail.com

Travailleuse sociale

 

4 Gregory BOEN boengregory@gmail.com

Employé communal et Conseiller communal à Drogenbos

 

5 Elias AMMI Elias@Ammi.be

Coordinateur de la Maison de l’Emploi de Schaerbeek, conseiller du CPAS de Schaerbeek

 

6 Laure DE LEENER laure.ldl2@gmail.com

Docteur en médecine vétérinaire, conseillère communale à Berchem-Sainte-Agathe

 

7 Grégory MATGEN greg.matgen@gmail.com

Échevin

8 Sophie DE VOS sdevos@auderghem.brussels

Bourgmestre ff

 

9 Fabian MAINGAIN fmaingain@defi.eu

Échevin à la Ville de Bruxelles

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La question climatique s’est installée au cœur de la campagne électorale. Les marches hebdomadaires pour le climat mise sur pied par les jeunes, au nord comme au sud, ont mis le monde politique devant une émotion et une demande impossibles à éluder. L’argument phare « vous ne serez plus là dans 50 ans, et nous oui, donc faites quelque chose » ne peut évidemment être laissé sans réponse.

Pourtant, il ne suffit pas d’appuyer sur un bouton ou d’adopter une loi climat (même si Défi compte parmi ses dépositaires) pour offrir une solution durable à l’enjeu climatique.

Il y a, bien sûr, les mesures que la Belgique peut et doit prendre pour elle-même, et qui se retrouvent au sein de plusieurs programmes électoraux… dont celui de Défi : isolation des bâtiments publics (logements sociaux, écoles, hôpitaux, prisons…) et privés, taxation du kérosène et du fuel maritime à l’échelle européenne, fin progressive des voitures-salaires, etc.

Mais cela ne suffira pas.

Pour rappel, le taux du renouvelable dans la consommation énergétique belge est de 9,1%. L’Europe, de manière générale, est très dépendante de l’extérieur (à plus de 50%) sur le plan énergétique. La transition écologique constitue dès lors une opportunité forte de réduire, voire de supprimer cette dépendance, qui repose essentiellement sur des énergies fossiles.

Or, si nous pouvons – et devons – limiter nos émissions de CO2 pour atteindre les objectifs des Accords de Paris, force est de constater que les possibilités topographiques de la Belgique pour produire de l’énergie renouvelable sont très limitées : notre ensoleillement est notoirement faible, et le nombre d’éoliennes efficaces possibles, en ce compris off shore, sont limités.

En revanche, nous avons un double atout : la qualité historique de notre diplomatie, et notre position géographique centrale.

Car il y a aussi l’Europe, le reste du monde, et le rôle que la Belgique peut y jouer. Et c’est là que se situe « la » proposition originale de Défi en matière de climat : créer un « traité de Rome » de l’énergie renouvelable.

Alors que la Belgique s’est récemment fait remarquer par son manque d’ambition sur le climat au niveau européen, DéFI entend faire de notre pays la cheville ouvrière de ce futur marché européen de l’énergie renouvelable. Comment ? En partageant et en mettant en réseau nos énergies renouvelables.

L’Union européenne, et l’Europe au sens large, s’étend de la Sicile au cercle polaire, et du Groenland aux îles grecques. Nos pays ont des topographies et des sources d’énergie variées, à différents moments de la journée et de l’année. Plus on souhaite augmenter la part de renouvelable dans la consommation énergétique, plus il convient de régler les problèmes d’intermittence et de faire coïncider dans le temps l’offre et la demande d’énergie. Or, les nouvelles technologies en développement, telles les lignes haute tension en courant continu, permettent de transporter l’électricité sur des grandes distances (avec seulement 3% de perte sur 1.000 km). Cela permet d’envisager des partenariats d’un type nouveau.

Nous en appelons ainsi à la création d’un marché commun de l’énergie et du climat, sous la forme d’un nouveau « traité de Rome » qui tirerait parti de nos différences climatiques sur le plan géographique : l’Italie et l’Espagne produiraient de l’énergie solaire, envoyant de l’électricité dans un réseau européen unifié, les pays d’Europe du Nord pourraient apporter les énergies éolienne et hydraulique propres à leur topographie. Les différents pays d’Europe mutualiseraient ainsi une partie de leur production en profitant de leurs atouts respectifs.

Nous pourrions ainsi relever un triple défi : profiter de la transition écologique pour en faire à la fois une opportunité économique, une prise d’indépendance énergétique européenne, et un chantier européen nouveau, dont l’Europe a bien besoin.

En savoir plus:

– Défi souhaite l’instauration d’un « traité de Rome » pour les énergies renouvelables

– Interview de Jonathan De Lathouwer sur BX1

 Interview de François De Smet sur LN24

 

#5. Justice

échafaudages

Pour une Justice sans échafaudages

La Justice est censée assurer la Concorde sociale. Sans justice, le chaos règne et l’arbitraire fait sa loi. L’autorité judiciaire dans son ensemble veille, en principe, à ce que justice soit rendue pour tous. La Constitution, et les conventions internationales garantissent l’indépendance et le bon fonctionnement de l’appareil judiciaire. Le principe de la séparation des pouvoirs prévoit que le pouvoir exécutif et législatif ne peuvent interférer dans son exercice. Voilà des beaux principes, en notre beau pays, qui n’ont guère cours.

L’accès à la justice est devenu extrêmement coûteux. Tout a été fait, durant la dernière législature, pour réduire l’aide juridique qui doit bénéficier aux plus démunis. Les frais de mise au rôle pour introduire un dossier ont explosé. L’assurance protection juridique universelle promise depuis des lustres, permettant de bénéficier d’une couverture pour les litiges juridiques les plus courants est resté lettre morte. Beaucoup renoncent à se défendre faute de moyens financiers. Ce n’est plus un droit, c’est devenu une possibilité voire une impossibilité. Le budget consacré au bon fonctionnement de la Justice est réduit à la portion congrue et est en pourcentage du budget un des plus faibles d’Europe.

