Entre deux frontières, l’Europe joue son honneur 

 

Ce qui se passe actuellement à la frontière entre la Grèce et la Turquie est une honte pour l’Union européenne.

En 2016, c’est au prix d’un accord bradant ses valeurs que l’UE était parvenue à endiguer la vague migratoire. Un « deal » avec la Turquie qui prenait de grandes légèretés vis-à-vis du droit d’asile (« je t’échange un Syrien arrivé sur les côtes grecques contre un Syrien installé en Turquie »). Mais un deal, surtout, qui nous mettait à la merci d’Ankara, installée comme verrou d’une migration que les Européens n’étaient pas prêts à gérer.

Ce « deal » aurait pu, aurait dû avoir au moins un effet positif: permettre à l’Europe de s’accorder face à la prochaine crise, lui donner le temps de réviser le règlement de Dublin, permettre de s’organiser solidairement par un mécanisme de répartition juste. Pour ne pas rester dépendant d’un acteur extérieur. Pour ne pas avoir à déléguer à un pays tiers notre gestion des frontières et notre accueil des migrants.

Pendant quatre ans, qu’avons-nous fait ? Rien, ou si peu. Nous nous sommes renfermés. Nous avons élu des populistes dans de nombreux pays. Nous n’avons engrangé aucune avancée. Nous ne parlons de migrants qu’en les associant au mot « crise ». Nous avons fait plus que jamais de la migration l’objet d’un tabou, tétanisés par l’opinion publique et ce que nous supposons être ses peurs.

Et aujourd’hui, face à un pays tiers jouant avec la vie des migrants et avec les frontières comme s’il était le maître d’un jeu de Stratégo, nous sommes faibles. Nous récoltons les fruits amers de ce « deal » qui n’a jamais été un accord digne. Nous regardons hébétés la Turquie assumant publiquement et cyniquement un rôle de passeur de migrants. Nous assistons à des refoulements opérés par les gardes-côtes grecs en infraction évidente des conventions internationales.

Il est temps de refuser le chantage turc; en faisant pression sur elle, certes, mais aussi en assumant qu’on ne peut, aussi terribles et difficiles soient les circonstances, refouler des migrants arrivant sur le sol de l’Union. Les autres Etats membres doivent soutenir la Grèce, sans ambiguïté, maintenant.

Il n’y a pas à hésiter entre s’opposer à la Turquie par tous les moyens de pression possibles, et offrir une aide digne à ces migrants pris en otage; il faut faire les deux. Il s’agit de notre honneur d’Européens, ni plus ni moins.



Catégories :DéFI

4 réponses

  1. Est-il possible d’avoir un lien fb pour relayer cet excellent, et nécessaire article? Merci.

  2. Suis parfaitement d’accord et pour ceux parmi les européens qui s’opposent toujours à l’arrivée des migrants c’est une sanction méritée de leur attitude ..

  3. Comment ne pas souscrire à ces propos ? On est pleinement d’accord tant en ce qui concerne le sort de ces migrants qui fuient simplement les horreurs de la guerre et de régimes corrompus qu’au sujet de l’inertie de l’UE. Mais encore au sujet des petits marchandages que de tous les côtés on acceptent, voire qu’on appelle au nom d’une « Realpolitik » qu’on accepte sans sourciller. Merci pour ce beau texte, cher François, et surtout pour ton action. Guy Jucquois.

  4. Vous avez entièrement raison. L’Europe n’a pas d’autres solutions pour échapper à la honte. Et les forces turques n’ont pas à occuper une partie de la Syrie, on n’est plus au temps de l’Empire Ottoman !
    MaxCoiffait

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