Vote de confiance au gouvernement – Crise sanitaire du coronavirus

Discours de François De Smet, 19 mars 2020

Madame la Première Ministre,

Monsieur le Président,

Chers Collègues,

Nous avons affaire à un ennemi invisible. Nous devons affronter des événements d’une ampleur inédite. Jamais, je crois, les générations politiques en charge aujourd’hui n’ont dû affronter un tel danger. Un danger global, qui menace toute la population. Un danger non seulement pour les plus âgés ou les plus fragiles, mais un danger pour chacun car, rappelons-le ici : il y a et il y aura des victimes jeunes de ce virus.

L’épreuve que nous affrontons est redoutable, parce qu’elle nous demande des efforts à contre-courant de ce qu’est la nature sociale de l’être humain. Elle nous demande de cesser de voir nos familles, nos amis, de nous replier chez nous. Elle demande de sauver des vies en nous disciplinant, chacun, dans notre vie de tous les jours, dans un monde où la liberté est un acquis fondamental.

Chacun doit accomplir sa part. Je souhaite à cette tribune remercier les soignants, médecins généralistes, spécialistes, infirmières, infirmiers, à l’hôpital, en hômes ou à domicile, pharmaciens ou encore dentistes, mais aussi les forces de police, les pompiers, les caissiers, les facteurs, les éboueurs, les agents pénitentiaires, toutes celles et ceux qui par leur métier, public ou privé, sont contraints de rester sur le terrain. Tous, ils sont à la hauteur de la situation, et le minimum que nous devons offrir, quelle que soit notre place dans cet hémicycle, est de l’être nous aussi.

Notre premier devoir est de donner au personnel soignant les moyens de se battre, en leur fournissant des masques en suffisance, et rapidement. En leur octroyant des renforts, pour prévenir le moment où ils seront débordés. Et en leur offrant du temps, grâce aux mesures de confinement aptes à ralentir pour de bon cette épidémie. Le premier contrat social, c’est celui qui protège physiquement les membres de la communauté. Mais rarement il ne prend autant de sens qu’aujourd’hui: c’est à toute une population que nous demandons de restreindre ses libertés pour que nous puissions sauver des milliers de vie. Et chacun comprend à présent que le prix à payer est nécessaire.

Nous devons aussi aider les victimes indirectes, sociales. Car c’est un tsunami qui s’abat sur l’ensemble de notre économie. Non seulement le secteur Horeca, mais aussi les fournisseurs, le tourisme, et tous les salariés ou indépendants dont l’activité a été stoppée net par l’épidémie et les mesures de confinement. L’Etat fédéral et les entités fédérées devront trouver les moyens pour les aider – et ces moyens devront être à la hauteur du préjudice, c’est-à-dire exceptionnels. Je salue la libération d’un budget exceptionnel d’un milliard, ainsi que les mesures déjà prises par le Fédéral et les Régions. Mais nous le voyons déjà : ce ne sera pas suffisant. Osons parler d’exonération de charges sociales ou de loyers commerciaux plutôt que de report. Osons demander la solidarité du secteur bancaire, notamment dans les crédits hypothécaires des plus précarisés. Car nous le savons, ces semaines, ces mois seront des périodes de néant en termes d’activités. Il serait équitable qu’il en soit de même pour les charges.

Et puis songeons aux plus faibles : les sans-abris qui n’ont pas de « chez-soi » où se confiner ; les demandeurs d’asile, que nous ne pouvons pas décemment abandonner à leur sort, et que je vous demande, Madame la Première Ministre, de ne pas sacrifier. Et puis tout simplement, celles et ceux que ce confinement risque d’enfermer dans la solitude. Oui, le travail est gigantesque et oui, ce gouvernement n’aura que peu d’énergie pour se concentrer sur autre chose que ce coronavirus.

Chers collègues, nous avons basculé dans une dimension où les catégories politiques habituelles ne sont plus valides.

L’un des principes les plus fondamentaux, en politique, c’est de pouvoir faire la différence entre les adversaires et les ennemis. Un adversaire, c’est un concurrent dans le champ démocratique, avec qui nous croisons le fer, mais selon des règles communément acceptées et dans des temps normaux. L’ennemi, c’est celui qui veut vous détruire et qui est une menace pour le système lui-même.

En démocratie, lorsque la menace est globale, existentielle, il ne devrait plus y avoir d’adversaire, et il ne devrait y avoir qu’un seul ennemi : celui, extérieur, de ce virus.