Cette indigence ne se restreint pas seulement l’accès à la justice ; elle l’atteste aussi dans le soin apporté au bâti. Les palais de Justice s’effondrent et tombent en ruine. S’y rendre devient dangereux. Y travailler une audace. L’informatisation promise n’en est qu’à ses balbutiements et est d’une complexité extrême. Le cadre des magistrats tant du siège que du Parquet ainsi que du greffe est incomplet pour des raisons budgétaires. Les dossiers sont donc traités avec grand retard. La fonction juridictionnelle est dévalorisée à l’extrême, affaiblie et privée de ses attributs. Les avocats affrontent au jour le jour des réformes qui tendent à réduire leur rôle et si possible à la faire disparaître du paysage judiciaire. La balance de la Justice est déséquilibrée et penche dangereusement du côté de l’inéquitable et de l’injustice.

Nos prisons sont en grande partie des chancres et des nids formant à la criminalité alors qu’elles devraient prôner la réinsertion et éviter ainsi les risques de récidive préjudiciables à la population. La dignité humaine y est rarement garantie. Les prisons sont surpeuplées. Le personnel est démotivé. La prison ne remplit pas ses fonctions. On vous y enferme, on vous y jette dans un cul de basse fosse et on attend que le temps passe sans rien faire avant de vous libérer. Dormez en paix bonne gens , en apparence.

DéFI entend mettre fin au désengagement dans la Justice, et propose de mettre en œuvre les mesures suivantes :

– Doubler le budget alloué à la Justice

– Réduire les freins financiers à l’accès à la justice

– Revaloriser la profession de magistrat

– Élaborer un modèle de gestion autonome des cours et tribunaux et du ministère public

– Inscrire l’indépendance et le secret professionnel de l’avocat dans la Constitution

– Evaluer la réforme des cantons judiciaires

– Investir dans la lutte contre la criminalité financière

– Concrétiser l’informatisation de la Justice

La Justice, ce sera donc l’une des priorités de DéFI, et en particulier de la jeune génération que nous représentons. Son réinvestissement constitue une condition sine qua non de la participation de DéFI à un prochain gouvernement fédéral. Nous qui n’avons jamais connu le Palais de Justice de Bruxelles et d’autres sans échafaudages. Nous qui avons pu constater que le pouvoir judiciaire reste le parent pauvre des pouvoirs régaliens, au regard des investissements faits dans la réforme des polices ou, plus récemment, dans l’achat d’avions de combat pour des montants colossaux. Nous qui considérons que la justice n’est pas un luxe, mais un socle. En la négligeant, nous ‘sapons’ les bases même du système. Cela doit cesser.

Renaud Duquesne, Sophie Rohonyi, François De Smet et Alexandra Dupire Candidats DéFI

 

#4. Impôt (et mikado)

Comme la plupart des démocraties sociolibérales, la Belgique est assise sur un pacte social implicite, mais bien réel : chacun est supposé contribuer selon ses moyens, et être soutenu selon ses besoins. La mutualisation permettant, en théorie, de maintenir la majeure partie de la population dans des conditions de vie dignes est alimentée par la création de richesses sur lesquelles est prélevé l’impôt. Les principaux courants démocratiques sont d’accord là-dessus. La ligne de combat entre partis se situe sur la frontière à déplacer entre ces principes consensuels, sur les poids à poser sur la balance : qui doit contribuer le plus, qui doit être soutenu le plus ? Selon des critères méritocratiques, égalitaires, de patrimoine, d’âge, de pénibilité, etc.?

La Belgique est une démocratie aux pouvoirs entremêlés, qui s’est construite autour de piliers, de concertations sociales et autres « groupe des dix ». Ajoutée à la complexité des institutions démultipliées par la fédéralisation d’un État qui n’a pas compensé le mouvement par des simplifications d’infrastructures, l’ensemble du paysage n’est pas comparable à une pyramide autoritaire où le sommet décide et la base exécute, mais à un relief montagneux dans lequel l’autorité est dispersée, et dont les champs où peut s’exercer une influence directe sont très limités.

Ainsi le pays se trouve-t-il pris dans un cercle vicieux : ajouter des éléments ou des mesures est facile, mais toute simplification demande des efforts surhumains. Le débat socioéconomique est dès lors comparable à un gigantesque jeu de mikado, dont l’entremêlement devient visible lorsque le contexte politique se radicalise, comme aujourd’hui. C’est ainsi que toute mesure, tout avantage social ou fiscal remplit une fonction d’équilibre et de compensation – et qu’y toucher sans faire s’écrouler l’ensemble ne demande pas seulement de l’habilité ou de la diplomatie, mais aussi des talents de prestidigitation. Ainsi en est-il des voitures de société : oui, elles coûtent un pont à l’État, mais elles existent parce qu’elles permettent un complément de salaire qui arrange à la fois l’employeur et l’employé – le système actuel est donc une conséquence de la lourdeur des charges pesant sur le travail. Ainsi en est-il de la quasi-absence de taxation des revenus du patrimoine : comme le Belge est très taxé sur son travail, un deal implicite exige de laisser en paix le fruit de ses économies. Ainsi en est-il des intérêts notionnels, construction d’une rare complexité supposée relancer l’emploi, bénéficiant dans les faits aux grands groupes possédant des écuries d’optimisateurs fiscaux : ils ont été largement présentés, et sans doute conçus à l’origine, comme une contrepartie au maintien d’un impôt des sociétés très élevé qui plombe les petits indépendants.

