François Hollande ou la république des reclus

Billet radio pour la Première (RTBF), 18 octobre 2011 – Ecoutez le podcast   

Vous savez quoi, Marie-Laure ? Moi, je suis content de la désignation de François Hollande comme candidat socialiste. Parce que je suis bon public et que j’aime bien les histoires dans lesquelles ceux sur qui on ne pariait pas un kopeck gagnent à la fin. D’ailleurs, en fait, tout le monde aime ça.

Je me souviens de Hollande lorsqu’il était le premier secrétaire translucide de son parti. On le surnommait alors « Flamby » ou « fraise des bois ». On raillait déjà sa mollesse – diatribe entretenue il est vrai par un physique de comptable dépressif et rondouillard. Mais voilà : « fraise des bois » a tué un à un tous ses concurrents en terminant par sa propre chef de parti. Étrange, non ? Tant que Hollande était premier secrétaire du PS, durant 11 ans tout de même, jamais il n’était apparu comme présidentiable. Il aura fallu qu’il sorte de cette position, fasse un régime, se libère de l’establishment pour apparaître comme la nouveauté et faire naître une dynamique.

Et cela, c’est intéressant parce que c’est une constante de la politique française : pour s’imposer, il faut apparaître en contraste avec son propre camp, car dans un régime présidentiel il y a une prime aux francs-tireurs et aux grandes gueules. Souvenez-vous de Ségolène Royal, adoubée par les sondages parce qu’elle avait cultivé sa différence avec ses amis – tellement d’ailleurs qu’elle a un peu oublié, ensuite, de les rassembler. Souvenez-vous du président actuel, détesté jadis par une grande partie de la droite, ex-traître honni au point d’avoir suscité mille essais de « tout-sauf-Sarkozy », avant d’avoir écarté tous ses rivaux précisément parce que seul contre tous. Et même, souvenez-vous de l’élection de Jacques Chirac en 1995, porté par un courant de sympathie nouveau envers celui qui avait été trahi, ringardisé par sa propre famille.

Donc ça peut paraître étrange mais c’est comme ça : en France il vaut mieux ne pas trop stagner dans la ligne conforme pour être populaire et éligible. A vrai dire, il est logique que la Vème République favorise le culot et la consistance. Comme de nombreux Français ne sont ni de gauche ni de droite, une présidentielle se gagne sur la personnalité et la crédibilité. Vous préférerez en bout de course voter pour un candidat dont les idées ne vous plaisent pas mais qui sait où il va et vous semble solide plutôt que pour un candidat, même sympathique, qui ne vous semblera pas consistant. Si Ségolène a perdu en 2007, ce n’est ni parce qu’elle était de gauche ni parce qu’elle était femme, mais parce qu’au moment de choisir, elle est apparue comme le candidat la moins sûre d’elle-même et la moins fiable.

Du coup, les pronostics pour 2012 sont vraiment ouverts. Le piège « bleu Marine » du FN semble provisoirement écarté car contrairement à 2002 l’alerte est donnée : les candidatures se limiteront elles-mêmes, les électorats se mobiliseront pour se rassembler à droite comme à gauche. En revanche, le duel Hollande-Sarkozy est passionnément incertain. Le premier incarnera un gigantesque désir d’alternance face à un président qui va surjouer le rôle du commandant en chef en temps de crise – un peu comme un George W. Bush qui, malgré un premier mandat exécrable et des sondages catastrophiques était finalement parvenu à se faire réélire. A ce titre, le camp Aubry se mordra peut-être longtemps les doigts d’avoir inoculé au candidat du PS le virus de la moulitude. François Hollande va devoir éprouver sa fameuse « normalité » face à un président hyperactif, infatigable et qui a montré qu’en dépit de sa personnalité irascible il restait totalement maître de ses nerfs en campagne. On lui souhaite bonne chance.

Reste que, avec tous ses défauts, on l’envie un peu, cette République où il faut devenir franc-tireur pour être élu roi. Parce que chez nous, c’est un peu l’inverse. Pour réussir en politique, il vaut mieux rester dans le rang, cultiver ses amitiés et ses réseaux, garder un discours souple, et si possible venir d’une famille déjà dans la place : quand ce n’est pas un ou deux mais quatre présidents de parti qui sont rejetons d’hommes politiques, le constat du cloisonnement du système devient une question légitime. Les grandes gueules des partis y prennent rarement le pouvoir, parce qu’un système proportionnel où il suffit d’avoir engrangé 0,5 % pour proclamer qu’on a gagné ne favorise pas les audacieux. Cela privilégie les habitudes sécuritaires, à commencer par les réflexes patronymiques. En monarchie particratique, le conformisme et le système de cour favorisent les carrières bien plus utilement que le courage.

Alors, Marie-Laure, consolons-nous avec l’Hexagone. Entre le traître autrefois haï par son camp et le mollasson autrefois méprisé par le sien, avouons-le : on n’en peut plus d’attendre de voir la France s’enflammer.

François Hollande aux Guignols de l’info, en 1999 et en 2011. Un monde de différence en deux marionnettes.

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Marine



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