La logique, le bon sens, mais surtout le sens de l’Etat, exigent de vous soutenir, madame la Première Ministre, dans cette période exceptionnelle, et pour un mandat limité, parce que c’est la santé des habitants du pays qui est en jeu. Parce qu’il n’y a plus de temps à perdre. Oui, on peut se navrer qu’un gouvernement de plein exercice n’ait pu voir le jour plus vite, avec une véritable majorité parlementaire. Moi aussi je le regrette, comme tous ceux qui se sont épuisés en propositions depuis les derniers mois, sans avoir été entendu.

Mais comment ne pas voir qu’aujourd’hui l’essentiel est ailleurs. Comment ne pas réaliser que la menace à laquelle nous devons faire face exige de mettre de côté toutes amertumes, toutes rancœurs ou tout simplement tout autre intérêt. Comment, en un mot, peut-on ne pas se joindre à une union nationale alors que jamais dans l’histoire récente, l’intérêt général n’aura été aussi facile à identifier : à savoir sauver des vies. Il n’y a pas à hésiter une minute. L’heure des bilans viendra plus tard. Notre devoir, c’est d’aider les soignants sur le terrain de combat, de protéger la population, et d’aider celles et ceux qui se trouveront mis en danger de précarité à cause de cette crise. Toute autre considération est secondaire et même un peu pénible. Je crois que l’histoire jugera durement ceux qui auront préféré le jeu cynique et politique à l’intérêt général et à la santé de leur population.

Dans son roman la Peste, Albert Camus écrit ceci :
« A partir de ce moment-là, il est possible de dire que la peste fut notre affaire à tous. Jusque-là, malgré la surprise et l’inquiétude que leur avaient apportées ces événements singuliers, chacun de nos concitoyens avait poursuivi ses occupations, comme il l’avait pu, à sa place ordinaire. Et sans doute, cela devait continuer. Mais une fois les portes fermées, ils s’aperçurent qu’ils étaient tous, et le narrateur lui-même, pris dans le même sac et qu’il fallait s’en arranger. »

Nous en sommes là, chers collègues. Les portes sont fermées. Nous sommes tous dans le même sac. La peste est là – celle de ce virus, certes, mais aussi celle de l’égoïsme, de l’indifférence, du repli sur soi, qui peuvent en faciliter la propagation. C’est une crise existentielle non simplement parce qu’elle menace des vies, mais aussi parce qu’elle nous contraint, pour nous en sortir, à faire société, à faire corps. A nous discipliner pour le bien collectif.

Je me réjouis, Madame la Première ministre, que notre Etat fédéral ait aussi retrouvé de la verticalité: le Fédéral impulse, et c’est son rôle, en étroite coordination avec les entités fédérées au sein du Conseil National de Sécurité, vers l’ensemble des services publics concernés, communes et forces de police, la marche à suivre. Cette crise nous rappelle non seulement qu’il existe encore un Etat fédéral, mais qu’il est indispensable. C’est dans les moments de crise que ce qui est précieux émerge.

Il y a longtemps, en réalité, que nos pays, riches, jouissant d’un certain bien-être au regard du reste de la planète, n’ont pas eu à expérimenter une telle peur. Un tel inconfort. Et même si ces désagréments sont peu de choses au regard de l’histoire, au regard de ce tant d’autres humains ont à endurer chaque jour, c’est une épreuve que nous subissons tous ensemble et qui au bout du compte sera d’abord révélatrice sur nous-mêmes.

Puissions-nous ainsi, le jour où nous en serons sortis, réaliser la chance qui est la nôtre, malgré tout, de vivre dans un pays, certes avec ses défauts, avec ses précarités et ses blocages, mais qui a toujours maintenu et défendu un système de santé à la fois performant et accessible. Rendons-nous compte de notre chance, et soyons à la hauteur pour préserver ce qui nous est le plus précieux : la vie.

Pour cette raison, Madame la Première Ministre, c’est avec conviction que non seulement mon groupe vous accordera la confiance pour gérer cette crise, mais que nous vous aiderons, du mieux de nos moyens, à protéger nos concitoyens.

Je vous remercie.



Catégories :DéFI

3 réponses

  1. Belle intervention. Merci François

  2. Magnifique François!

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  3. MERCI ! Plus que jamais l’UNION pourra faire notre force ! La crise est aussi un moment fécond ! Créativité, réflexions, changements … BRAVO et MERCI de nous « représenter » aussi bien ! Forces à vous !

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