Les exemples sont démultipliables à l’infini. Vous voyez l’idée : tentez de simplifier les choses – en retirant un mikado – et vous vous retrouverez face au deal précédent, donc à des droits acquis – on ne parle pas ici seulement de droits sociaux : l’absence de taxation du loyer de son bien est aussi considéré, pour le propriétaire, comme un droit acquis. L’effet pervers de ce système de petits cadeaux, où l’on ajoute des mikados au cours du temps, lesquels, à terme, deviennent pratiquement impossibles à ôter, est qu’il favorise une vision de la société relativement égoïste ; les citoyens, à force de n’être traités que comme des consommateurs tributaires d’un « pouvoir d’achat », se retranchent sur leur intérêt privé et présent, et deviennent réticents, peu à peu, à l’identification avec l’intérêt général et transgénérationnel. Voilà pourquoi ce pays reste tributaire d’une solide réputation sans bornes en matière de fraude fiscale et sociale ; voilà pourquoi le consentement à l’impôt y est proche du niveau de la mer ; voilà pourquoi on ne s’émeut même plus du paradoxe qui nous fait tolérer l’incroyable écart, bien belge, entre des patrimoines privés très élevés (en moyenne et à l’échelle du monde, évidemment) et un État, sous toutes ses formes, perpétuellement surendetté tenant la sébile d’une main et le bâton de l’autre.

Or cette complexité et cette opacité finissent par constituer un véritable problème de démocratie et de gouvernance. Le mikado, dont nous sommes tous les joueurs, n’est que l’expression d’un inextricable entremêlement qui ne parvient plus à faire société. Le mikado, d’ailleurs, est invendable comme projet de société : ce n’est qu’un monstre accumulé au fil du temps par d’infinies petites lâchetés agrégées en ententes piliarisées. C’est tout le problème : nous en sommes comme prisonniers d’un inextricable Jumanji, parce que bien ténues sont les voix qui peuvent par nature s’exprimer depuis un point de vue extérieur. Il n’y aurait aucune honte, pourtant, à tenter de parler de simplification et de modélisation : non pas pour raser gratis, mais pour aider à rendre les enjeux davantage perceptibles pour nous-mêmes. Pour ramener sur la table les éléments du pacte social – à chacun selon ses besoins, et de chacun selon ses moyens – afin que le rapport de forces inhérent au débat démocratique inclue pour de bon les intérêts d’un système en train de couler lentement sous le poids de ses propres nœuds.

La politique fiscale de notre pays est donc aujourd’hui opaque et injuste : ce sont les mieux armés face à cette jungle, et ceux (particuliers comme entreprises) qui ont les reins assez solides pour se payer les meilleurs fiscalistes qui peuvent tirer avantage du système. Et tant pis pour les autres. C’est avec une telle iniquité que DéFI veut en terminer, ce qui demande une remise à plat du système.

Afin d’en finir avec cette logique de mikados, DéFI propose, dans son programme 2019, de changer de logiciel fiscal, selon les principes suivants : alléger la fiscalité sur le travail et taxer de manière juste les revenus du patrimoine (et non le patrimoine lui-même, car l’impôt sur la fortune, aussi facile soit-il à lancer en période électorale, n’est pas efficace)

  1. Nous souhaitons un allègement majeur de la fiscalité sur les revenus du travail via :
  • le relèvement de la quotité exemptée d’impôts jusque 13.670 euros, c’est-à-dire le seuil de pauvreté
  • le soulagement des niveaux de revenus bas et moyens par le passage de 4 à 6 tranches d’imposition, de manière à obtenir un impôt plus progressif et moins injuste

2. Nous souhaitons la disparition progressive des niches fiscales ayant perverti le système, tel que les voitures de société ou les intérêts notionnels

  • les « voitures-salaires » sont une catastrophe non seulement fiscale, mais aussi environnementale. Elles participent directement à la saturation de nos routes, en particulier à Bruxelles, prise d’assaut chaque jour par les navetteurs. Selon une étude publiée par l’OCDE en 2014, la plupart des pays de l’OCDE appliquent aux véhicules de société des taux d’imposition plus faibles qu’aux salaires, ce qui incite à utiliser sa voiture. La fiscalité allégée dont bénéficient les véhicules de société en Belgique équivaut à une subvention annuelle moyenne par véhicule de 2.763,00 EUR. le déficit de rentrées fiscales pour l’État belge en la matière représente un montant total de près de 3,5 milliards d’euros.
  • Quant aux intérêts notionnels, force est de constater que depuis son adoption, le dispositif n’a jamais agi contre la délocalisation de certaines activités.

3. Nous voulons renforcer la lutte contre la grande fraude fiscale

D’après nous, il convient d’engager 150 personnes pour renforcer l’inspection spéciale des impôts.

4. Nous souhaitons instaurer une taxe d’au moins 3% sur les GAFA

En collaboration avec les instances européennes, DéFI soutient l’instauration d’une taxation d’au minimum 3% sur le chiffre d’affaires des sociétés et groupes de sociétés dont le chiffre d’affaires annuel mondial dépasse 750 millions d’euros et dont les revenus au sein de l’Union européenne excèdent 50 millions d’euros.

Selon les estimations de la Commission européenne, 5 milliards d’euros de recettes par an pourraient être réalisés pour les États membres si la taxe est appliquée à un taux de 3 %.

5. Nous voulons créer une taxe sur les transactions financières

En collaboration avec les différentes instances européennes, DéFI soutient l’introduction d’une Taxe sur les transactions financières. Le taux de la taxe serait fixé à 0,1% pour les échanges d’actions et d’obligations et de 0,01% pour les produits dérivés financiers.

