BHV pour les nuls (27 octobre 2009)

La communauté germanophone vient donc de voter une résolution en conflit d’intérêt sur la scission de BHV, gelant le dossier pour 120 jours. Le côté théâtral des choses n’échappe à personne, mais ne lasse pas d’interpeller sur un point : les mécanismes institutionnels sont utilisés à des fins qui n’ont plus grand-chose à voir avec leur fonction d’origine. Par exemple, on enseigne aux bacheliers en droit que si on veut réviser la Constitution, une procédure supposée être rarissime et solennelle, il convient de faire une déclaration qui désigne les articles à réviser et qui, automatiquement, dissout le parlement et provoque des élections ; l’idée de la manœuvre est de dissuader de se lancer trop à la légère dans la réécriture de la Charte fondamentale. Or, depuis des années, la Chambre adopte une déclaration de révision, à l’échéance naturelle de la législature. La dissolution est indolore car elle coïncide avec l’échéance normale, et l’opération est devenue rituelle et banale, à des lieues de l’esprit de la Constitution et de son esprit de protection.

Les votes en conflit d’intérêt, pareillement, ne servent plus à ce à quoi ils sont destinés, c’est-à-dire régler le problème en forçant la concertation entre entités fédérées. Personne, bien sûr, ne croit sérieusement que la Communauté germanophone a un problème d’intérêt sur la scission de l’arrondissement de BHV, mais elle fait tout de même usage de la procédure qui affirme que tel est bien le cas. Les mécanismes institutionnels ne sont plus utilisés pour apaiser et rassurer la vie politique, mais pour veiller à ce que personne ne perde la face. Vous me direz, Arnaud, c’est indirectement le même but, mais cela témoigne du poids  que l’affectif, le sensationnel et l’image ont pris sur l’esprit des institutions, et ça c’est inquiétant. Ce n’est plus du théâtre, c’est de l’opéra : des actes longs et répétitifs permettant de fidéliser le public, des tensions entretenues, une intrigue supposée nous amener à un dénouement que tout le monde a deviné avant l’entracte, c’est-à-dire un accord abscons mais à la lecture duquel chacun pourra se dire: je n’ai pas perdu la face.

En attendant, ce renversement de l’usage des institutions, cette dénaturation nous offre des images insolites, voire surréalistes: des ministres-présidents de communautés et de régions obligés constitutionnellement de se traîner tous les 120 jours à peu près chez le premier ministre à une réunion de comité de concertation où chacun sait qu’il n’y aura pas, qu’il ne peut pas y avoir d’accord. Un beau sujet pour un tableau de Magritte, Arnaud, on verrait une ronde claire-obscure autour du 16 rue de la loi et on l’appellerait « Mieux vaut une farce revue qu’une face perdue ».



Catégories :Chroniques Radio

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