5. Nous souhaitons instaurer une taxation juste, globale et progressive des revenus du patrimoine

C’est sans doute notre proposition la plus innovante, et il faut prendre donc ici le temps de l’expliquer. En s’inspirant du modèle actuellement en vigueur aux Pays-Bas, les revenus issus du travail et ceux issus du patrimoine seront imposés selon deux systèmes distincts.

Cette refonte complète de la fiscalité poursuit quatre objectifs :

  • toutes les formes de revenus seront imposées, et ce, quelle que soit leur origine ;
  • la fiscalité du patrimoine devient neutre d’un point de vue économique, étant donné que toutes les formes de revenus seront taxées de manière uniforme ;
  • le système est simple et transparent, la perception des impôts est moins coûteuse et le système permet de renforcer la stabilité économique et d’améliorer la sécurité juridique et fiscale ;
  • le système diminue le risque d’évasion des capitaux et de fraude fiscale.

Afin de compenser une diminution importante de la pression fiscale sur les revenus du travail, l’ensemble des revenus du patrimoine, mobilier (exemple : plus-values sur actions) et immobilier (déduction faite de l’ensemble des dépenses liées à la conservation et l’embellissement du bien et du précompte immobilier), seront donc globalisés et imposés.

DéFI n’entend toutefois pas inclure la résidence principale dans le calcul de la base imposable. De même, comme à l’impôt des personnes physiques, une partie de la base imposable et/ou des revenus du patrimoine (quotité exemptée d’impôt) ne sera pas soumise à l’impôt.

Nous espérons que ces mesures sont de nature à renverser enfin la logique fiscale vers plus de justice.

Notons encore que cette justice n’est pas seulement nécessaire par elle-même : assurer une fiscalité plus transparente et plus juste, c’est aussi inciter davantage les citoyens à jouer le jeu de l’impôt. Plus nous offrons l’assurance que le prélèvement est juste, plus nous éloignons les sentiments d’arbitraire et d’injustice qui, bien souvent, tendent à justifier la fraude. Les gens ne fraudent pas seulement parce qu’ils en ont la possibilité ; ils le font aussi parce qu’ils ont l’impression – hélas corroborée – que notre fiscalité est une loi de la jungle, où le mieux armé s’en sortira toujours. Il est temps de mettre fin à ce sentiment d’iniquité.

#3. Constitution (Nova Carta)

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Et si nous consacrions toute la législature suivante à réformer l’État avec l’aide des citoyens ? C’est le projet institutionnel que je vous propose avec Défi. Son nom : Nova Carta, pour Nouvelle Charte. Évoqué dans le Soir de ce 9 mars, le voici en détail ci-dessous.

1. En finir avec le cycle infernal
Depuis des dizaines d’années, un même cycle se répète en Belgique. Un cycle qui enferme et confisque la possibilité de réformer l’État, et de nous réapproprier la Constitution.

Une classe politique, surtout néerlandophone, se nourrit peu à peu d’attentes et de revendications d’autonomie, faisant gonfler une bulle psychologique et politique qui finit par prendre toute la place.

En face, les francophones, généralement peu demandeurs à part un courant régionaliste wallon intermittent, finissent par accepter le principe d’une réforme de l’État qu’ils n’ont pas réellement souhaitée, acculés par le manque de finances (faute d’avoir convenablement négocié la fois précédente) ou par le chantage à la formation de gouvernement. Au final : une réforme de l’État advient, transférant des compétences toujours dans le même sens – depuis l’État fédéral vers les entités fédérées.

Persuadée que « ce nous faisons nous-mêmes, nous le faisons mieux », et encouragée par une petite frange du mouvement flamand devenu ouvertement nationaliste, cette classe politique néérlandophone a demandé et obtenu des réformes de l’État de plus en plus autonomistes. Si la légitimité des premières réformes se justifiait sans aucun doute au regard du besoin de reconnaissance et de protection des différentes langues et cultures du pays, et si la fédéralisation de l’État était, en effet, la seule manière de répondre aux demandes d’autonomie, ces réformes de l’État sont devenues, au fil du temps, un rendez-vous de l’irrationnel et de la surenchère, demandant de l’autonomie par principe, par musculation politique voire par réflexe, et non plus par volonté de bonne gestion.

Voilà des années que ce cycle se poursuit et que, malgré le démantèlement continu de l’État fédéral, il semble désespérément dépourvu de fin. Comme s’il était impossible d’imaginer, en politique belge, la fin de la réforme de l’État. Comme s’il était impossible, aussi, de même penser la réforme de l’État autrement, c’est-à-dire :

– sans autre présupposé que régionaliser est la seule voie possible, et que les entités fédérées seraient par nature les plus efficaces.
– sans que jamais la réforme ne parte d’un besoin objectif de la population, ni d’une revendication majeure de celle-ci.
– sans que jamais les fruits des réformes successives n’aient été objectivement évalués selon un critère d’efficacité.
– sans que les critères de raison, d’efficacité et de bonne gestion ne l’emportent. Ou soient simplement pris en compte.

2. Moderniser la Constitution
En marge de ces soubresauts purement politiques, force est de constater que la Constitution mériterait un sérieux rafraîchissement sur de nombreux points. Très moderne et libérale en 1831, notre Charte fondamentale est aujourd’hui dépassée et anachronique sur plusieurs aspects, et mériterait d’être mise à jour sur une série de droits fondamentaux. A force de s’être obnubilé à transformer l’État unitaire en État fédéral, le Constituant a négligé une série de réformes nécessaires en termes de droits fondamentaux et autres évolutions de la société.

Citons en vrac :
– Absence d’un droit à l’eau et à l’énergie
– Absence du droit à la protection des données à caractère personnel
– Absence des partis politiques et des syndicats
– Absence des principe d’impartialité, du contradictoire, du délai raisonnable et de la présomption d’innocence
– Absence de l’interdiction des discriminations raciales
– Droit de déclarer la guerre dévolu au seul gouvernement
– Absence de la transparence de la vie publique
– Quasi-absence de l’étranger
– Inexistence de l’euro
– …

3. Notre proposition : Nova Carta

Il est temps de changer de logique.

Que nous a appris l’actualité politique et sociale des dernières années ?

Que d’évidence certaines délégations de compétences ne fonctionnent pas, ou insuffisamment.

Qu’une envie majeure d’expression et de participation citoyenne se fait jour, en marge de la démocratie représentative, et que la jeunesse, en particulier, veut faire entendre sa voix.

Que les enjeux qui sont devant nous demandent, à l’évidence, davantage d’union et non davantage de division ou de sous-régionalisme : que l’on songe au climat, à la migration, à la crise sociale et identitaire qui sont devant nous.

Nous formulons une proposition qui prenne en compte tous ces enjeux : Nova Carta (Nouvelle Charte). Son objet : prendre le temps de toute la prochaine législature pour réformer de l’État avec les citoyens, selon leurs préoccupations, et à l’issue d’un large processus délibératif associant citoyens, politiques et experts. Redessiner la Constitution, et en faire un grand rendez-vous de renouveau démocratique.

Nova Carta repose sur le principe suivant :

1) Dédier la législature 2019-2024 à la poursuite d’une large pause institutionnelle.
2) Utiliser cette législature à une évaluation des dernières réformes de l’État avec l’aide d’une expertise scientifique, objective et rationnelle.
3) Utiliser cette législature à un large processus de discussion et de délibération entre citoyens, associant également mandataires politiques et experts.
4) Formuler les fruits des débats en propositions pour a) prendre immédiatement les mesures possibles dans chaque niveau de pouvoir et sur lesquelles il y consensus b) renvoyer aux autres niveaux de pouvoir les propositions qui les concernent et c) déterminer une série d’articles à réviser pour ce qui nécessite une réforme de la Constitution.
5) Laisser les partis se positionner sur les propositions ainsi émises durant la campagne électorale 2024 et en faire l’un des enjeux du scrutin.
6) Aux élections de 2024 au plus tard : la Chambre et le Sénat, si une majorité se dégage, votent la réforme de la Constitution.

4. Concrètement ?

Nous proposons le calendrier opérationnel suivant :

Juin 2019 : La nouvelle Chambre remobilise la Commission des réformes institutionnelles, et en fait la cheville ouvrière du projet. Important : c’est le parlement, et non le gouvernement, qui assume le contrôle de l’ensemble du processus (nb : pas besoin d’attendre la formation du gouvernement ou de craindre ses soubresauts). La Chambre s’associe au Sénat, chambre de rencontre avec les Communautés et les Régions, et installe une Commission des réformes institutionnelles mixte. Tous les partis doivent pouvoir être représentés dans cette Commission.

Cette Commission mixte s’acquitte de trois missions :

D’une part, elle mandate un comité d’experts socio-économiques devant évaluer dans un rapport à rendre au bout de deux ans les effets positifs et négatifs, en simples termes d’efficacité, les deux dernières reformes de l’État sur critères objectifs d’efficacité. Il s’agirait notamment des domaines suivants :

– Environnement/climat
– Santé
– Fiscalité
– Allocations familiales

Deuxièmement, une mission est confiée à un comité de constitutionnalistes(FR et NL) pour proposer les aménagements nécessaires à moderniser la Constitution en matière de droits fondamentaux.

Enfin, et surtout, elle crée une convention citoyenne, sous la forme d’un groupe composé de citoyens volontaires, d’experts et de parlementaires, en proportion à déterminer, sachant que les citoyens devraient y être majoritaires.

Juillet 2019 : Appel public lancé pour composer la convention.

Septembre 2019 : Choix des citoyens sur base de l’appel, selon critères de représentativité à établir (région, âge…), et si besoin tirage au sort.

Septembre 2019-juin 2020 : La convention organise un Grand débat (en tirant les bonnes et mauvaises leçons de l’expérience hexagonale, qui sera alors terminée) à mener par les communes volontaires : si possible, au moins un débat dans chaque conseil communal de plus de 20.000 habitants, sachant que chacun peut venir partout. Un site internet est également lancé pour supporter le débat et permettre à tout citoyen de participer. Chaque commune est libre ou non de participer.

Champ des discussions : réfléchir à la Belgique que l’on souhaiterait en 2025.
– Faut-il régionaliser d’autres matières ?
– Faut-il refédéraliser certaines matières ?
– Faut-il instaurer un référendum national ?
– Faut-il une circonscription fédérale ?
– Faut-il modifier les frontières régionales ?
– Faut-il passer à un modèle à quatre régions ?
– Faut-il mettre fin à la Belgique au bénéfice de l’indépendance de la Flandre ou d’autres Régions ? Selon quel modèle ?
– Que faut-il faire d’autre ?
– Etc.
Important : outre des sujets balisés, il doit être possible aux citoyens de proposer toutes les revendications qu’ils souhaitent, tant qu’elles ne sont pas contraires à la convention européenne des droits de l’homme (ex : demander le rétablissement de la peine de mort est exclu).

L’ensemble des débats donne lieu à une synthèse travaillée par des rapporteurs.

Été 2020 : Synthèse des revendications par la Convention.

Janvier 2021 : La Commission mixte des réformes institutionnelles reçoit le rapport de la Convention.

Janvier 2021: La Commission mixte des réformes institutionnelles reçoit le rapport sur l’évaluation des dernières réformes de l’État et le rapport des constitutionnalistes.

De janvier 2021 à juin 2021 : la Commission travaille, auditionne, fait les arbitrages en contact avec la convention et classe l’ensemble des propositions/ revendications en deux types :
– Celles qui appellent la prise de mesures législatives et réglementaires sans modification constitutionnelle = > sont transmises aux assemblées et gouvernements compétents (fédérale comme fédérées). Les assemblées compétentes acceptent d’en débattre. Les représentants citoyens de la Convention, ainsi que les citoyens ayant participé aux débats, sont éventuellement invités à s’exprimer lors des travaux parlementaires. In fine, les assemblées parlementaires (ou les gouvernements, pour ce qui les concerne) tranchent.

– Celles qui appellent ou nécessitent une modification constitutionnelle => la commission des réformes institutionnelles propose une synthèse des réformes souhaitables et propose une réécriture de la Constitution sur base 1) des revendications citoyennes synthétisées par la convention 2) du rapport d’évaluation des dernières réformes de l’État et 3) du rapport du comité de constitutionnalistes.

=> la Commission prépare une liste des articles à réviser. Les partis acceptent de voter la liste à l’échéance de la législature (ou plus tôt en cas de crise gouvernementale imprévue).

Élections suivantes (mai 2024 au plus tard) : les partis s’engagent à prendre position sur les propositions de la convention, et donc sur les réformes à venir. Elles sont débattues lors de la campagne électorale.

Juin/juillet 2024 (au plus tard) : la nouvelle Chambre, en cas de majorité, entérine la révision constitutionnelle. Une nouvelle Constitution est née, sur base des deux seuls axes réellement importants : l’expertise rationnelle et la consultation délibérée des citoyens.

Nous donnons donc rendez-vous aux citoyens et aux autres formations politiques, pour nous rejoindre autour de ce projet. Si nous pouvons réunir une majorité au parlement dès le lendemain des élections, nous pouvons lancer la machine dès juin 2019.

En savoir plus:

– « Modernisons notre Constitution, écrivons une Nova Carta » (Le Soir)

#2. Gratuité

En ce début de campagne, une série de partis se distinguent en proposant la gratuité des transports en commun, tant en Wallonie qu’à Bruxelles. Soit une gratuité totale et universelle, soit une gratuité ciblée à certaines catégories de citoyenn(e)s (typiquement : les jeunes en scolarité, les étudiants et les seniors). C’était l’un des sujets à l’ordre du jour de l’émission « Les experts » à laquelle j’ai participé le 2 mars dernier.

Promettre la gratuité semble toujours généreux, et est forcément populaire. Il n’est guère difficile d’organiser un sondage pour montrer qu’une écrasante majorité de citoyen(ne)s seraient spontanément d’accord et heureux de ne plus payer leur tram, leur train, leur bus ou leur métro. En ces temps de précarité grandissante, où chacun s’inquiète plus et tant de son niveau de vie, les partis politiques ont pris soin de placer plus que jamais le « pouvoir d’achat » (à titre personnel, je n’ai jamais aimé cette expression, qui réduit le citoyen au consommateur) au cœur de leurs programmes. Toute économie est bonne à prendre, et toute gratuité est donc bonne à promettre. Quoi de plus logique que celle-ci « tombe » sur les transports en commun, réalité quotidienne de nombreux citoyennes et citoyens ? En ces temps où il faut se montrer plus écolo que les écologistes, on peut comprendre que certains partis tentent de faire d’une pierre deux coups.

Or, quitte à être un peu moins populaire, il faut dire ceci : promettre la gratuité est surtout facile, et peut faire passer à côté de l’essentiel. Si une gratuité ciblée peut être un outil politique judicieux dans de nombreuses situations, ce n’est pas le cas ici. S’agissant des transports en commun, la gratuité constitue le prototype même de la fausse bonne idée. En tout cas aujourd’hui. Voici pourquoi.

D’abord, rappelons qu’en soi, rien n’est jamais réellement, totalement « gratuit » dans un service public. L’argument est connu et parfois sulfureux (à cause de sa célèbre énonciation par Margaret Thatcher en 1983 au congrès des Tories : « L’argent public n’existe pas, il n’y a que l’argent des contribuables »), mais il est irréfutable, et ne provient pas tant qu’un principe libéral que d’une réalité collectiviste : les services publics nous appartiennent, à nous tous, l’ensemble des citoyen(ne)s. Oui, ces services ont tous un coût, et ce coût doit être supporté soit par l’impôt, soit par l’emprunt, soit par les deux. Nous contribuons en fonction de nos moyens pour que des services publics puissent fonctionner dans l’intérêt du plus grand nombre. C’est l’essence même du contrat social : nous mutualisons une série de moyens et prenons en charge une série de besoins afin que notre société puisse fonctionner. Ainsi pourrait être énoncée la règle de base, bien que souvent implicite, de l’État-Providence moderne : chacun contribue selon ses moyens, et chacun reçoit selon ses besoins. Il y a un quasi-consensus politique sur ce principe de création de richesses, de redistribution et de solidarité. Au fond, une grande partie du débat socio-économique revient à choisir où l’on place les poids de la balance entre les moyens, les besoins, les états de nécessité, ou encore les mérites respectifs.

Bien entendu, de ce point de vue, il n’est pas illégitime que certains services publics soient gratuits ou peu chers ; la solidarité de tous envers tous doit permettre que certains soient soutenus davantage que d’autres, et que certains secteurs soient immunisés autant que possible d’un rapport financier. L’enseignement, par exemple, est supposément gratuit – et devrait réellement l’être – parce qu’il s’agit d’un droit fondamental. Dès lors, demandera-t-on, pourquoi ne pas rendre gratuits les transports en commun ?

On pourrait philosopher à l’infini pour se demander si le droit de circuler est un droit fondamental – en particulier en des temps où chacun se trouve invité à mesurer son empreinte écologique avant de choisir son mode de déplacement, et même de décider de la nécessité réelle de se déplacer. Mais il n’en est nul besoin. Le débat de la gratuité des transports en commun à Bruxelles est beaucoup plus pragmatique.

Défi, en l’occurrence, est opposé à une gratuité de principe des transports en commun au stade actuel.

D’abord parce que c’est impayable : pour Bruxelles, on estime le « coût » de la gratuité à environ 200 millions d’euros par an. La Région bruxelloise n’a pas le premier euro pour payer cette gratuité. Rappelons par ailleurs que les pouvoirs publics prennent déjà en charge une large partie du coût des billets ; les rentrées de billetterie ne comptent que pour une petite (mais indispensable) partie du budget des opérateurs. Rappelons en outre que, pour de nombreuses personnes, les transports sont déjà soit gratuits (les enfants en-dessous de 12 ans par exemple) soit pris en charge par leurs employeurs. L’Etat (au sens large) et donc le contribuable, assume déjà largement sa part.

Ensuite et surtout parce que ce n’est pas la priorité : ce que souhaitent les usagers des transports en commun actuels, et ceux qui pourraient demain – ce que tout le monde espère – abandonner leur voiture à leur profit, c’est tout simplement que ces transports en commun… existent. C’est-à-dire soient disponibles en nombre suffisant, de manière efficace et confortable. Et là, nous sommes loin du compte. Tout utilisateur actuel du réseau STIB sait pertinemment qu’il est saturé. Bruxelles dispose d’un réseau de métro qui, avec ses quatre lignes (et encore, on peut en compter quatre parce qu’elles se superposent), est anémique au regard des autres capitales européennes. Ses lignes de tram et de bus en sites propres sont également insuffisamment développées. Certains quartiers entiers de Bruxelles sont tout simplement enclavés. D’autres voient passer des grappes de tram et de bus remplies en heures de pointe.

Les partisans de la gratuité avancent souvent l’argument de l’éducation: il faudrait pousser les plus jeunes le plus tôt possible à privilégier les transports en commun, les « éduquer » à cela. Je doute réellement de cet argument. Les jeunes, comme les plus âgés, les travailleurs comme les chercheurs d’emploi, les citadins comme les habitants des campagnes ne se laisseront pas convaincre par une grille tarifaire, mais par une offre digne de ce nom. A Bruxelles, c’est bien là que la bât blesse.

La priorité ne nous paraît pas de consacrer plusieurs centaines de millions à rendre les transports en communs gratuits, mais de développer, d’étendre et de terminer le réseau pour qu’il soit digne d’une capitale européenne de plus d’un million d’habitants. Si de l’argent pouvait être trouvé pour améliorer la mobilité à Bruxelles, il devrait donc être investi dans ce développement du réseau.

Le jour où ce réseau sera terminé, alors, en effet, ouvrons la question d’une gratuité ciblée des transports en commun. Mais dans l’intervalle, ne relâchons pas notre effort à développer ce réseau pour le confort de quelques promesses.

Défi souhaite : 
• développer les infrastructures avant d’offrir la gratuité. Nous voulons un réseau de métro digne de Bruxelles, un plan d’investissement à 24 ans visant à créer 4 nouvelles lignes et 89 nouvelles stations à Bruxelles (j’y reviendrai sur ce blog)
• faciliter la vie des usagers au travers d’un Pass Mobilité, d’un abonnement unique qui intégrerait tous les modes de transports publics et privés partagés.
• élargir toutefois les conditions d’obtention du tarif préférentiel de 50€/an pour les jeunes, au-delà même de 25 ans, s’ils sont aux études ou en formation.

#1. Politique

fds-défi« Mais qu’as-tu été faire dans cette galère ? »
« C’est courageux. Un sacré DéFI (ha, ha) que tu relèves là ! »
« Franchement : n’avais-tu pas davantage de poids et d’influence sur les débats de société aujourd’hui, comme directeur d’un organisme public indépendant, que demain comme éventuel député ? »

Depuis trois semaines, au milieu d’une multitude de réactions enthousiastes, quelques voix d’amis, visiblement inquiets pour moi (merci à eux), interrogent de la justesse de mon choix – pas le choix d’un parti en particulier, mais le choix d’entrer en politique, de franchir ce Rubicon dont on ne revient pas, comme s’il n’y avait en la matière que des voyages sans retour.

Un peu de témérité ou d’inconscience, oui, il en faut, pour faire de la politique aujourd’hui. Le métier est détesté, suspecté en permanence. Les réseaux sociaux, l’immédiateté ont rendu les exigences plus fortes, l’exposition davantage permanente. Surtout, nous vivons une crise de la représentativité sans précédent. Et ce n’est pas là seulement le fruit des affaires qui ont plombé la réputation des représentants politiques ; la démocratie élective se trouve elle-même contestée en tant que principe. On réclame des procédures, des mécanismes différents. On veut de la rapidité, des réponses immédiates – avec parfois une tentation d’überisation de la démocratie qui oublie l’intérêt du temps de délibération, de réflexion, de débat. On ne compte plus les scènes où des hommes ou femmes politiques se retrouvent sommés de répondre face à des gilets jaunes, des jeunes interpellant sur le climat ou simplement des citoyens en rue réclamant des réponses claires et immédiates, aussi immédiates qu’un clic de livraison sur Amazon. Et où, en face, tout raisonnement, tout discours rhétorique ne répondant pas dans les dix secondes à la question posée court le risque de se trouver démonétisé. « Vous êtes l’ancien monde ». Admettons, mais qui est le nouveau monde ?

La démocratie, c’est du temps long, de l’artisanat, de la délibération. La question de savoir si elle est adaptée au monde des écrans, du temps immédiat et des punchlines n’est pas anecdotique.

Pour se lancer dans un tel marigot, il faut donc une motivation solide et quelques bonnes raisons. Peut-être un brin d’inconscience, aussi. « L’instant de la décision est une folie », me rappelait aimablement Pascal Claude en guise d’au revoir sur la Première, en paraphrasant Kierkegaard.

Car d’un coup, c’est vrai, tout change. Du jour au lendemain. La veille, tu es un acteur relativement écouté, quelque peu respecté, dont on demande l’avis sur les sujets de société, dont on sollicite les chroniques, tu es dans le rôle de l’observateur qui plane au-dessus de l’actualité et qui décoche, en relative sécurité, ses flèches et ses avis sur tout et tout le monde. Le lendemain, tu entres dans l’arène, et tu découvres être une cible. Tout ce que tu diras sera empreint de suspicion, sera vérifié. Toute contradiction sera traquée. Aucune mesquinerie ne sera épargnée, et tu es toi-même poussé dans la tentation de devenir mesquin par mécanisme de défense. Même l’accès aux médias devient un challenge en soi. Tout semble soudain devenir calcul, rapport de forces. Je ne me plains pas, je le savais. Mais tout de même, le jetlag est impressionnant.

Quelle est la part d’ego inassouvi, quelle est la part de convictions réelles, quelle est la part d’envie de changer le monde ? Toute personne ayant un jour sauté ce pas étrange s’est posé la question.

Alors, en ce qui me concerne, pourquoi ?

J’ai écrit un petit ouvrage sur le libre arbitre (Lost Ego, PUF, 2017, pas cher), qui m’a appris que ce qui, en chacun de nous, finit par forger une décision est rarement comparable à un coup de dés, mais plutôt à un lent percolement. Il n’est pas si facile de déterminer les mobiles de nos choix, et souvent nous ne pouvons réellement le faire qu’a posteriori.

En un mot : je saute le pas parce que je pense que la solution aux problèmes que nous vivons n’est pas moins de politique, mais plus de politique. Et mieux de politique.

Avec le recul, je constate que ce qui m’a le plus décidé, c’est l’époque incroyable que nous vivons. Une accumulation de crises fortes, et auxquelles aucune solution ne paraît évidente. Crise sociale. Crise identitaire. Crise migratoire. Crise climatique. Nous sentons que tout peut basculer, mais nous ne savons pas dans quel sens.

Un populisme ambiant et rampant s’empare de nombreuses démocraties. On ne compte plus les gouvernements dirigés par des adeptes de slogans simplistes, qui parviennent à résumer la politique en un tweet, à éluder la complexité du monde, à faire fructifier les peurs des citoyens et à construire leur carrière dessus. On parle parfois d’un retour des années 30. C’est abusif, évidemment, car on sait que les choses ne se termineront pas de la même manière. Mais il y a des points communs évidents : le rejet du parlementarisme, l’appétence pour des hommes ou femmes fort(e)s et autoritaires qui protégeront le peuple des dangers qui le guettent (les migrants, la mondialisation, l’Union européenne, etc, biffez la mention inutile). La sensation qu’il faut se protéger du chaos, et que la complexité devient un luxe dont la politique devrait se passer.

Comment répondre à cette menace, réelle, de simplisme ? A ce populisme qui vient ? En réinvestissant la politique, et en parvenant à y amener de plus en plus de citoyens motivés. Pas nécessairement pour faire carrière, mais pour y consacrer un temps, un moment, un mandat, une responsabilité. Puis passer à autre chose. Que tout ceci se fluidifie. Que nous soyons de plus en plus nombreux à faire des allers-et-retours. A échanger entre entreprises, société civile, administration, associations, indépendants, à servir le bien commun à notre manière, pour un temps, et pourquoi pas, pour un temps seulement. Que la politique soit de plus en plus déprofessionnalisée. Et qu’il soit donc possible non seulement de s’y plonger facilement, mais d’en revenir. Bien sûr, sans doute, il faudra toujours que quelques professionnels continuent à y faire carrière et en maîtrisent les arcanes ; il faudra conserver un savant alliage d’expérience et de nouveauté. Mais le salut du pouvoir sainement exercé est de parvenir à puiser ses ressources sur le terrain, à rester en connexion. Nous avons besoin que de plus en plus de non-professionnels entrent en politique, y apportent quelque chose, et puissent aisément en repartir s’ils le souhaitent.

Puisse donc cette gigantesque contestation du politique ne pas emporter le bébé avec l’eau du bain : nos démocraties, aussi imparfaites soient-elles, sont les fruits d’évolutions séculaires, de réflexions de citoyens s’étant posé les mêmes questions que nous – comment articuler pouvoir et volonté du peuple, intérêt collectif et droits individuels, temps court et enjeux au long cours. Aussi imparfaite, aussi incomplète soit-elle, aussi nécessaire soit-il de la compléter, notre démocratie représentative mérite qu’on rappelle qu’elle nous a protégés du pire, qu’elle force la politique au temps long et à la délibération, qu’elle place des filtres entre émotions et décisions.

Je fais de la politique pour participer à la vie démocratique de mon pays, et parce que je pense être à une étape de ma vie où je peux apporter une différence, aussi modeste soit-elle. Mais j’en fais aussi pour que d’autres, beaucoup d’autres en fassent. Avec le (naïf ?) espoir d’être suivi. Il faut que de plus en plus de citoyens s’engagent, au moins pour un temps. Quel que soit le parti, quelles que soient vos convictions. Fonçons. Débattons. Décidons.

Et montrons que la politique, dans son sens le plus noble, vaut toujours la peine qu’on se batte pour elle.



Catégories :DéFI

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